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Le Ghana crée un Conseil fiscal pour tourner la page FMI 

À l’approche de la fin de son programme avec le Fonds monétaire international, le Ghana annonce la création d’un Conseil budgétaire indépendant. Le gouvernement entend transformer la discipline imposée par l’accord en une règle nationale durable afin de rassurer les marchés et ses partenaires.

Bureaux du Fonds Monétaire International à Washington, le 8 avril 2019. © Yuri Gripas, Reuters

Le gouvernement ghanéen prévoit de mettre en place ce Conseil budgétaire indépendant et Thomas Nyarko Ampem en a présenté les grandes lignes. « Nous installerons un Conseil fiscal indépendant composé de membres nommés localement », a-t-il déclaré. Selon lui, « ce conseil apportera un appui consultatif pour contrôler les finances et orienter les décisions budgétaires, garantissant ainsi un suivi et une responsabilisation accrus au niveau national ».

Cette institution analysera les choix budgétaires de l’État, évaluera les prévisions économiques et examinera la soutenabilité de la dette. Elle devra également vérifier le respect des plafonds de dépenses et la cohérence des trajectoires de recettes. Pour les autorités, ce mécanisme d’auto-surveillance remplacera l’ancrage externe du programme du FMI par un ancrage institutionnel national. Sa mise en place reposera sur un cadre juridique formel, tandis que les modalités d’indépendance et les moyens financiers restent à définir.

Une sortie sans nouveau programme

Le gouvernement ghanéen ne prévoit pas de solliciter un nouvel accord avec le Fonds monétaire international à l’issue du programme en cours. Les autorités insistent sur une sortie planifiée à l’échéance et non sur une rupture anticipée, privilégiant une transition ordonnée vers un cadre budgétaire national autonome. Dans cette perspective, le pays continuera de participer aux consultations annuelles prévues par l’Article IV du FMI, afin de bénéficier d’évaluations régulières de sa situation économique et financière, mais sans s’appuyer sur un mécanisme formel d’assistance financière.

Lors d’un échange avec une délégation française à Accra, le vice-ministre des Finances, Thomas Nyarko Ampem, a défendu cette trajectoire. « Nous avons respecté les objectifs du programme du FMI », a-t-il affirmé, soulignant la baisse de l’inflation à 3,8 % et les tendances positives observées sur les principaux indicateurs macroéconomiques. Selon lui, clore le programme sans en négocier un nouveau permettra au Ghana de préserver la crédibilité acquise auprès des partenaires internationaux et des marchés financiers.

Le responsable ghanéen a insisté sur l’importance de reprendre la pleine maîtrise des choix budgétaires nationaux, d’instaurer des mécanismes de contrôle internes solides et de renforcer la discipline fiscale. Cette approche vise à assurer une stabilité macroéconomique durable et à réduire progressivement la dépendance du pays vis-à-vis de l’assistance extérieure.

Des indicateurs en amélioration

Le rapport du FMI de décembre 2025, publié dans le cadre des consultations de l’Article IV, souligne un redressement du secteur extérieur. Le compte courant a enregistré un excédent équivalent à 3 % du PIB à fin juin 2025, contre 1,8 % un an plus tôt. Les réserves internationales brutes atteignent 9 milliards de dollars à fin octobre 2025, soit l’équivalent de 3,5 mois d’importations.

Le cedi s’est apprécié de 36 % face au dollar américain sur la même période, contribuant au reflux de l’inflation. En novembre 2025, la Banque du Ghana a adopté un nouveau cadre opérationnel pour ses interventions sur le marché des changes afin d’améliorer la transparence.

Ces progrès coexistent toutefois avec des vulnérabilités structurelles. L’or représente environ 67 % des exportations, tandis que la banque centrale capte plus de 60 % des recettes d’exportation de biens au premier semestre 2025, limitant le développement d’un marché interbancaire autonome. Les pertes liées au Domestic Gold Purchase Program et aux activités de GoldBod atteignent 0,2 % du PIB au troisième trimestre 2025. À fin septembre, la dette extérieure s’élève à 29,53 milliards de dollars, dont environ 24 % libellés en euros.

Dans ce contexte, le Conseil budgétaire doit agir comme un garde-fou institutionnel pour éviter tout relâchement après la fin du programme.

Un signal aux partenaires et aux marchés

Cette réforme intervient alors que les partenaires étrangers suivent attentivement la transition. La France entretient des relations économiques soutenues avec le Ghana : les échanges bilatéraux ont atteint 732,3 millions de dollars en 2024, environ soixante entreprises françaises sont implantées dans le pays et le stock d’investissements directs français s’élevait à 2,5 milliards d’euros en 2023.

Présente à Accra, Emmanuelle Boulestreau, cheffe du service économique régional pour le Nigeria et le Ghana, a réaffirmé « l’engagement de la France à soutenir le développement économique du Ghana, notamment dans les infrastructures et l’énergie ». Elle a également souligné « le fort potentiel d’investissement des entreprises françaises dans l’économie ghanéenne en expansion ».

En l’absence d’un nouveau programme avec le FMI, la crédibilité du cadre budgétaire national pèsera sur la perception du risque souverain. Le gouvernement ghanéen parie sur une règle internalisée pour maintenir la discipline acquise sous ajustement et consolider la stabilité macroéconomique sur le long terme.

Par Fabrice PORO

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