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Nigeria : comment capitaliser la restitution des bronzes du Benin ?

Le Nigeria va accueillir une cérémonie de restitution de 116 bronzes du Benin, pillés par les Britanniques en 1897. Au-delà du geste symbolique, le pays doit transformer ce patrimoine en un véritable levier économique, dans un contexte international où l’Europe restitue progressivement les trésors africains.

116 artefacts du royaume du Benin, pillés en 1897 par l’armée britannique. ©DR

L’Université de Cambridge a annoncé, le 8 février, la restitution au Nigeria de 116 artefacts issus de l’ancien royaume du Benin, l’un des ensembles artistiques les plus emblématiques d’Afrique précoloniale. Pillées en 1897 lors de l’expédition punitive britannique contre Benin City, ces œuvres en bronze, en ivoire et en bois avaient été dispersées dans plusieurs collections européennes. Elles doivent désormais rejoindre le musée national et le Palais royal de l’Oba, dans l’État d’Edo. Au-delà du geste mémoriel, Abuja entend convertir ce retour en levier de reconstruction identitaire, de diplomatie culturelle et de relance économique durable. Comment le Nigeria peut-il tirer parti de la restitution des bronzes du Benin et transformer ce patrimoine en levier économique et touristique ?

Un patrimoine à convertir en valeur

Fondé autour du XIᵉ siècle dans l’actuel sud-ouest du Nigeria, le royaume du Benin a produit un patrimoine d’une richesse exceptionnelle. En 1897, les troupes britanniques ont dispersé des milliers de pièces à travers l’Europe. Au cours de l’année 2022, le Nigeria a officiellement engagé la procédure de restitution. Pour Olugbile Holloway, directeur général de la Commission nationale des musées et des monuments, ce retour « restaure la fierté et la dignité perdues ». La démarche dépasse la récupération matérielle : elle participe à une réappropriation historique. Sur les 116 œuvres concernées, 17 resteront en prêt à Cambridge pour la recherche et l’enseignement. L’université conserve par ailleurs près de 400 pièces supplémentaires dans ses collections.

À Benin City, les autorités repositionnent désormais la ville sur la carte du tourisme culturel africain. Les têtes commémoratives de l’Oba et de la reine mère Iyoba Idia, ainsi que les sculptures en ivoire et en bois, peuvent attirer chercheurs, diasporas et visiteurs internationaux. Si le Nigeria structure une offre muséale crédible et attractive, il pourra dynamiser l’hôtellerie, les services et les industries culturelles locales. Les pièces seront exposées au Palais royal et dans des infrastructures muséales modernisées. En maîtrisant son récit postcolonial, le pays consolide aussi sa crédibilité diplomatique dans les négociations internationales sur le patrimoine.

Une dynamique déjà enclenchée

Le geste de l’Université de Cambridge s’inscrit dans une dynamique européenne désormais structurée. En 2018, le Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle, remis au président français, a marqué un tournant. Rédigé par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, il a recommandé la restitution des œuvres acquises de manière illégitime durant la colonisation et a ouvert un débat politique continental.

Dans son sillage, la France a restitué en 2021 vingt-six trésors royaux d’Abomey à la République du Bénin. L’Allemagne a signé en 2022 un accord de transfert de propriété de plus de 500 bronzes au Nigeria, dont 168 demeurent à Berlin sous forme de prêts de longue durée. La Belgique a engagé l’inventaire de quelque 84 000 objets conservés à Tervueren, tandis que les Pays-Bas ont restitué plus d’une centaine de pièces au Nigeria.

D’autres dossiers restent sensibles. Le British Museum conserve encore 203 bronzes et invoque le British Museum Act de 1963, qui rend ses collections inaliénables sans vote du Parlement. La Grèce réclame toujours les marbres du Parthénon au Royaume-Uni, et l’Égypte demande le retour de la pierre de Rosette, preuve que la question dépasse désormais le seul continent africain.

Restituer, c’est aussi investir

En récupérant ces œuvres, le Nigeria assume désormais leur conservation. La Commission nationale des musées et des monuments doit garantir des conditions climatiques adaptées, des dispositifs de sécurité performants, des équipes formées et des budgets pérennes. La conservation du bronze et de l’ivoire impose des normes techniques exigeantes, dans un contexte d’infrastructures encore fragiles.

L’exemple du futur Musée de l’Épopée des Amazones et des Rois du Danxomè, annoncé pour 2027 à Abomey, montre qu’un État peut intégrer la restitution dans une stratégie patrimoniale cohérente et articulée à une vision touristique nationale.

Pour le Nigeria, l’enjeu est clair : transformer le capital symbolique en impact macroéconomique concret, sans dépendre d’une restitution partielle tant qu’une majorité des pièces demeure en Europe. La restitution ouvre un cycle diplomatique et culturel. Elle ne clôt ni le débat juridique ni l’équation économique.

Par Tilmija MALAM, à Abuja

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