La Russie peut-elle inverser le cours de la guerre dans le Sahel ?
L’Alliance des États du Sahel (AES) et la fédération de Russie ont signé, le 8 juillet à Niamey, un mémorandum visant à renforcer leur coopération diplomatique et sécuritaire. Cet accord intervient alors que les attaques jihadistes se sont intensifiées ces derniers mois au Mali et au Niger.

La visite du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à Niamey au Niger, le 8 juillet 2026, devait marquer une nouvelle étape du rapprochement entre la Russie et la Confédération des États du Sahel. Les ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger – pays qui constituent cet espace géopolitique – ont adopté un mémorandum de consultations 2026-2027 et affiché une convergence de vues sur la souveraineté, la sécurité et l’ordre international.
Mais, derrière les déclarations, une question domine. Les attaques récentes au Mali et au Niger vont-elles pousser Moscou à accroître son implication militaire dans la région ? Le communiqué conjoint signé à Niamey ne laisse guère de doute sur la priorité donnée au volet sécuritaire. Les deux parties se sont « réjouies de l’intensification de la coopération militaire et militaro-technique » et la Russie a confirmé sa volonté de poursuivre son soutien au renforcement des capacités opérationnelles des armées de l’AES et de la Force unifiée de la Confédération.
Des attaques qui changent le contexte
Les discussions de Niamey se sont tenues dans un climat marqué par plusieurs offensives majeures. Le communiqué final évoque explicitement « les attaques terroristes barbares et ignobles » perpétrées au Mali le 25 avril 2026 ainsi que l’attaque contre la base aérienne 101 et l’aéroport international Diori Hamani de Niamey les nuits du 17 au 18 juin et de 28 et 29 janvier 2026. Ces références ne sont pas anecdotiques. Elles traduisent une inquiétude partagée face à la capacité des groupes armés à frapper des infrastructures stratégiques et des centres urbains.
À l’ouverture des consultations, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, a insisté sur la nécessité d’obtenir des résultats tangibles. « La qualité d’un partenariat stratégique se mesure aussi dans sa capacité à produire des résultats concrets qui améliorent durablement la vie des populations », a-t-il déclaré. Cette déclaration résume le défi auquel l’AES et Moscou sont désormais confrontés.
Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur de la République du Niger, a eu un entretien bilatéral avec son homologue Russe, Sergueï Lavrov. Cette rencontre a permis aux deux chefs de la diplomatie d’examiner les principaux axes de la coopération entre le Niger et la Fédération de Russie, ainsi que les perspectives de son renforcement dans des domaines d’intérêt commun. Les échanges ont également porté sur les enjeux régionaux et internationaux, dans un contexte marqué par le renforcement du partenariat stratégique entre la Confédération des États du Sahel et la Russie.
Moscou vers une implication plus poussée ?
La Russie ne s’est pas engagée publiquement sur un renforcement immédiat de sa présence militaire. Sergueï Lavrov a toutefois laissé entendre que la coopération pourrait évoluer vers des mécanismes plus opérationnels. « La lutte contre le terrorisme a été une priorité de notre discussion d’aujourd’hui », a déclaré le chef de la diplomatie russe. Il a évoqué la création de dispositifs permanents permettant de « surveiller les problèmes qui entravent notre développement » et d’« identifier et réprimer les canaux de financement » des groupes armés.
Les déclarations de Sergueï Lavrov laissent entrevoir un renforcement de la coopération dans plusieurs domaines. Il pourrait notamment s’agir d’un partage accru du renseignement, de la formation des forces de l’AES, d’un appui à la surveillance aérienne, d’une coopération plus étroite entre services financiers et sécuritaires, ainsi que d’un soutien supplémentaire à la montée en puissance de la Force unifiée de l’AES.
Le ministre Lavrov a également indiqué que Moscou souhaitait élargir le format de coopération « 3+1 » à l’économie, à la finance et même à la coopération entre banques centrales. L’objectif affiché consiste à construire un partenariat plus durable que la seule assistance militaire.
La réunion de Niamey marque aussi une évolution institutionnelle. Depuis la première session tenue à Moscou le 3 avril 2025, les trois pays sahéliens ont créé des mécanismes communs et avancé vers une coordination diplomatique et sécuritaire plus structurée. Le mémorandum signé le 8 juillet établit désormais un cadre permanent de consultations entre les ministères des Affaires étrangères de l’AES et celui de la Russie. Le texte prévoit un suivi régulier des dossiers diplomatiques, politiques, sécuritaires et stratégiques. Cette architecture peut faciliter des réponses plus coordonnées aux offensives jihadistes. Elle ne garantit pas pour autant une efficacité immédiate sur le terrain.
Ce que Moscou vise désormais
Pour la Russie, l’enjeu dépasse la seule relation avec les trois capitales sahéliennes. À Niamey, Sergueï Lavrov a présenté l’évolution actuelle comme un « second éveil » de l’Afrique, après les indépendances politiques des années 1960. « Le continent aspire non seulement à l’indépendance politique, mais aussi à la capacité de gérer ses ressources naturelles et sa valeur ajoutée », a-t-il déclaré. Moscou voit donc dans l’AES un partenaire géopolitique appelé à jouer un rôle plus autonome vis-à-vis des puissances occidentales. Cette dimension explique l’importance accordée au futur sommet Russie-Afrique prévu à Moscou à l’automne 2026.
Au-delà des déclarations diplomatiques, l’efficacité du partenariat Russie-AES se mesurera sur le terrain au cours des douze prochains mois. Plusieurs indicateurs permettront d’en apprécier la portée. Le premier concerne l’évolution de la situation sécuritaire, à travers une baisse éventuelle des attaques jihadistes au Mali et au Niger.
Le deuxième portera sur la montée en puissance de la Force unifiée de l’AES, notamment sa capacité à planifier et conduire des opérations conjointes. Le troisième sera lié à la concrétisation du soutien russe, à travers les équipements livrés, les formations dispensées et le renforcement des capacités de renseignement. Enfin, le volet économique constituera un autre test, avec la mise en œuvre effective des projets annoncés autour de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) et des institutions russes.
Par Issoufou Amadou Dan Mallam, à Niamey




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