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Entre le Niger et l’Algérie, le pari du gaz et de la stabilité

Après plusieurs mois de crispations, Alger et Niamey relancent leur partenariat stratégique. Au cœur du rapprochement : le gazoduc transsaharien, le champ de Kafra et une coopération sécuritaire appelée à redessiner les équilibres sahélo-sahariens.

Abdourahamane Tiani reçu au Palais d’El Mouradia, à Alger, par Abdelmadjid Tebboune, lundi 16 février 2026. ©CNSP

Le général Abdourahamane Tiani a achevé, le 16 février 2026, une visite officielle de deux jours à Alger, à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune. Ce déplacement marque un tournant. Il met fin à plusieurs mois de tensions diplomatiques nées en avril 2025, lorsqu’un drone malien a été abattu par l’armée algérienne, provoquant le rappel des ambassadeurs des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Niger et Burkina Faso.

À Alger, les deux chefs d’État ont affiché une convergence politique assumée. Le président nigérien a salué la « solidarité » de l’Algérie après les événements du 26 juillet 2023, soulignant que le respect de la souveraineté et des choix internes du Niger « honore l’Algérie, son gouvernement et son peuple ». En creux, Niamey rappelle son rejet des « ingérences » extérieures et inscrit le rapprochement dans une logique panafricaine. Le communiqué conjoint consacre cette ligne : respect de l’intégrité territoriale, non-ingérence, solutions africaines aux crises du Sahel.

Les gestes diplomatiques ont d’ailleurs précédé la séquence politique. Le 12 février, les deux capitales ont rétabli leurs ambassadeurs. Aminou Malam Manzo a repris son poste à Alger, tandis que l’ambassadeur d’Algérie a regagné Niamey sur décision présidentielle. Cette synchronisation illustre une volonté partagée de refermer la parenthèse des tensions et de sécuriser les intérêts communs.

L’énergie comme levier stratégique

Au premier rang figure le gazoduc transsaharien (TSGP). Long de 4 200 kilomètres, il doit acheminer le gaz nigérian vers la Méditerranée via le Niger, avec une capacité annoncée de 30 milliards de m³ par an pour un coût estimé à 13 milliards de dollars. Environ 60 % du tracé serait déjà réalisé en Algérie et au Nigeria ; la section nigérienne reste à lancer. Le groupe public Sonatrach pilotera la prochaine phase côté algérien après le ramadan, selon les ministères de l’Énergie concernés.

Alger entend capitaliser sur ses infrastructures existantes pour consolider sa position de fournisseur vers l’Europe, notamment grâce aux gazoducs Medgaz vers l’Espagne et Transmed vers l’Italie. Niamey, de son côté, voit dans ce corridor énergétique une source de revenus, d’emplois et de transfert de compétences. L’équation est claire : l’Algérie apporte l’expertise technique et l’accès aux marchés ; le Niger offre un axe stratégique indispensable entre l’Afrique subsaharienne et la Méditerranée.

La coopération autour du bloc pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger, s’inscrit dans la même logique. Les deux États partagent le permis d’exploitation et poursuivent la phase d’exploration. En consolidant ce partenariat, Alger diversifie ses approvisionnements et renforce son rôle régional ; Niamey, lui, élargit ses marges économiques dans un contexte budgétaire contraint.

Sécuriser la frontière, stabiliser le Sahel

L’énergie ne suffit pas. Les deux pays partagent près de 950 kilomètres de frontière saharienne exposée aux trafics et aux groupes armés. « La sécurité du Niger est indissociable de celle de l’Algérie », a affirmé Abdelmadjid Tebboune, assurant que les deux États sont « dans la même tranchée » face au terrorisme. Le communiqué conjoint prévoit la réactivation immédiate des mécanismes bilatéraux de contrôle frontalier et de coordination sécuritaire. Cette bande saharienne constitue aussi un couloir de circulation pour des groupes affiliés à Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et à Islamic State in the Greater Sahara, particulièrement actifs dans la zone dite des « trois frontières » entre Mali, Niger et Burkina Faso. Selon des données d’Armed Conflict Location & Event Data Project, le Sahel central concentre depuis 2022 l’un des plus forts niveaux de violence politique au monde, avec plusieurs milliers d’incidents sécuritaires enregistrés chaque année.

Dans ce contexte, la protection des infrastructures énergétiques et des axes logistiques devient un impératif stratégique. Le gazoduc transsaharien, s’il voit le jour, traversera des zones à risque ; il nécessitera des dispositifs coordonnés de surveillance, de renseignement et d’intervention rapide. En rétablissant un dialogue politique fluide, Alger et Niamey posent les bases d’opérations conjointes plus efficaces, d’échanges d’informations renforcés et d’une sécurisation accrue des corridors commerciaux.

Pour Alger, stabiliser le flanc sud revient à prévenir toute extension de l’instabilité vers son territoire et à consolider son rôle de puissance d’équilibre sahélo-saharienne. Pour Niamey, le partenariat algérien offre un appui sécuritaire et diplomatique supplémentaire dans une région marquée par la recomposition rapide des alliances et le retrait progressif de certains acteurs internationaux.

Une dynamique structurée et assumée

Les deux présidents ont convenu de réunir la Haute Commission mixte avant la fin du premier semestre 2026 et de maintenir les relations au plus haut niveau. Santé, formation, télécommunications, entrepreneuriat, jeunesse : la coopération se veut multisectorielle. Centre de dialyse à Tchirozérine, polyclinique à Agadez, institut de formation islamique, rénovation du lycée d’amitié à Zinder : ces projets sociaux complètent l’architecture énergétique.

La relance s’est opérée par étapes. Dès novembre 2025, le général Tiani avait adressé un message de félicitations à Alger à l’occasion de la Journée de la Révolution. Fin janvier 2026, la visite du ministre algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, accompagné du PDG de Sonatrach, a accéléré le calendrier en réactivant les dossiers du TSGP et de Kafra. La visite présidentielle de février vient sceller cette séquence.

Ni Alger ni Niamey ne promettent de rupture spectaculaire. Les deux capitales privilégient une diplomatie de constance, centrée sur la souveraineté des États, la sécurité des frontières et la valorisation des ressources. En soutenant l’option transsaharienne pour exporter son gaz vers l’Europe — jugée plus compétitive qu’un tracé atlantique — le Nigeria renforce encore la pertinence du corridor sahélien.

Si les engagements se traduisent en actes, le TSGP pourrait devenir un levier d’intégration énergétique régionale. Plus qu’un simple projet d’infrastructure, il repositionnerait l’axe Alger–Niamey comme pivot stratégique entre le Sahel et la Méditerranée. Dans une région fragilisée par les crises politiques et sécuritaires, le pari du gaz se double ainsi d’un pari sur la stabilité.

Par Issoufou Amadou Dan Mallam, à Niamey

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