Chargement en cours
Publicité

La filière coton africaine enclenche sa mutation industrielle

Réunis à Yaoundé, en amont de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, États, bailleurs et industriels enclenchent une nouvelle phase du Partenariat pour le coton. L’enjeu se déplace vers le financement et la transformation des projets en investissements concrets.

Le coton africain au coeur des problématiques de l’industrialisation. ©Pixabay

Les principaux producteurs de coton d’Afrique du centre et de de l’ouest auront-ils un avenir prometteur ? Le 25 mars 2026, à quelques heures de l’ouverture officielle de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC, des institutions financières, des agences onusiennes et des acteurs privés ont aligné leurs positions pour faire basculer la filière coton, particulièrement en Afrique subsaharienne, vers l’industrialisation. Le constat est sans équivoque : « aujourd’hui, environ 98 % du coton de la région est exporté à l’état brut. L’objectif du Partenariat pour le coton est de changer cette situation », a déclaré Ngozi Okonjo-Iweala. La directrice générale précise la nature du dispositif : « ce partenariat réunit l’OMC, d’autres organisations internationales, des institutions financières et des acteurs du secteur privé afin de mobiliser les investissements nécessaires ».

Ce dispositif constitue une opportunité de valorisation du coton et d’attraction d’investissements étrangers, dans un contexte de recomposition des chaînes d’approvisionnement. Les pays concernés sont le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad, le Mali et la Côte d’Ivoire.  Lancé lors de la 13e Conférence ministérielle à Abou Dhabi, le Partenariat pour le coton (PPC) est une initiative structurante qui traduit les discussions de l’OMC sur le développement du coton en efforts tangibles d’industrialisation et d’investissement en Afrique de l’Ouest et centrale.

Le passage à l’exécution

Les principaux leviers financiers incluent la Banque africaine de développement, Afreximbank, la Société internationale islamique de financement du commerce ou encore la Banque de l’industrie du Nigéria. L’enjeu consiste à structurer les financements et à réduire les risques afin d’attirer le capital privé vers la filière coton en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Le Partenariat pour le coton entre dans une phase décisive au cours de la Conférence de Yaoundé. Après un cycle de diagnostic entre 2024 et 2025, les acteurs basculent vers la mise en œuvre. La plateforme d’investissement lancée à Yaoundé devient l’outil central. Elle vise à transformer des études en projets bancables. « La prochaine étape consiste à convertir les rapports nationaux et régionaux en projets bancables, soutenus par une assistance technique et des financements adaptés », précise Ngozi Okonjo-Iweala.

Nous visons clairement à mobiliser 5 milliards de dollars sur dix ans, doubler les revenus liés au coton, transformer localement jusqu’à 25 % de la production et créer environ 500 000 emplois, en priorité pour les femmes et les jeunes. La plateforme Africa Textile Invest agit comme un point d’entrée unique pour les investisseurs dans le textile et l’habillement. En tant que portail dédié du PPC, elle structure un parcours opérationnel en centralisant des données sur les fondamentaux des pays, les zones industrielles et un portefeuille d’opportunités d’investissement.

Le dispositif repose sur une combinaison d’instruments : financements concessionnels, garanties et mécanismes de financement mixte. Les institutions de développement doivent absorber une partie du risque afin de rendre les projets attractifs. Les pays producteurs cherchent à inverser le rapport de force.

Le rôle structurant de l’État

Le ministre malien du Commerce résume la stratégie : « la question n’est plus de savoir si le C4+ (Bénin, Burkina Faso, Tchad, Mali et Côte d’Ivoire) est prêt. Nous sommes là. La question est de savoir si les partenaires mondiaux sont prêts à s’engager ». Il met en avant les fondamentaux économiques : production compétitive, main-d’œuvre jeune et gouvernements engagés. « Nous disposons désormais d’outils qui permettent aux investisseurs de passer des idées à des projets concrets ».

Le message cible directement les bailleurs : « vos fenêtres de financement et vos dispositifs de préparation des projets constituent des ponts essentiels entre l’ambition et l’exécution ».Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où la filière se fragilise, notamment au Tchad, qui devrait enregistrer une baisse de production de 48 % pour la campagne 2024/2025, sous l’effet combiné du changement climatique et de la contraction des revenus agricoles.

Le Partenariat pour le Coton en scène à la CM14, Yaoundé le 25 mars 2025. ©WTO

Le Cameroun, hôte de la rencontre, se positionne comme facilitateur. Le ministre du Commerce et président de la Conférence ministérielle, Luc Magloire Mbarga Atangana, insiste sur la dimension institutionnelle. « Ce qui a parfois manqué, c’est l’organisation et la mise en place d’une plateforme crédible capable de convertir ce potentiel en partenariats », indique-t-il, évoquant « une transformation silencieuse mais déterminée » des économies concernées. Le cadre réglementaire se stabilise. « Nous avons pris toutes les dispositions pour améliorer le climat des affaires », affirme-t-il, appelant explicitement les investisseurs à s’engager.

Industrialiser pour capter la valeur

Le diagnostic reste constant : l’Afrique produit mais transforme peu. Ngozi Okonjo-Iweala souligne l’asymétrie : « l’étranger capte la majeure partie de la valeur ajoutée, là où l’on file, tisse et transforme le coton ». Le Partenariat pour le coton vise à corriger cette structure en couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’égrenage à l’habillement, avec l’ambition de bâtir un écosystème industriel régional. Le secteur représente, dans certains pays, entre 45 % et 60 % des recettes d’exportation. Il constitue également un levier social majeur : emploi rural, inclusion des femmes et stabilité territoriale.

Les grandes marques et les donneurs d’ordre internationaux interpellent directement. Le ministre malien insiste : « il ne s’agit plus d’un acte de foi. C’est un investissement rationnel dans une région au potentiel élevé ». Le partenariat met en avant plusieurs arguments : coûts compétitifs, coton traçable et modèles de production durables. L’objectif est de repositionner la région dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Des signaux émergent. La FIFA s’approvisionne en vêtements produits à partir de coton ouest-africain dans le cadre de son programme « Football for Schools », illustrant une première validation opérationnelle.  Au-delà de la production, l’enjeu devient financier. La transformation de la filière dépend de la capacité à structurer des projets crédibles, sécuriser les investissements et aligner les acteurs.

Le Partenariat pour le coton s’impose comme une architecture de coordination entre États, banques de développement, agences techniques et secteur privé. Ngozi Okonjo-Iweala résume l’équation : « l’action coordonnée peut transformer le commerce en croissance inclusive ».

Par Fabrice PORO, à Yaoundé

Laisser un commentaire