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L’OMC sous tension entre rivalités mondiales et attentes africaines

La 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), lancée le 26 mars 2026 à Yaoundé, met en lumière le rôle croissant de l’Afrique dans les débats commerciaux mondiaux, dans un contexte marqué par des tensions entre grandes puissances et des divergences sur la réforme du système multilatéral.

La Directrice générale lors de la cérémonie d’ouverture de la CM14, le 26 mars 2026 à Yaoundé. Crédit : © OMC

Dès l’ouverture, Luc Magloire Mbarga Atangana a donné le ton : « Nos peuples nous observent et le monde entier nous regarde », a-t-il déclaré le 26 mars 2026 à Yaoundé. Le président de la 14e Conférence de l’OMC a aussitôt insisté sur la nécessité de « transformer les divergences en convergences », alors que les tensions atteignent un niveau inédit. Il a rappelé, dans la foulée, que la réforme de l’OMC demeure centrale pour adapter l’institution aux mutations de l’économie mondiale et restaurer la confiance dans le système commercial multilatéral.

Dans cette dynamique, la tenue de la conférence au Cameroun — la deuxième du genre en Afrique — confirme l’évolution du rôle du continent dans les dynamiques commerciales internationales. Joseph Dion Ngute, Premier ministre camerounais, a souligné que cette rencontre à Yaoundé, « en terre africaine », consacre « la reconnaissance du rôle croissant de l’Afrique ». Il a, par ailleurs, plaidé pour une gouvernance commerciale plus inclusive, capable de réduire les asymétries entre économies et de mieux intégrer les pays africains dans les échanges mondiaux. Dans le même élan, il a averti que les perturbations du commerce international produisent des effets directs sur les économies africaines : « Lorsque les marchés se ferment, c’est le développement socio-économique de nos pays qui en subit les conséquences ».

La nécessaire réforme, sous pression des puissances

Très rapidement, les débats ont fait apparaître des lignes de fracture nettes entre grandes économies. Les États-Unis ont adopté une posture critique à l’égard de l’OMC. Leur représentant au Commerce, Jamieson Greer, a affirmé que les politiques commerciales américaines constituaient « une réponse corrective à un système » ayant engendré « des déséquilibres graves et persistants ». Il a également dénoncé l’« échec des institutions multilatérales » à garantir des conditions de concurrence équitables. À l’inverse, la Chine a défendu fermement le cadre multilatéral. Son ministre du Commerce, Wang Wentao, a appelé les membres à « s’opposer aux actes d’unilatéralisme et de protectionnisme » et à soutenir un système fondé sur des règles. Entre ces deux positions, l’Union européenne a adopté une ligne médiane, réaffirmant son attachement à une OMC ouverte et équitable tout en soutenant sa modernisation.

Malgré ce consensus de principe sur la nécessité de réformer l’OMC, les divergences persistent sur le contenu et les priorités. Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’institution, a dressé un constat sans détour : « Le système commercial mondial connaît les perturbations les plus graves des 80 dernières années », a-t-elle déclaré, évoquant les conflits au Moyen-Orient, au Soudan et en Ukraine, ainsi que la montée de l’unilatéralisme. Elle a toutefois relevé une évolution notable : après plusieurs mois de discussions, tous les membres reconnaissent désormais la nécessité de réformer, même si les désaccords subsistent sur les modalités. Interrogée en conférence de presse sur l’éventuelle absence d’un programme de travail formel, elle a relativisé : « L’essentiel est que les ministres donnent un signal fort et s’engagent à avancer sur des réformes dans des domaines clés ».

Des règles du commerce qui interrogent la place de l’Afrique

Parmi les principaux points de friction figure la remise en cause du principe de la nation la plus favorisée, pilier du système commercial. Washington souhaite le réviser, en cohérence avec sa politique commerciale, une orientation qui suscite des réserves chez de nombreux pays en développement, attachés à ce mécanisme d’équité.

Dans le même temps, les grandes puissances convergent sur un autre levier : elles soutiennent le recours à des accords plurilatéraux permettant à certains groupes de pays d’avancer plus rapidement. Cette approche reste toutefois contestée par l’Inde. Son ministre du Commerce, Piyush Goyal, a insisté sur la nécessité de préserver le consensus et de protéger les droits des pays non participants.

Dans ce jeu d’équilibres, l’Afrique tente de faire entendre sa voix. La tenue de la conférence ministérielle à Yaoundé lui offre une visibilité politique accrue, alors même que le continent plaide pour une meilleure intégration dans les chaînes de valeur et un accès plus équitable aux marchés. Cependant, sa marge de manœuvre demeure limitée. Aucun accord majeur n’est attendu à l’issue des discussions ; les participants visent plutôt l’adoption d’une feuille de route sur la réforme en vue de la prochaine conférence ministérielle.

En attendant, les décisions structurantes continuent de dépendre des arbitrages entre grandes puissances. Pour les pays africains, l’enjeu dépasse désormais la seule réforme institutionnelle : il réside dans leur capacité à peser réellement dans la redéfinition des règles du commerce mondial.

Par Fabrice PORO, à Yaoundé

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