Le commerce mondial marque un pas de plus en faveur des femmes
À la veille de la Conférence ministérielle de l’OMC (CM14), prévue du 26 au 29 mars au Cameroun, un événement de haut niveau consacré aux femmes et au commerce s’est tenu le 25 mars. Il illustre un tournant : le commerce mondial renforce ses mécanismes pour faciliter l’accès des entrepreneures au financement et aux marchés, notamment en Afrique.

À Yaoundé, la capitale du Cameroun, le ton change ce 25 mars. Les institutions commerciales ne parlent plus seulement d’inclusion. Elles testent des mécanismes. En marge de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une session de débat consacrée au financement pour les entreprises dirigées par des femmes grâce au Fonds pour les exportatrices dans l’économie numérique (WEIDE), organisé par le Centre du commerce international (ITC) et l’OMC. Pour Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale de l’OMC, « nous ne nous contentons plus de parler. Nous agissons. J’en avais assez des discours. » Le ton est donné.
Le signal s’appuie sur un constat chiffré. Les entreprises dirigées par des femmes font face à un déficit de financement estimé à 300 milliards de dollars. « Ce n’est pas seulement une contrainte. C’est une opportunité manquée pour la croissance mondiale », insiste la directrice générale.
Dans ce contexte, l’Organisation mondiale du commerce et ses partenaires déplacent le centre de gravité vers les règles. L’enjeu ne se limite plus à des programmes d’appui. Il concerne l’intégration du genre dans les accords commerciaux eux-mêmes.
WEIDE, laboratoire d’une politique commerciale ciblée
Lancé en 2024 par l’OMC et le Centre du commerce international, le Fonds WEIDE sert de banc d’essai. « Il y a deux ans, à Abu Dhabi, nous avons lancé ce fonds en regardant les défis et les opportunités, notamment dans le commerce numérique », rappelle Ngozi Okonjo-Iweala. Le mécanisme combine subventions et assistance technique. Il cible directement les entrepreneures engagées dans les échanges internationaux. La réponse dépasse les attentes. Plus de 69 000 candidatures ont été enregistrées.
À ce stade, près de 300 femmes bénéficient du dispositif. « Un premier décaissement de 1,7 million de dollars est en cours ce mois-ci », précise la Directrice générale. Le programme doit s’étendre rapidement avec un objectif d’au moins 1 000 bénéficiaires dans les deux prochaines années. L’Afrique s’insère déjà dans ce dispositif à travers le Nigeria, l’un des pays pilotes. Les premières subventions concernent aussi la Mongolie et la République dominicaine.
Numérique et genre comme point d’entrée
Les initiatives présentées à Yaoundé reposent sur un levier commun. Le commerce numérique. En 2025, les services fournis numériquement ont progressé de 10 %, apprend-on, devenant ainsi le segment le plus dynamique des échanges mondiaux. Pour les institutions, ce canal réduit les barrières d’entrée et améliore la bancabilité des entreprises. « Les femmes sont prêtes à commercer, à condition de bénéficier du soutien adéquat », observe Ngozi Okonjo-Iweala.
Les bénéficiaires du WEIDE utilisent déjà ces outils pour accéder à de nouveaux marchés. « Elles créent des opportunités, développent des entreprises et deviennent compétitives à l’échelle mondiale », ajoute-t-elle. Au-delà du financement, le chantier devient normatif. L’OMC pousse vers des accords commerciaux intégrant explicitement le genre. « Je souhaite voir davantage d’accords qui reconnaissent les obstacles auxquels les femmes sont confrontées et qui favorisent l’inclusion », affirme Ngozi Okonjo-Iweala.
Cette orientation s’appuie sur le travail des groupes informels sur le commerce et le genre et sur les MPME. Ces structures produisent désormais des outils concrets. Un compendium recensant 187 mesures politiques a été présenté. Il couvre 17 domaines, de l’entrepreneuriat féminin aux accords de libre-échange en passant par l’aide pour le commerce.
Un second projet est en préparation. Il doit en effet, cartographier les politiques publiques favorisant l’accès des femmes au commerce numérique. L’objectif consiste à fournir aux États des instruments directement utilisables. Les coprésidents du groupe, dont James Baxter, Clara Delgado et Patricia Benedetti, réaffirment leur engagement à suivre l’impact de ces politiques et à diffuser les bonnes pratiques.
Partenariats et mise à l’échelle
Le financement du dispositif repose sur une coalition d’acteurs. Les Émirats arabes unis, le Qatar, le Royaume de Bahreïn et la FIFA contribuent au Fonds WEIDE. L’ITC joue un rôle central dans l’exécution. Sa directrice exécutive, Pamela Coke-Hamilton, inscrit cette dynamique dans la durée. « Depuis dix ans, nous travaillons à donner aux femmes les outils, les réseaux et les opportunités pour accéder aux marchés mondiaux. Aujourd’hui, nous voyons les résultats. »
À travers l’initiative SheTrades, plus de 100 000 femmes ont déjà été accompagnées dans 94 pays. Un réseau de 22 hubs structure cet accompagnement, avec une extension récente au Zimbabwe. Le programme influence aussi les politiques commerciales dans plus de 65 pays.
Les travaux présentés à Yaoundé traduisent un basculement. L’accès au financement des femmes ne relève plus uniquement de politiques sociales ou de programmes isolés. Il dépend de la manière dont les règles du commerce intègrent leurs contraintes. « L’attention se déplace vers la production de résultats concrets, à travers des partenariats, des investissements et des actions », résume Ngozi Okonjo-Iweala.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




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