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Le Sénégal réaffirme la transparence de sa dette face aux polémiques

Le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a pris la parole face à la presse le 26 mars 2026 à Dakar, pour clarifier certaines informations relayées par le Financial Times. Le quotidien britannique affirmait que le Sénégal aurait emprunté « secrètement » 650 millions d’euros.

Cheikh Diba, ministre sénégalais des Finances et du Budget. © Facebook

Selon le Financial Times, le Sénégal aurait contracté en 2025 des emprunts de plusieurs centaines de millions d’euros auprès de banques telles que Africa Finance Corporation, First Abu Dhabi Bank et Société Générale, garantis par des obligations souveraines nationales. Le ministre a fermement contesté l’affirmation selon laquelle ces opérations n’auraient pas été rendues publiques. Le Financial Times précise que Africa Finance Corporation et First Abu Dhabi Bank ont levé 650 millions d’euros. Face à la polémique qui enfle, le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Cheikh Diba a fait deux sorties. La première par voie de communiqué au lendemain de la publication de l’article du quotidien britannique, le 24 mars, puis la deuxième au cours d’une déclaration face à la presse à Dakar, le 26 mars 2026/

Une économie en pleine dynamique

Cheikh Diba a ouvert son allocution en présentant la dynamique économique du Sénégal. Il a montré que le pays conserve une croissance soutenue, malgré un contexte international incertain. Le PIB a progressé de 7,8 % en 2025, porté par un secteur extérieur robuste et une politique macroéconomique prudente. Le Sénégal est devenu exportateur net de produits énergétiques, avec une hausse des exportations totales de 52 % par rapport à 2024, grâce à la production de pétrole, de gaz et à l’exploitation minière. Les importations n’ont augmenté que de 2 %, renforçant la balance commerciale.

Sur le plan des prix, l’inflation a atteint seulement 0,8 %, ce qui traduit l’efficacité des politiques publiques de maîtrise du coût de la vie. Les prix des produits frais ont diminué de 2,4 % et ceux des produits énergétiques de 1,5 %. Le ministre a souligné : « La stabilité des prix traduit parfaitement les résultats de la politique de notre gouvernement sur la maîtrise du coût de la vie, en particulier pour les produits frais et énergétiques. »

Il a expliqué que ces résultats résultent d’une stratégie globale visant à stimuler la production locale, attirer les investissements étrangers et renforcer la compétitivité régionale. Cette performance offre également une base solide pour poursuivre une croissance inclusive et durable.

Une consolidation budgétaire ambitieuse

Le ministre a ensuite détaillé la consolidation budgétaire, entreprise depuis 2024 pour rendre les finances publiques plus saines. Le gouvernement augmente les recettes à travers le Plan de redressement économique et social, et rationalise les dépenses en améliorant leur efficacité, tout en protégeant les secteurs sociaux comme la santé et l’éducation. Les actions incluent la modernisation du secteur parapublic et la planification stricte des investissements.

Les résultats des premiers mois de 2026 sont encourageants : la mobilisation des recettes a dépassé les objectifs fixés à fin février. Le déficit devrait passer de 13,4 % en 2024 à 3 % en 2027, tout en maintenant le financement des secteurs sociaux. Le ministre a rappelé que le gouvernement met en œuvre cette stratégie sans réduire les dépenses dans les secteurs sociaux, notamment la santé et l’éducation, pour assurer un développement inclusif et durable.

Cheikh Diba a insisté sur la cohérence de cette approche avec les orientations des plus hautes autorités pour un développement endogène et résilient. Il a souligné que le suivi rigoureux et la communication transparente renforcent la confiance des partenaires financiers et consolident la crédibilité de l’État sur les marchés régionaux et internationaux.

Des financements diversifiés et responsables

Le Sénégal a poursuivi sa stratégie de financement, combinant ressources concessionnelles et mobilisation sur le marché financier régional. En 2025, quatre appels publics à l’épargne ont permis à l’État de lever des fonds à des maturités allant jusqu’à 10 ans, à des taux nettement plus favorables que sur les marchés internationaux. Ces opérations participent à une stratégie d’endettement responsable et maîtrisé.

Parmi les initiatives majeures, Cheikh Diba a rappelé la signature d’un programme avec la Banque mondiale, d’un montant de 135 millions de dollars, dont 35 millions de dons, pour renforcer les systèmes de santé et améliorer l’accès aux services essentiels. Ce financement, PIFORA, soutient les réformes dans la nutrition et la santé maternelle, infantile et adolescente, tout en protégeant les populations vulnérables. « Ces financements sont conçus pour soutenir les réformes structurelles et garantir un impact direct sur la vie des populations, notamment les plus vulnérables. »

Le ministre a également précisé que le gouvernement planifie et exécute toutes les opérations dans le cadre légal, conformément aux objectifs de développement durable et de maîtrise des finances publiques.

Légalité et transparence

S’agissant des Total Return Swap (TRS), instruments financiers évoqués par le Financial Times, le ministre a tenu à clarifier leur usage et leur légalité. Ces opérations, intégrées au plan de financement 2025, ont servi à : attirer des investisseurs internationaux ; renforcer la liquidité du marché régional ; réduire le coût de la dette publique. Avec un taux moyen de 7,1 %, les TRS ont permis au Sénégal de s’endetter à des conditions nettement plus favorables que celles des Eurobonds, dont le coût oscillait entre 11 et 12 % en 2025. Le ministre a souligné que l’État maîtrise et sécurise ces instruments, et que la faible volatilité des titres émis localement minimise les risques.

Cheikh Diba a également rappelé que la communication sur ces opérations a été complète et transparente : présentation devant le Parlement, publication dans le rapport économique et financier annexé à la loi de finances 2026, et échanges réguliers avec le FMI. Le ministre a fermement rejeté les accusations d’opacité ou de financement secret, soulignant que les TRS ont financé uniquement le budget 2025, incluant le remboursement d’anciens emprunts et les dépenses courantes.

Le recours à ces instruments reflète une stratégie cohérente, responsable et orientée vers le renforcement du marché régional financier. Les opérations TRS permettent de financer l’État dans des conditions optimales, tout en maintenant la stabilité financière et la confiance des investisseurs.

Une première dette déjà « cachée »

« On n’a jamais vu une dette cachée de cette importance » en Afrique, a alerté Edward Gemayel, chef de mission du Fonds monétaire international (FMI) au Sénégal, jeudi 6 novembre 2025. Après deux semaines de discussions à Dakar sur la reprise d’un programme de prêt, il a révélé que le Sénégal avait accumulé près de 7 milliards de dollars de dette entre 2019 et 2024, sous l’administration de Macky Sall. « Cette dette cachée complique les négociations et justifie le délai pour conclure un nouvel accord », a précisé Gemayel. Le FMI prévoit de poursuivre les discussions à distance dès la semaine prochaine, tout en se disant « engagé à parvenir rapidement à un accord ».

L’institution impose des mesures correctrices pour éviter toute nouvelle dissimulation : centralisation de la gestion de la dette au sein d’un ministère unique et publication des résultats de l’audit des arriérés. Parallèlement, l’analyse de la viabilité de la dette, réalisée avec la Banque mondiale, reste une étape clé pour déterminer si l’endettement du Sénégal est soutenable.

Pour Dakar, l’absence d’un nouvel accord est préoccupante. La dette représente désormais 132 % du PIB, et Moody’s a dégradé trois fois en un an la note du pays, estimant que les risques liés à la trajectoire d’endettement et à la situation budgétaire augmentaient. L’enjeu est clair : la transparence financière et la mise en place de mesures correctrices sont essentielles pour restaurer la confiance des partenaires internationaux et sécuriser l’avenir économique du Sénégal.

Par Pape MADIAKHATE, à Dakar

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