Léon XIV au Cameroun, « la paix ne peut être réduite à un slogan »
La visite de Léon XIV au Cameroun, du 15 au 18 avril 2026, intervient dans un climat de tensions persistantes, où la question de la paix reste entière. Entre l’annonce d’une trêve par des groupes séparatistes, son déplacement à Bamenda et les prises de parole croisées avec Paul Biya, la crise anglophone, toujours vive depuis 2016, s’impose à nouveau au cœur du débat national.

Une pluie d’averse tombe sur Yaoundé dans la matinée du 15 avril, au moment où Yaoundé, la capitale camerounaise attend l’arrivée du pape Léon XIV. Dans le registre symbolique, ce temps pluvieux est lu comme un signe de bénédiction et de renouveau. Il accompagne une visite apostolique placée sous le signe de la paix et du dialogue, dans un pays traversé par des tensions persistantes. Le souverain pontife atterrit en début d’après-midi à l’aéroport international de Nsimalen, légèrement en avance sur le programme officiel. Il arrive en provenance d’Alger, après un séjour de quarante-huit heures sur les traces de saint Augustin. À sa descente d’avion, le pape est accueilli par le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute. Une foule nombreuse se massant aux abords du tarmac ponctue l’arrivée d’acclamations. Léon XIV salue les fidèles avant de prendre la direction du Palais de l’Unité.
Au menu de sa première journée au Cameroun : une visite de courtoisie au couple présidentiel, suivie d’échanges avec les autorités administratives, le corps diplomatique et des représentants de la société civile. Dans son agenda ce même ce jour : une visite dans un orphelinat et une rencontre privée avec les évêques du Cameroun. La visite s’installe ainsi d’emblée à l’intersection du religieux, du politique et du social.
Le pape place la visite sur un terrain politique
Au Palais de l’Unité, le président camerounais, Paul Biya, accueille le souverain pontife en rappelant le caractère historique de l’événement. Il souligne une « quatrième visite d’un souverain pontife en terre camerounaise » et indique que le peuple camerounais mesure le « privilège rare » de recevoir Léon XIV pour sa première tournée en Afrique, quelques mois seulement après son accession au trône de Saint-Pierre. Le président insiste sur la gratitude du pays à l’endroit du chef de l’Église catholique.
Dans son intervention, Léon XIV inscrit immédiatement sa visite dans un registre politique et social. Il déclare venir « en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix » et dit vouloir « encourager chacun à poursuivre […] la construction du bien commun ». Le pape évoque aussi une époque marquée par « la résignation » et un « sentiment d’impuissance », tout en soulignant la « faim et soif de justice » ainsi que la « soif de participation ».
Cette lecture ne se limite pas à des considérations générales. Le souverain pontife lie explicitement son déplacement à la situation politique et sécuritaire du Cameroun. Il parle d’un pays qui doit encore répondre à des attentes profondes en matière de justice, de paix et de participation citoyenne. Le message est clair. La visite n’est pas seulement spirituelle. Elle met aussi sous tension les questions de gouvernance et de cohésion nationale.
Bamenda au centre de gravité de la visite
Le contexte sécuritaire structure l’ensemble du déplacement. Ce 16 avril 2026, le pape dira une messe à Bamenda, capitale de la région anglophone du Nord-Ouest, en proie à une crise séparatiste. En effet, depuis 2016, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont le théâtre d’un conflit opposant groupes armés et forces gouvernementales. Au moins 6 000 personnes ont été tuées selon l’ONU. Les civils subissent enlèvements, extorsions et violences. Des familles sont déplacées, des enfants privés d’école, des jeunes privés de perspectives. La séquence de Bamenda reste donc la plus attendue. En amont de la visite, des groupes séparatistes ont annoncé une trêve de trois jours afin que la visite du pape Léon XIV se déroule dans des bonnes conditions.
Dans son premier discours au Cameroun, Léon XIV nomme explicitement les zones touchées par les violences. Il évoque « des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’école » et « des jeunes qui ne voient pas d’avenir ». Le pape appelle à « rejeter la logique de la violence et de la guerre » pour construire « une paix fondée sur l’amour et la justice ». Il précise que « la paix ne peut être réduite à un slogan » et qu’elle doit se traduire dans les pratiques institutionnelles. Léon XIV affirme que « gouverner, c’est écouter réellement les citoyens » et que la sécurité doit s’exercer « dans le respect des droits de l’homme ».
Le souverain pontife met aussi l’accent sur les femmes, qu’il décrit comme des « artisans infatigables de paix », et sur les jeunes, présentés comme une force décisive pour l’avenir du pays. Il plaide pour l’éducation, la formation et l’esprit d’entreprise, qu’il associe à la prévention des violences et à la consolidation du tissu social.
Paul Biya défend la tolérance et le dialogue
La réponse de Paul Biya emprunte une autre tonalité. Le chef de l’État met en avant un Cameroun attaché à la tolérance religieuse et au dialogue. Il affirme que « plusieurs religions coexistent pacifiquement » dans le pays et souligne la contribution de l’Église catholique à la santé et à l’éducation. Il replace aussi la visite dans un cadre international difficile, marqué selon lui par des crises et des conflits qui sèment « la mort et la désolation ». Le président décrit le message du pape comme une « source rafraîchissante et vivifiante » face à « la souffrance » et à « l’angoisse » qui frappent les peuples. Il insiste enfin sur la nécessité d’un monde où « la voie du dialogue remplacerait la voix des armes ». Son discours situe la visite dans une perspective d’apaisement, en cohérence avec l’image d’un pays qui se présente comme stable et ouvert au pluralisme religieux.
La visite apostolique, prévue du 15 au 18 avril 2026, doit se poursuivre à Douala, le 17 avril, où une messe au stade de Japoma devrait rassembler de milliers de fidèles. Elle s’inscrit dans une tournée africaine de 18 000 kilomètres qui conduira ensuite Léon XIV en Angola et en Guinée équatoriale jusqu’au 23 avril.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




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