ONU : quelles chances pour Macky Sall de devenir Secrétaire général ?
Le président burundais Évariste Ndayishimiye a officiellement proposé la candidature de l’ex-président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU. Soutenu par certains États africains, Sall doit désormais convaincre le Conseil de sécurité, seule instance capable de recommander un candidat à l’Assemblée générale.

L’annonce, relayée par plusieurs médias ce 2 mars 2026, de la candidature de Macky Sall par le président burundais Évariste Ndayishimiye, alors président en exercice de l’Union africaine, illustre l’ambition de certains dirigeants africains de faire entendre une voix du continent au sommet de l’Organisation des Nations unies (ONU). « Le Burundi préside l’Union africaine et c’est important pour le président Macky Sall d’avoir une approche continentale. Son combat, notamment en tant que président de l’Union africaine (2022 à 2023) était de porter la voix de l’Afrique dans les instances internationales », a indiqué à l’AFP une source proche de l’ancien président sénégalais.
Le soutien africain confère à Sall un avantage symbolique non négligeable : il apparaît comme un représentant continental capable de porter les priorités du Sud global dans un monde multipolaire, d’autant plus que l’ex-président sénégalais a déjà affirmé sa volonté de réformer l’ONU afin de la rendre plus efficace et plus ouverte au dialogue. Toutefois, ce soutien est atypique car il n’émane pas du pays d’origine du candidat, le Sénégal, ce qui diminue son impact diplomatique. De plus, la tradition de rotation géographique, non écrite mais observée dans l’histoire des nominations, semble cette fois favoriser l’Amérique latine, région qui n’a pas occupé le poste depuis plusieurs décennies.
Ainsi, si le consensus africain derrière Macky Sall est un argument politique fort, il ne garantit pas à lui seul la dynamique qui prévaut au sein des principaux États membres de l’ONU, notamment au Conseil de sécurité.
Le rôle clé du Conseil de sécurité
La Charte des Nations unies encadre clairement la sélection du futur Secrétaire général. Son article 97 dispose que l’Assemblée générale nomme le Secrétaire général de l’ONU sur recommandation du Conseil de sécurité. Ce processus, encadré par la résolution 79/327 adoptée en septembre 2025, prévoit une procédure plus transparente et inclusive que par le passé : les candidats doivent soumettre une déclaration de vision stratégique, un CV et des informations sur le financement de leur campagne et participent à des dialogues publics avec les États membres.
Malgré ces avancées, la réalité reste celle d’un jeu diplomatique complexe. Le Conseil de sécurité, composé de quinze membres dont cinq permanents dotés du droit de veto (États‑Unis, Chine, Russie, Royaume‑Uni, France), détient le pouvoir réel d’éliminer une candidature avant qu’elle n’arrive devant l’Assemblée générale. Sans l’accord des membres permanents et sans une majorité qualifiée de neuf voix favorables au Conseil, le Conseil ne peut formuler aucune recommandation, quel que soit le soutien symbolique dont bénéficie un candidat.
Dans ce contexte, même un aspirant bien qualifié peut se heurter aux équilibres géopolitiques internationaux : les grands États privilégient souvent des profils alignés sur leurs intérêts stratégiques ou susceptibles d’apaiser les tensions globales plutôt que d’incarner une rupture. Les consultations derrière les portes closes demeurent décisives et des considérations politiques et économiques les influencent souvent bien plus que des critères purement techniques.
Le défi d’une candidature africaine
La course à la succession de António Guterres est désormais bien engagée, et plusieurs candidats ont officiellement déclaré leur candidature. Le Chili a présenté l’ex-présidente Michelle Bachelet, tandis que l’Argentine a porté la candidature du directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi. Ces candidatures mobilisent déjà des soutiens régionaux significatifs et illustrent une tendance bien ancrée dans le monde diplomatique : après plusieurs nominations européennes et africaines, de nombreux États défendent l’idée que l’Amérique latine devrait accéder à son « tour », même si aucune règle écrite de l’ONU n’impose un tel principe. Les Nations unies ont fixé au 1er avril 2026 la date limite pour le dépôt officiel des dossiers de candidature par les États concernés.
Parallèlement, une autre dynamique influence le débat : l’absence historique de femmes à la tête de l’ONU. En près de 80 ans d’existence, aucun secrétaire général n’a été une femme, ce que plusieurs États et organisations onusiennes ont souligné comme une lacune à corriger lors de cette élection. Des campagnes appelant à une candidature féminine ont également émergé, ce qui pourrait orienter une partie des voix vers des prétendantes plutôt qu’un candidat masculin, même si celui‑ci dispose d’une expérience significative.
Pour Macky Sall, ces facteurs posent un double défi : il doit s’imposer comme un candidat africain crédible dans un processus marqué par des préférences géographiques non contraignantes mais bien réelles, et répondre à de fortes attentes symboliques, notamment en matière de diversité. Son expérience internationale et ses positions sur la réforme de l’ONU constituent des atouts, mais il doit les transformer en consensus diplomatique auprès des membres influents du Conseil de sécurité, ce qui représente l’épreuve la plus délicate du processus.
Par Pape MADIAKHATÉ, à Dakar




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