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Maroc : Casablanca, capitale du récit du pouvoir des femmes africaines

Pendant deux jours, Casablanca au Maroc a servi de laboratoire du leadership féminin africain. À l’occasion de l’Africa Women Leaders Summit & Awards, décideuses, expertes et acteurs du changement ont esquissé une conviction : l’avenir du pouvoir en Afrique se fera avec les femmes.

Des échanges ont permis aux participants de créer un réseau solide. ©Verve-Management

Les 28 et 29 janvier 2026, le Barceló Anfa Hotel de Casablanca au Maroc a accueilli l’une des rencontres les plus structurantes consacrées au leadership féminin en Afrique. L’Africa Women Leaders Summit & Awards, orchestré par Verve Management, a réuni des femmes leaders issues de la politique, de l’entreprise, de la science, de la société civile et de la culture, autour d’une ambition assumée : accélérer l’impact des femmes dans les centres de décision africains.

Point d’orgue du sommet, l’hommage rendu aux 100 femmes leaders africaines les plus influentes a distingué des parcours marqués par un impact mesurable dans les sphères politique, économique, scientifique, sociale et culturelle. Loin d’un simple exercice de visibilité, cette reconnaissance traduit une dynamique plus profonde. Elle confirme une reconfiguration des centres de pouvoir sur le continent, où les femmes ne se contentent plus d’être intégrées, mais s’imposent comme des actrices centrales de la transformation institutionnelle et économique.

En ouvrant les travaux, la Dr Hakima Elhaité, ancienne ministre marocaine et présidente honoraire de Liberal International, a rappelé que le leadership féminin ne relève plus de l’exception mais constitue une nécessité stratégique pour des États confrontés à des défis systémiques majeurs : gouvernance, changement climatique, innovation et cohésion sociale.

Résilience, transmission et leadership

Placée sous le thème « Roots of Strength: Nurturing Tomorrow’s Women Leaders », cette édition a interrogé les fondements du leadership féminin africain. Les échanges ont convergé vers une même idée : la résilience, longtemps présentée comme une réponse individuelle à l’adversité, devient désormais une ressource collective et structurante. À travers keynotes et panels, les intervenantes ont souligné l’urgence de bâtir des chaînes de transmission durables, capables d’intégrer les jeunes générations, notamment dans les secteurs à forte valeur stratégique. Le sommet a ainsi défendu une approche systémique du leadership, qui dépasse l’ouverture symbolique des portes pour construire de véritables écosystèmes inclusifs, fondés sur le mentorat, la formation continue et l’accès effectif aux responsabilités.

Dans un contexte africain marqué par des inégalités persistantes, plusieurs voix ont insisté sur la nécessité de dépasser le discours de l’inspiration pour entrer dans celui de l’action mesurable, capable de produire des résultats concrets sur l’emploi, l’innovation et la gouvernance.

STEM, gouvernance et culture

Une large partie des discussions s’est concentrée sur les secteurs où les femmes demeurent sous-représentées mais stratégiquement décisifs. Dans les sciences, les technologies, l’intelligence artificielle ou les innovations climatiques, les panélistes ont identifié des obstacles structurels persistants : accès limité au financement, manque de reconnaissance académique, biais institutionnels. Face à ces constats, elles ont porté des propositions concrètes, allant du renforcement des politiques publiques à la multiplication des partenariats public-privé, en passant par la valorisation des carrières scientifiques féminines et la création de passerelles entre recherche et décision politique.

Autre front majeur abordé : la culture et les industries créatives, présentées comme des leviers puissants de transformation sociale et économique. Des intervenantes issues du sport, du cinéma et de l’engagement civique ont rappelé que le pouvoir se construit aussi dans les imaginaires collectifs, et que changer la narration constitue une condition préalable à toute réforme durable.

Alliances et avenir du leadership africain

Le sommet a également ouvert un débat frontal sur la question des alliés masculins. Les échanges ont montré que l’égalité ne progressera pas sans l’implication active des hommes occupant des positions de pouvoir. Les participants ont identifié plusieurs priorités : démanteler les mécanismes patriarcaux, créer des espaces de collaboration sûrs et repenser les modèles traditionnels de leadership. Les sessions consacrées à la résilience, à l’intelligence émotionnelle et au leadership en milieu rural ont élargi la perspective. Elles ont rappelé que l’autonomisation des femmes, notamment dans les territoires éloignés des centres de décision, constitue un levier majeur de développement durable.

À Casablanca, un message s’est imposé avec clarté : investir aujourd’hui dans les femmes et la jeunesse, c’est façonner une Afrique plus stable, plus inclusive et plus souveraine demain. Plus qu’un sommet, l’Africa Women Leaders Summit & Awards s’affirme désormais comme une plateforme continentale où se construit, concrètement, le leadership africain du futur.

Par Prosper LOUABALBE, à Casablanca

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