15 000 hommes pour renforcer la riposte sécuritaire dans le Sahel
Réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou, les chefs d’état-major du Mali, du Niger et du Burkina Faso accélèrent la mise en place de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES), avec l’ambition de passer d’une posture défensive à une véritable capacité offensive structurée.

Sous la présidence du général Moussa Diallo, chef d’état-major burkinabè et président en exercice du comité militaire de la Confédération des États du Sahel, les participants transforment les conclusions des experts militaires, réunis du 7 au 15 avril, en décisions opérationnelles directement applicables sur le terrain. « Les décisions qui seront prises ici permettront aux combattants de la force unifiée de conduire leur mission sur le terrain », déclare-t-il, en insistant sur une armée « en montée en puissance » désormais engagée dans sa phase opérationnelle.
Le commandement adopte un ton résolument dissuasif. « Nous sommes AES, nous restons AES. Tous ceux qui voudront s’en prendre à l’espace AES trouveront la force unifiée en face d’eux », avertit le général, qui martèle un message de fermeté dans un contexte sécuritaire tendu. Les responsables militaires placent au centre des discussions la reconquête des zones frontalières instables et la sécurisation d’un espace confédéral sous forte pression des groupes armés.
Depuis Niamey, les autorités pilotent la FU-AES, qui s’impose progressivement comme le bras armé d’une alliance sahélienne cherchant à renforcer son autonomie stratégique dans un contexte de recomposition des partenariats sécuritaires.
Une Force pour faire face à la menace jihadiste
La Force unifiée de l’AES devient le pilier central de la coopération militaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Les autorités lancent officiellement cette force en décembre 2022 à Bamako, lors d’une cérémonie présidée par le général Assimi Goïta. Elles regroupent désormais les contingents des trois armées nationales autour d’un commandement unique et installent un poste de commandement conjoint à Niamey, tout en déployant des bataillons dédiés aux opérations intégrées. Les autorités militaires maliennes affirment que ce dispositif permet d’anticiper les nouveaux modes opératoires des groupes armés terroristes et de poursuivre la sécurisation progressive de l’espace sahélien. Elles engagent ainsi une restructuration profonde de la réponse sécuritaire.
Assimi Goïta identifie une triple menace — terroriste, économique et médiatique — et appelle à une réponse globale. Les États membres lancent alors une stratégie d’influence et créent des médias dédiés, dont une télévision, une radio et une presse AES, afin de contrer les narratifs hostiles et de renforcer la cohésion interne. Dans un contexte de ruptures politiques avec la CEDEAO et de succession de coups d’État, les autorités militaires construisent progressivement un cadre sécuritaire autonome fondé sur la souveraineté régionale et la mutualisation des moyens.
Que peut réellement la Force unifiée de l’AES ?
La Force unifiée de l’AES évolue dans un environnement sécuritaire fortement dégradé, où des groupes jihadistes affiliés notamment à la Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM) s’enracinent dans les zones frontalières des trois États. Ces groupes adaptent leurs modes opératoires et combinent guérilla mobile, contrôle indirect de certains axes ruraux et stratégies d’asphyxie économique. Ils multiplient les attaques contre les convois de carburant à destination du Mali, perturbent l’approvisionnement des grandes villes comme Bamako et fragilisent durablement les capacités logistiques des États ainsi que leurs forces armées.
Dans ce contexte, la FU-AES entend répondre à une conflictualité hybride dans laquelle les frontières nationales offrent souvent des zones de repli aux groupes armés. Les États mutualisent 15 000 hommes, centralisent le commandement à Niamey et coordonnent leurs services de renseignement pour gagner en réactivité face à des adversaires transfrontaliers. Cependant, l’efficacité de la force dépend de plusieurs facteurs structurants. Les États assurent un financement stable, harmonisent leurs doctrines militaires et renforcent la collecte et l’exploitation du renseignement dans des zones vastes et difficiles d’accès.
Face à des groupes profondément enracinés dans les dynamiques locales, la FU-AES ne se limite pas à une force de projection. Elle s’impose progressivement comme un dispositif de contrôle territorial et de sécurisation des flux. À défaut, elle risque de demeurer une réponse politiquement affirmée mais militairement incomplète face à une menace durablement installée.
Par Olivier Adrien OUEDRAOGO, à Ouagadougou




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