Le Mali et Union africaine relancent le dialogue sur fond de défis sécuritaires
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a rencontré le 13 juillet 2026 le président de la Transition malienne, Assimi Goïta. Cette visite relance le dialogue politique entre l’UA et Bamako autour des enjeux de sécurité, de lutte contre le terrorisme, de la Confédération des États du Sahel et de la coopération.

Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a achevé, lundi 13 juillet, une visite de deux jours à Bamako marquée par des entretiens avec le président de la Transition, le général Assimi Goïta, et le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. Première mission officielle du chef de la Commission depuis son entrée en fonction, ce déplacement intervient dans un contexte de recrudescence des attaques terroristes au Mali et de recomposition géopolitique autour de la Confédération des États du Sahel (AES).
Au-delà des messages protocolaires, cette visite aura surtout permis à l’Union africaine de réaffirmer son soutien à un État membre suspendu de ses instances depuis 2021, tout en maintenant son attachement au retour à l’ordre constitutionnel.
« Le Mali fait face à cette menace au nom de l’Afrique »
Au palais de Koulouba, le président Assimi Goïta a salué une visite qu’il a qualifiée de « forte démonstration de la solidarité de l’Union africaine » envers le Mali. Un sentiment partagé par Mahmoud Ali Youssouf, qui a insisté sur le caractère exceptionnel des échanges avec le chef de l’État malien. « La qualité de nos échanges m’a vraiment beaucoup impressionné. Je m’attendais à une réunion de quelques minutes… nous sommes restés une heure. J’ai beaucoup appris du Président de la Transition », a-t-il confié lors d’un point de presse à l’issue de l’audience.
Le président de la Commission a expliqué que sa première motivation était d’exprimer la solidarité de l’organisation continentale après les récentes attaques terroristes qui ont frappé le pays. « Ces attaques terroristes qui ont coûté la vie à beaucoup de Maliens ont été un choc pour le continent. Notre présence à Bamako est d’abord destinée à exprimer cette solidarité et à dire que nous condamnons avec la plus grande fermeté ce terrorisme », a-t-il déclaré.
Selon lui, la menace dépasse largement les frontières maliennes. « Si le Mali aujourd’hui fait face à cette menace, il le fait au nom de l’Afrique. Nous ne pouvons que lui témoigner notre solidarité. Ces groupes terroristes s’attaquent aux fondements de l’État malien, à ses institutions et à son unité », a-t-il affirmé. Mahmoud Ali Youssouf a également rendu hommage aux Forces armées maliennes (FAMa) et à la population. « Je salue la bravoure des Forces armées maliennes et la résilience des populations maliennes », a-t-il souligné.
Une coopération maintenue malgré la suspension
Selon un communiqué de l’Union africaine, les discussions entre les deux délégations ont porté sur la situation sécuritaire au Mali et dans le Sahel, la lutte contre le terrorisme, les perspectives de consolidation de la paix, mais aussi sur les relations entre Bamako et l’Union africaine. Si le Mali reste suspendu des organes politiques de l’UA depuis les changements anticonstitutionnels de 2021, Mahmoud Ali Youssouf a tenu à lever toute ambiguïté sur la portée de cette décision. « La suspension du Mali des institutions politiques africaines n’est pas une volonté d’isoler le Mali. C’est une façon de réaffirmer les règles et les procédures qui sont les nôtres, mais aussi de dire au Mali que nous sommes à ses côtés pour avancer dans ce cheminement politique », a-t-il expliqué.
Le président de la Commission a insisté sur le fait que le processus de transition devait rester une démarche portée par les Maliens eux-mêmes. « C’est aux Maliens de prendre leur destin en main. Les autorités de la Transition font leur travail et nous sommes là, en tant que Commission de l’Union africaine, pour soutenir ce processus », a-t-il affirmé. Selon lui, les réformes institutionnelles engagées ces derniers mois constituent des étapes importantes. « Le Mali a déjà franchi les étapes précédentes. L’Afrique souhaite voir un Mali stable, entretenant des relations apaisées avec ses voisins et rétablissant l’ordre constitutionnel », a-t-il ajouté.
Le chef de la Commission a également rappelé que l’Union africaine poursuivait son accompagnement du Mali à travers la Mission de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel (MISAHEL), dirigée par l’ancien ministre gambien des Affaires étrangères, Mamadou Tangara.
« Le terrorisme est un défi continental »
Pour le président de la Commission de l’UA, la dégradation sécuritaire au Sahel impose une mobilisation bien au-delà des frontières de l’AES. « Le terrorisme est comme un feu de paille. Si on ne le contient pas très vite, il peut passer aux pays voisins, et nous le voyons déjà. Le Ghana est menacé, le Togo est menacé, le Bénin est menacé », a-t-il averti. Face à cette extension de la menace, il estime qu’aucun pays ne peut agir seul. « Ce phénomène doit être combattu à l’échelle continentale. Le Mali n’est pas seul dans cette entreprise. La Commission de l’Union africaine et les États membres sont là pour aider le Mali à surmonter cette période extrêmement difficile », a assuré Mahmoud Ali Youssouf.
Cette visite intervient alors que le Mali fait face à une recrudescence des attaques menées par des groupes armés, notamment après les offensives coordonnées revendiquées début juillet par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et ses alliés. Pour plusieurs observateurs, ce déplacement marque une volonté de l’Union africaine de renouer un dialogue politique direct avec Bamako, sans renoncer à ses principes institutionnels. L’organisation entend préserver la coopération avec les autorités maliennes tout en accompagnant le processus de transition.
Reste désormais à traduire cette solidarité politique en actions concrètes. Plusieurs analystes estiment que les marges de manœuvre de l’Union africaine demeurent limitées par les divergences entre ses États membres et par ses capacités opérationnelles, notamment sur le plan militaire. À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a adressé un message clair : l’Union africaine considère désormais la stabilité du Mali comme un enjeu de sécurité pour l’ensemble du continent africain.
Par Kader DOUMBIA, à Bamako




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