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Nigeria : 100 soldats américains déployés face à la menace jihadiste

Le 16 février, le Nigeria a confirmé le déploiement de 100 soldats américains à Bauchi pour renforcer la lutte contre la menace jihadiste. Ces militaires américains assureront formation et appui en renseignement, sans participation aux combats, sous commandement exclusif nigérian.

Le lieutenant-général John W. Brennan d’AFRICOM à son arrivée au Nigeria pour des entretiens officiels. ©U.S. Army

Environ 100 militaires américains, accompagnés d’équipements, ont atterri lundi, 16 février sur la base aérienne de Bauchi, dans le nord-est du Nigeria. Selon l’armée nigériane et des informations de l’Associated Press, ce premier contingent s’inscrit dans un déploiement plus large pouvant atteindre près de 200 personnels du United States Africa Command (AFRICOM), incluant analystes du renseignement, conseillers et formateurs.

Le gouvernement fédéral nigérian a officiellement sollicité Washington pour bénéficier d’un appui en matière de formation, de soutien technique et de partage de renseignement, alors que le pays affronte une insécurité persistante liée à des groupes jihadistes et à des bandes armées.

Une mission sous commandement nigérian

Le porte-parole de l’armée nigériane, le général de division Samaila Uba, a réaffirmé que les militaires américains n’auront « aucun rôle de combat ni de responsabilité opérationnelle directe ». Les forces nigérianes conserveront « l’autorité complète de commandement ».

Les activités prévues portent sur le renforcement des capacités techniques spécialisées, l’analyse et l’échange de renseignement, ainsi que la coordination opérationnelle. L’objectif affiché est de consolider l’efficacité des forces armées nigérianes dans la lutte contre les groupes extrémistes qui menacent le nord et le centre du pays.

Ce déploiement intervient après plusieurs visites de hauts responsables d’AFRICOM à Abuja. Le 8 février, le président nigérian Bola Tinubu a reçu au State House une délégation américaine conduite par le général Dagvin Anderson, commandant d’AFRICOM, afin d’élargir la coopération antiterroriste et le partage de renseignement.

Frappes américaines et tensions

En décembre, les forces américaines ont mené des frappes aériennes coordonnées avec Abuja contre des militants affiliés à l’organisation État islamique dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du pays. L’ancien président américain Donald Trump avait alors revendiqué une « frappe puissante et meurtrière » contre des combattants qu’il accusait de cibler principalement des chrétiens.

Ces déclarations avaient ravivé des tensions diplomatiques. Washington reprochait à Abuja de ne pas protéger les chrétiens d’un prétendu « génocide », une accusation fermement rejetée par le gouvernement nigérian, qui la juge « infondée » et réductrice d’une situation sécuritaire complexe. De nombreux analystes soulignent que la majorité des victimes des groupes armés sont des musulmans vivant dans le nord du pays, où se concentrent les attaques.

Une insécurité multiforme

Le Nigeria fait face à une mosaïque de menaces. Outre Boko Haram et sa faction dissidente, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), opèrent des groupes affiliés à l’EI comme Lakurawa, ainsi que des bandes criminelles spécialisées dans les enlèvements contre rançon et l’exploitation minière illégale.

La crise s’est également régionalisée avec l’expansion de groupes sahéliens tels que le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), qui a revendiqué l’an dernier sa première attaque sur le sol nigérian. Selon les données des Nations unies, plusieurs milliers de personnes ont été tuées ces dernières années dans des violences liées à ces groupes.

Dans le centre du pays, des affrontements opposent par ailleurs des éleveurs peuls majoritairement musulmans à des agriculteurs souvent chrétiens, un conflit que les experts attribuent surtout à la compétition pour la terre et les ressources, plus qu’à des motivations religieuses.

Un repositionnement stratégique

La montée en puissance de la coopération sécuritaire entre Abuja et Washington intervient alors que les forces occidentales se retirent ou réduisent leur présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Dans ce contexte, le Nigeria, poids lourd démographique et économique d’Afrique de l’Ouest, apparaît comme un pivot stratégique pour les États-Unis.

En ancrant cette coopération à Bauchi, proche des États de Borno, Yobe et Adamawa, Abuja cherche à renforcer sa capacité d’action au plus près des zones affectées par l’insurrection.

Si la mission américaine reste officiellement limitée à un rôle de soutien, son élargissement progressif – jusqu’à environ 200 personnels – pourrait redéfinir la place du Nigeria dans l’architecture sécuritaire régionale et consolider un partenariat militaire que les deux capitales présentent désormais comme stratégique et renouvelé.

Par Aisha UMAR, à Kano

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