Présidentielle 2025 : Paul Biya annoncé vainqueur
La Commission nationale de recensement général des votes a bouclé ses travaux dans la nuit du 20 au 21 octobre à Yaoundé. Selon les chiffres compilés et transmis au Conseil constitutionnel, le président sortant Paul Biya obtiendrait 53 % des suffrages, contre 35 pour Issa Tchiroma Bakary. Alors que le camp de ce dernier qui s’est autoproclamé vainqueur, réclame environ 60 % selon ses propres données. À deux jours de la proclamation officielle des résultats, annoncé pour le 23 octobre, le Cameroun s’avance sous tension.

Le Cameroun vit suspendu à la date du 23 octobre 2025, jour où le Conseil constitutionnel devrait proclamer les résultats définitifs de la présidentielle. Trois jours plus tôt, la Commission nationale de recensement général des votes a bouclé ses travaux à huis clos, après des séances marathon achevée, ce 20 octobre. Une étape cruciale, mais entachée de soupçons, de témoignages dérangeants et d’un climat politique qui oscille entre prudence et méfiance.
Le politologue Moussa Njoya, présent dans la salle, a publié sur sa page Facebook les résultats que le Conseil constitutionnel annoncerait : 53,66 % pour Paul Biya et 35,19 % pour son principal challenger, Issa Tchiroma Bakary. 24 heures plus tôt, la même source a fait un récit sans détour du déroulement des travaux. Selon elle, « il existe des différences drastiques, je dis bien énormes, entre les chiffres mentionnés dans certains procès-verbaux soumis à la Commission et ceux détenus par les représentants des partis politiques ». Le président de la Commission, Émile Essombe, aurait refusée toute confrontation de ces procès-verbaux.
De nouveaux éléments illustrent la fragilité du processus. À Yaoundé, le président de la Commission aurait sèchement rabroué Félix Nyeck, représentant du PCRN, après sa dénonciation d’écarts « abyssaux » dans le Sud. Sur le terrain, Flambeau Ngayap, cadre de l’UNDP, a pris en main un recomptage partiel à Makary. Quant à Issa, représentant du FSNC, il a quitté la salle, excédé par des chiffres jugés « scandaleux » en provenance du Sud-Ouest. Conclusion du politologue : « Il y aura bel et bien une vérité officielle, d’une part, et la vérité des urnes, d’autre part. »
L’opposition en résistance numérique
Les constats de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun sur les irrégularités du scrutin du 12 octobre semblent conforter la posture du candidat du FSNC, Issa Tchiroma Bakary, qui revendique toujours la victoire. Sur ses plateformes numériques, il publie des procès-verbaux issus de bureaux de vote favorables à sa candidature et dénonce des « manipulations d’ampleur » dans la compilation des résultats. « Le peuple a parlé, mais certains veulent étouffer sa voix », a-t-il affirmé sur X, appelant ses partisans à « défendre la vérité des urnes ».
Autour de lui, une véritable machine numérique s’est mise en branle : vidéos de dépouillement, tableaux comparatifs circulent massivement sur Facebook, Telegram et WhatsApp. Le FSNC entend ainsi transformer la toile en caisse de résonance politique, au moment où ses observateurs affirment disposer de preuves d’irrégularités dans le Nord, le Centre et l’Extrême-Nord.
En face, le RDPC du président Paul Biya reste imperturbable. Aucune réaction publique, aucune confrontation directe. Le parti au pouvoir préfère s’en remettre à la légitimité institutionnelle d’ELECAM et du Conseil constitutionnel, seul arbitre des résultats. Une stratégie du silence assumée, mais qui, dans un contexte d’hyperconnexion et de méfiance généralisée, renforce paradoxalement les soupçons.
Entre les accusations de fraude, les irrégularités constatées par l’Église et le mutisme du pouvoir, la guerre des récits se poursuit — et, pour beaucoup, la vérité des urnes semble désormais se jouer en ligne.
Les évêques sonnent l’alarme
Au milieu de ce tumulte, la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) a publié, le 19 octobre, un communiqué lucide et mesuré. Si les prélats saluent une « atmosphère de calme » le jour du scrutin, ils relèvent aussi « certaines irrégularités qui entravent sérieusement notre marche vers la démocratie ».
Leur rapport évoque notamment un taux d’abstention élevé à Kribi, Yaoundé et Matamfen, la délocalisation de centres de vote, et la non-actualisation du fichier électoral, où figurent encore « des noms de personnes décédées ».
Malgré ces dérives, la CENC termine sur une note d’espérance : elle juge que le dépouillement « s’est globalement déroulé dans la transparence » et affirme que les électeurs espèrent reconnaître leur choix dans les résultats à venir. Les évêques pointent aussi des anomalies matérielles : des poubelles placées de façon à permettre de voir les bulletins jetés par les électeurs précédents, des cas d’électeurs sortant avec les bulletins d’autres candidats, ou encore des bureaux existant sur le terrain mais absents de la liste officielle.
Leur rapport mentionne enfin plusieurs incidents violents. À Garoua, les forces de l’ordre sont intervenues contre le convoi d’Issa Tchiroma Bakary, provoquant l’incendie d’un camion de gendarmerie. À Dschang et à Douala, d’autres affrontements ont opposé manifestants et forces de sécurité. Malgré ces dérives, la CENC termine sur une note d’espérance : elle juge que le dépouillement « s’est globalement déroulé dans la transparence » et affirme que les électeurs espèrent reconnaître leur choix dans les résultats à venir. Et de rappeler cette parole du Christ, citée en latin par Mgr Andrew Fuanya Nkea, président de la Conférence : “Et Veritas liberabit vos” — la vérité vous rendra libres.
Un système à l’épreuve
Entre les constats du politologue Moussa Njoya, les protestations du FSNC et l’avertissement des évêques du Cameroun, un même diagnostic s’impose : celui d’une crise de confiance. Non pas tant dans la capacité d’ELECAM à organiser matériellement le scrutin, que dans celle des institutions à en garantir la sincérité. À mesure que les témoignages se multiplient, c’est tout l’édifice de la légitimité électorale qui vacille.
Le Conseil constitutionnel, conduit par Clément Atangana, se retrouve au cœur de cette tempête. Cette institution, censée incarner l’arbitrage suprême de la démocratie camerounaise, traîne derrière elle une réputation qui en dit long sur la défiance populaire : sur les réseaux sociaux, beaucoup de Camerounais l’ont rebaptisé « Conseil irrecevable » ou « Conseil incompétent », en référence aux nombreuses requêtes rejetées lors des scrutins précédents. Une ironie amère qui traduit un profond désenchantement citoyen face à ce qui devrait être la dernière instance de vérité électorale.
Dès lors, le contentieux post-électoral ne se joue plus seulement dans l’hémicycle feutré du Conseil constitutionnel, mais aussi sur le terrain symbolique de la confiance collective. Car, dans l’esprit de nombreux électeurs, le verdict annoncé ne sera pas uniquement un chiffre : il sera le test moral de l’État, l’épreuve de sa capacité à écouter son peuple sans travestir sa voix.
Cette crise se déploie sur plusieurs fronts — juridique, médiatique et numérique. Tandis que les juges statuent à Yaoundé, les réseaux sociaux débattent, recoupent, publient et contestent. Le pouvoir institutionnel fait face à un pouvoir d’opinion sans précédent, fluide, bruyant, mais aussi porteur d’une demande de vérité.
L’heure du discernement
À Yaoundé, Douala ou Garoua, les appels à la retenue se multiplient. Les forces de sécurité quadrillent le terrain, les Églises multiplient les prières pour la paix, et la société civile, partagée entre fatigue et inquiétude, appelle au calme. Dans les rues comme sur les réseaux sociaux, les conversations tournent autour d’une même attente : le verdict du 23 octobre. Chacun guette le moindre signe, le moindre mot, comme si l’avenir du pays se jouait en une phrase, en un chiffre.
Cette tension feutrée dit beaucoup de l’état d’esprit d’une nation à bout de confiance, écartelée entre la peur de la répétition et l’espoir d’un sursaut. Le Cameroun semble retenir son souffle, suspendu entre deux vérités : celle des urnes et celle des institutions. Reste à savoir si, cette fois, elles se rejoindront — ou si, comme trop souvent, la seconde sacrifiera la première sur son autel.
Le politologue Moussa Njoya résume avec justesse le dilemme : « La suite dépendra du comportement de nos gouvernants : faire preuve d’humilité et d’humanité, ou persister dans l’arrogance et la condescendance. » En d’autres termes, le pays n’attend pas seulement des résultats, il attend un geste d’écoute, un signe que la politique peut encore rimer avec responsabilité.
Car l’enjeu dépasse le simple décompte des voix. C’est la crédibilité de l’État et la maturité démocratique du Cameroun qui sont en question. Le pays est à la croisée des chemins : entre l’épreuve des chiffres et celle de la conscience, il lui faudra choisir — le pouvoir ou la vérité.




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