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La RDC mobilise 1,25 milliard USD sur les marchés de capitaux 

Avec une levée de 1,25 milliard de dollars, la République démocratique du Congo (RDC) franchit un cap majeur en accédant pour la première fois aux marchés internationaux de capitaux. Structurée en deux tranches, cette opération marque l’aboutissement des mois de préparation stratégique menée par Kinshasa.

Le ministre des Finances de la RDC, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi. ©Page Facebook Ministère des Finances RDC

Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi, ministre des Finances de la République démocratique du Congo a tenu recadrer l’auditoire : « Nous ne célébrons pas les 1,25 milliard USD levés à travers l’Eurobond. Nous célébrons la crédibilité retrouvée de la République démocratique du Congo sur les marchés financiers internationaux ». Lors d’un point de presse tenu le 13 avril 2026 à Kinshasa et consacré à cette opération d’émission obligataire « Mbote », le membre du gouvernement a détaillé les contours de cette première sortie sur les marchés financiers internationaux. « Cette opération traduit la confiance des investisseurs dans la trajectoire économique du pays et dans les réformes engagées », a-t-il poursuivi.

Le 9 avril 2026, l’État congolais a procédé à sa première émission obligataire en devises. Kinshasa a levé 1,25 milliard de dollars, structurés en deux tranches. La première, d’un montant de 600 millions de dollars, arrive à échéance dans cinq ans avec un rendement de 8,75 %. La seconde, de 650 millions de dollars, est assortie d’une maturité de dix ans pour un rendement de 9 %. Le gouvernement a engagé dès octobre 2025 une série de rencontres avec les investisseurs.

Face aux inquiétudes sur le niveau d’endettement du pays, le ministre a rassuré que les réformes engagées ont permis de positionner la RDC parmi les pays affichant les plus faibles déficits budgétaires d’Afrique (2,4 % du PIB en 2025), avec un ratio d’endettement contenu (18,1 % du PIB à fin 2025).

Plusieurs places financières concernées

Devant la presse, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi a présenté des perspectives macroéconomiques solides, portées par une croissance moyenne du PIB réel de 7 % sur les quatre dernières années. Cette croissance s’établit à 5,8 % en 2025 et devrait se maintenir au-delà de 5 % jusqu’en 2027, soit un niveau supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne. L’inflation, contenue autour de 2,3 % en 2025, et l’amélioration continue de la position extérieure, avec des réserves couvrant au moins trois mois d’importations de biens et services, traduisent cette stabilité. « La RDC occupe une position stratégique dans la chaîne de valeur mondiale des minerais, avec environ 70 à 75 % de la production mondiale de cobalt, d’importantes réserves de métaux stratégiques, tout en poursuivant une diversification minière (cuivre, or, zinc, lithium…) », a-t-il souligné.

Les souscriptions ont atteint plus de 5,3 milliards de dollars, soit plus de quatre fois le montant recherché. Le gouvernement a ajusté les rendements à la baisse par rapport aux premières indications. Les banques Citi, Rawbank et Standard Chartered ont piloté l’opération en tant que chefs de file. Les cabinets White & Case et Rothschild & Co ont assuré le conseil. L’émission intervient dans un contexte international instable. Les autorités congolaises ont attendu une accalmie relative pour entrer sur le marché. Le calendrier a été calibré pour capter la liquidité disponible avant un éventuel durcissement des conditions financières.

Pour le ministère des Finances, cette capacité à exécuter rapidement l’opération repose sur un dialogue engagé de longue date avec les investisseurs. Les fonds levés doivent financer plusieurs projets jugés structurants. Le gouvernement cite la modernisation de l’aéroport international de N’djili, la centrale hydroélectrique de Katende et la route nationale numéro 4. Ces investissements s’inscrivent dans le Plan national stratégique de développement 2024-2028.

Des jugés taux élevés

Le coût de l’opération reste significatif. Des rendements proches de 9 % traduisent la perception du risque par les investisseurs. La dette contractée est libellée en dollars alors que les recettes publiques sont majoritairement en francs congolais. Ce décalage expose les finances publiques aux fluctuations de change. Il renforce aussi la contrainte de remboursement à moyen terme. Les échéances s’étalent sur cinq et dix ans. Leur soutenabilité dépendra de la capacité des projets financés à générer des revenus et de la stabilité macroéconomique.

Le gouvernement met en avant les progrès récents. L’agence Standard & Poor’s a relevé en janvier 2026 la perspective de la note du pays de stable à positive. Les autorités soulignent également l’appui des programmes du Fonds monétaire international. L’exécutif présente cette première émission comme un jalon. L’opération permet d’établir une courbe de rendement pour la signature congolaise. Elle pourrait servir de référence pour de futures levées de fonds, y compris pour les entreprises locales. Dans le même temps, des fragilités subsistent. Le contexte sécuritaire dans l’Est du pays pèse sur les équilibres budgétaires. Les investisseurs intègrent ces risques dans les conditions exigées.

Kinshasa affirme vouloir maintenir une gestion rigoureuse de la dette. « Les ressources seront orientées vers des projets à impact direct pour la population », a déclaré le ministre, évoquant la modernisation des infrastructures, l’énergie et la mobilité urbaine. L’entrée de la RDC sur les marchés internationaux ouvre un accès inédit aux financements commerciaux. Elle installe aussi une contrainte durable. Le pays devra désormais convaincre à intervalles réguliers de sa capacité à honorer ses engagements.

Par Fabrice PORO, à Kinshasa

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