Présidentielle 2025 au Cameroun : quels enjeux sans Maurice Kamto ?
Le Conseil constitutionnel a tranché : Maurice Kamto, opposant et arrivé deuxième à la présidentielle de 2018, ne participera pas au scrutin d’octobre 2025. Une exclusion qui rebat les cartes d’une élection déjà sous tension.

Le 5 août 2025, le Conseil constitutionnel camerounais a définitivement rejeté la candidature de Maurice Kamto, jugeant sa requête en réhabilitation « non fondée ». Faute de pouvoir se présenter sous la bannière du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) — son propre parti — Kamto avait été investi par une faction du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM). Problème : une autre branche du même parti avait également désigné un candidat.
Cette double investiture, révélatrice d’un conflit interne, a conduit l’organe électoral Elecam à invalider les deux candidatures. Une décision entérinée par le Conseil constitutionnel. Le MRC a officiellement réagi par voie de communiqué. Sur la page Facebook du parti, son président par intérim, Mamadou Mota, « prend acte de cette décision » et a appelle les militants et sympathisants à faire preuve de « calme, de retenu et de sérénité ». Plus tôt dans l’après-midi, Mota s’est exprimé sur sa page Facebook. Accompagnant une photo de Kamto devant les juges, il écrit : « Ils pensent l’avoir enterré, ils oublient qu’il est une graine. »
Depuis sa percée en 2018, où il avait revendiqué la victoire face à Paul Biya avant d’être violemment réprimé, Maurice Kamto s’était imposé comme la principale figure de l’opposition. Son absence crée un vide politique profond et interroge sur la crédibilité démocratique du scrutin à venir. Quels sont les véritables enjeux d’une présidentielle 2025 au Cameroun sans Maurice Kamto ?
En face, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au pouvoir depuis 1985, déroule sa redoutable machine électorale. Paul Biya, 92 ans, brigue un 8e mandat. L’élimination de Kamto écarte un adversaire redoutable et réduit le risque d’un vote protestataire massif autour d’un leader charismatique.
Des alternatives dispersées
Peu de figures émergent réellement pour combler ce vide. Les grands noms de l’opposition d’hier ont disparu ou peinent à convaincre. Ni John Fru Ndi ni Adamou Ndam Njoya ne sont plus là. Cabral Libii, 3e en 2018, peine à relancer sa dynamique. Affaibli par des conflits internes et une stratégie floue, le président du PCRN semble avoir perdu l’aura du jeune outsider prometteur. Sa capacité à incarner une véritable alternative reste incertaine. Joshua Osih (SDF), Serge Espoir Matomba (PURS), Akere Muna (UNIVERS) sont eux aussi en lice, mais peinent à peser réellement face à la machine RDPC.
Deux candidatures inattendues bousculent cependant le jeu : celles de Bello Bouba Maigari (UNDP) et Issa Tchiroma Bakary (FSNC). Longtemps membres influents de la majorité présidentielle et anciens ministres, ils se présentent cette fois en solo. Leur changement de cap intrigue. S’agit-il d’une rupture réelle avec le système Biya, ou d’une manœuvre stratégique pour se repositionner politiquement avant les législatives et municipales de 2026 ? En tout cas, leur candidature pourrait fracturer encore davantage un espace d’opposition déjà divisé.
Une coalition est-elle possible ?
L’idée d’une candidature unique face à Paul Biya ressurgit à chaque présidentielle. En 2025, avec l’exclusion de Maurice Kamto, elle semble plus que jamais nécessaire. Mais les chances d’une véritable coalition restent minces. Certes, Issa Tchiroma Bakary multiplie les contacts avec des opposants dans ce sens, sans plus – du moins pour l’instant. Déjà candidats en 2018, Cabral Libii, Joshua Osih, Akere Muna ou encore Serge Espoir Matomba poursuivent chacun leur stratégie, sans volonté apparente de fusionner leurs efforts. Le poids des ego, les divergences idéologiques et le manque d’un leader fédérateur rendent l’unité peu probable.
Même un soutien de Kamto à un autre candidat ne garantit pas un ralliement collectif. Sur les réseaux circulent des affiches présentant une coalition derrière Bello Bouba Maigari de l’UNDP. Des images devenues virales présentent Kamto et Tchiroma en soutien à Bello Bouba. De son côté, le pouvoir cultive la division. Faute de coalition, l’opposition risque de se présenter en ordre dispersé, offrant au RDPC un boulevard vers la victoire.
Mahamat Ben Abdel, à Yaoundé




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