Mali : 150 millions $ de la Banque mondiale pour l’éducation et la santé
Face à une crise durable qui fragilise l’école et le système de santé, la Banque mondiale mobilise 150 millions de dollars pour soutenir ces secteurs clés. Elle vise ainsi à préserver les capacités productives futures du Mali malgré un contexte sécuritaire et budgétaire sous pression.

La Banque mondiale a annoncé ce financement dans un communiqué publié le 26 mars 2026. Elle l’inscrit dans le cadre du Projet d’accès d’urgence aux services essentiels au Mali. À travers cette opération, le Groupe de la Banque mondiale met en œuvre son agenda pour l’emploi en misant sur la préservation du capital humain. « En préservant l’accès aux services de santé et d’éducation dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, ce projet protège le vivier de futurs travailleurs et leur capacité productive », a expliqué Clara de Sousa, directrice de division du Groupe Banque mondiale pour le Mali. Cette analyse résume l’enjeu du financement de l’Association Internationale de Développement (IDA) que le Groupe vient d’approuver pour le pays.
Plus de 2000 écoles fermées
Le Mali subit une dégradation progressive de ses fondamentaux sociaux. Selon UNICEF, plus de deux millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans restent hors du système scolaire, tandis que plus de la moitié des jeunes entre 15 et 24 ans ne savent ni lire ni écrire. L’insécurité accentue cette tendance. En juin 2025, 2 036 écoles ont fermé, privant environ 610 800 enfants d’éducation, d’après les données sectorielles nationales. Dans l’enseignement supérieur, le décrochage demeure tout aussi marqué. UNESCO évaluait le taux brut de scolarisation à 3 % pour les femmes et 6 % pour les hommes en 2019, contre 9 % pour le continent et 42 % à l’échelle mondiale en 2024. Cet écart traduit une perte progressive de compétences et, par conséquent, de productivité.
Dans ce contexte, l’Association internationale de développement accorde 150 millions de dollars pour soutenir une logique de stabilisation économique et éviter une rupture durable dans la formation du capital humain. Le projet finance directement le fonctionnement des structures de santé : il prend en charge les coûts opérationnels, sécurise l’approvisionnement en vaccins et médicaments essentiels et garantit la gratuité des soins pour les femmes en âge de procréer ainsi que pour les enfants de moins de cinq ans.
Parallèlement, il renforce les capacités du personnel médical face aux risques sanitaires liés au changement climatique. Dans le secteur éducatif, l’intervention couvre l’ensemble du cycle scolaire : elle prévoit la distribution de matériels pédagogiques, l’octroi de subventions aux élèves vulnérables et l’organisation des examens nationaux afin d’éviter les ruptures de parcours.
2,3 millions de bénéficiaires dans la santé
Pour la Banque mondiale, l’enjeu dépasse le champ social : elle cherche à préserver un socle de travailleurs capables de soutenir la croissance à moyen terme. « Des enfants éduqués et en bonne santé, ainsi que des mères en bonne santé, constituent une main-d’œuvre durable et productive », insiste Clara de Sousa. Le programme cible directement 2,3 millions de bénéficiaires dans le domaine de la santé, dont 1,4 million de femmes et près de 391 395 enfants. Côté éducation, 1,1 million d’élèves bénéficieront d’un appui à la scolarisation et accéderont aux examens dans des conditions conformes aux normes.
L’opération s’inscrit pleinement dans l’agenda emploi du Groupe de la Banque mondiale. Elle vise à limiter les pertes de capital humain qui réduisent les perspectives d’employabilité et affaiblissent la résilience économique. Ce financement complète les interventions d’autres partenaires au développement et s’appuie sur des mécanismes de coordination ainsi que sur des consultations préalables afin d’assurer une mise en œuvre cohérente.
Dans un pays confronté à des chocs sécuritaires, climatiques et économiques simultanés, les autorités et leurs partenaires s’attachent à maintenir les services essentiels pour éviter un décrochage durable. À travers cet appui, ils cherchent à contenir une dégradation qui, à terme, pèserait directement sur la croissance et la stabilité économique.
Par Kader DOUMBIA, à Bamako




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