Chargement en cours
Publicité

Mamadou Sakho tente de dépasser les clivages post-CAN 2025

Dans ce contexte tendu, l’ancien international français de football, d’origine sénégalaise, appelle à la responsabilité collective. Refusant toute posture partisane, il insiste sur l’essentiel : préserver l’unité africaine et rappeler que le football doit rester un vecteur de cohésion et de valeurs.

Mamadou Sakho aux African CIO Awards en marge du GITEX Africa, le 8 avril 2026 à Marrakech. ©CIO Mag

Le 17 mars 2026, la Confédération africaine de football a bouleversé l’issue de la finale de la CAN 2025 en déclarant le Sénégal forfait, attribuant au Maroc une victoire 3-0 sur tapis vert. Cette décision du jury d’appel de la CAF s’appuie sur les règlements disciplinaires, notamment ceux sanctionnant toute interruption de jeu ou abandon de terrain sans autorisation. En cause : le retrait temporaire de joueurs sénégalais, intervenu dans un contexte de tension extrême après une décision arbitrale controversée. Mais à Dakar, cette sanction est perçue comme disproportionnée. Les autorités du football sénégalais estiment qu’il ne s’agissait pas d’un abandon définitif, mais d’un mouvement de protestation momentané, rapidement résorbé. Cette nuance est au cœur du recours introduit devant le Tribunal arbitral du sport, considéré comme l’ultime juridiction en matière de contentieux sportif.

Le refus d’une procédure accélérée, notamment soutenu par la partie marocaine, change profondément la donne. Là où le Sénégal espérait un dénouement rapide, la procédure classique impose désormais un calendrier long, pouvant s’étendre sur près d’un an. Ce choix stratégique permet aux différentes parties de consolider leurs arguments, convoquer des témoins clés et analyser en profondeur les rapports officiels. Au-delà du cas d’espèce, cette affaire illustre la complexité croissante du droit du sport africain. Elle révèle aussi les limites des mécanismes disciplinaires face à des situations de crise, où la frontière entre protestation légitime et infraction réglementaire reste sujette à interprétation.

Une CAN à deux réalités

Depuis cette décision, la CAN 2025 évolue dans une situation inédite, presque schizophrénique. Sur le plan sportif, le Sénégal reste, pour une grande partie de l’opinion, le vainqueur légitime, après sa victoire 1-0 acquise sur le terrain au terme d’un match intense et prolongé. Mais sur le plan administratif, le Maroc est reconnu champion d’Afrique par la CAF, ses instances ayant validé la sanction infligée aux Lions de la Teranga. Cette dualité crée une confusion profonde. D’un côté, le trophée et la mémoire collective du match renvoient à Dakar. De l’autre, les archives officielles, les classements et les palmarès consacrent Rabat. Une fracture symbolique qui dépasse le simple cadre sportif pour toucher à la crédibilité même des compétitions africaines.

Les supporters, les sponsors et les observateurs internationaux peinent à s’y retrouver. Comment valoriser une compétition dont l’issue reste contestée ? Comment construire une narration cohérente autour d’un champion discuté ? Cette situation fragilise l’image d’une CAN pourtant en quête de reconnaissance mondiale. Dans ce contexte tendu, le président de la CAF, Patrice Motsepe a entrepris une médiation entre les deux pays. Les 9 et 10 avril, il s’est notamment rendu au Sénégal et au Maroc. Son message est clair : préserver l’unité du football africain. Mais ses appels à l’apaisement se heurtent à des positions fermes de part et d’autre, chaque camp revendiquant sa légitimité.

« L’humain doit primer sur le sport »

Dans ce climat électrique, la prise de parole de l’ancien international français de football – d’origine sénégalaise – fait des vagues. Lors du GITEX Africa du 7 au 9 mars à Marrakech au Maroc, Mamadou Sakho a donné son avis sur la situation. L’ancien défenseur international, à cheval entre plusieurs identités — française, sénégalaise et marocaine par sa famille — refuse d’entrer dans la logique de confrontation. Il déclare : « Je suis né en France, de parents sénégalais, marié à une Marocaine. Donc je voulais juste préciser que l’Afrique, l’Afrique fait qu’un. Que ça soit le Sénégal, le Maroc, anglophone, francophone, noir, arabe, l’Afrique fait qu’un. » Son discours tranche avec les postures partisanes qui dominent le débat.

Pour lui, la question du vainqueur passe au second plan. Ce qui l’inquiète, c’est l’impact de cette crise sur les jeunes générations et sur l’image du football africain. « Ce qui s’est passé est dommageable, surtout pour les enfants qui regardent », souligne-t-il. Une manière de rappeler que le football est aussi un vecteur d’éducation et de valeurs. Mamadou Sakho insiste surtout sur la notion de responsabilité. Selon lui, tous les acteurs — joueurs, supporters, arbitres et dirigeants — doivent assumer leurs actes. Il refuse les discours d’évitement ou les lectures biaisées des événements. « On a tous vu ce qui s’est passé », martèle-t-il, appelant à une forme de lucidité collective.

Son message dépasse le cadre du conflit Sénégal-Maroc. Il invite à repenser le rôle du sport comme outil de cohésion plutôt que de division. Dans une Afrique marquée par des clivages multiples, le football doit rester un espace de rassemblement. En mettant l’humain au-dessus de l’enjeu sportif, Mamadou Sakho recentre le débat sur l’essentiel : l’éthique, la fraternité et la transmission.

Un verdict (final) très attendu

Désormais, tous les regards convergent vers le Tribunal arbitral du sport, appelé à trancher ce litige aux implications majeures. Sa décision, attendue d’ici fin 2026 ou début 2027, ne se limitera pas à désigner un vainqueur. Elle pourrait redéfinir les standards d’interprétation dans le football africain et au-delà. Le TAS devra examiner une multitude d’éléments : rapports d’arbitres, images du match, témoignages des officiels et cadres réglementaires. L’enjeu sera de déterminer si le comportement des joueurs sénégalais constitue une infraction justifiant une défaite sur tapis vert, ou s’il relève d’une protestation circonstancielle ne remettant pas en cause le résultat sportif.

Pendant ce temps, les deux camps maintiennent leurs positions. Le Sénégal espère une réhabilitation de sa victoire a paradé avec le trophée de la CAN 2025 au Stade de France le 28 mars 2026, avant un match amical contre le Pérou, malgré une polémique de déchéance de titre. De son côté, le Maroc défend la validité de la décision du jury d’appel de la CAF. Cette attente prolongée entretient le flou et alimente les spéculations. Dans cet entre-deux, la CAN 2025 reste suspendue à une décision juridique. Une situation rare, qui rappelle à quel point le sport moderne est désormais indissociable du droit.

Par Prosper LOUABALBE, à Marrakech

Laisser un commentaire