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La RDC au Conseil de sécurité, quels enjeux pour la paix à l’Est ?

Après plus de trente ans d’absence, la République démocratique du Congo retrouve un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. À travers ce retour, Kinshasa ambitionne de peser sur les décisions internationales afin de stabiliser l’Est du pays, ravagé par des conflits armés persistants, et de mieux protéger les populations civiles.

Le président de la RDC, Félix Tshisekedi et le SG de l’ONU, António Guterres. ©presidence.cd

Le 2 janvier 2026, la République démocratique du Congo a officiellement entamé son mandat de deux ans comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Plus de trois décennies se sont écoulées depuis sa dernière participation à cet organe stratégique. Une cérémonie solennelle de levée du drapeau a eu lieu au siège de l’ONU, à New York, marquant une étape à forte portée symbolique. Longtemps cantonnée au rôle d’objet des décisions internationales, la RDC revendique désormais une place d’acteur à part entière au cœur du système multilatéral. Ce retour intervient dans un contexte particulièrement lourd. L’Est du pays demeure en proie à une crise sécuritaire persistante.

Dans une déclaration vidéo publiée le jour de l’entrée en fonction, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a souligné la portée de cet engagement. « En entrant officiellement au Conseil de sécurité, notre pays assume une responsabilité majeure au service de la paix et de la sécurité internationales. Ce n’est pas une récompense, c’est une mission », a-t-elle affirmé. Elle a précisé que la RDC aborde ce mandat « avec lucidité », forte de son expérience directe des conflits et consciente des attentes immenses des populations civiles. Kinshasa entend porter au Conseil « une parole fondée sur l’expérience, une parole de vérité et de responsabilité ».

L’Est de la RDC, au cœur des préoccupations

La RDC peut-elle réellement peser sur les décisions du Conseil de sécurité concernant la guerre qui ravage l’Est du pays ? Certes, Kinshasa ne dispose pas du droit de veto réservé aux cinq membres permanents. Mais elle bénéficie désormais d’un droit de vote, d’une capacité d’initiative et d’une influence tangible sur l’agenda sécuritaire international. Elle peut coparrainer des résolutions, influer sur leur formulation et participer activement aux négociations, y compris celles qui concernent directement la situation à l’Est du pays, notamment le mandat et l’avenir de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).

La crise dans l’Est constitue l’arrière-plan central de ce mandat. Depuis plusieurs années, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu subissent une violence chronique, aggravée par la résurgence du M23, les tensions régionales et la prolifération des groupes armés. Les Nations unies décrivent une situation humanitaire alarmante, avec des millions de déplacés internes et des civils exposés à de graves exactions. Face à cette réalité, la RDC entend transformer son siège au Conseil de sécurité en levier diplomatique. La ministre des Affaires étrangères l’a clairement exprimé : « Nous savons ce que signifie la guerre, nous savons ce que signifie l’insécurité et nous savons ce que signifie l’attente des populations civiles. »

Pour Kinshasa, siéger au Conseil de sécurité au moment où la communauté internationale se trouve interpellée offre une occasion rare de contribuer à la définition des réponses aux défis auxquels le pays fait face. « La RDC est prête, prête à contribuer, prête à écouter et prête à agir avec humilité et détermination », a insisté Thérèse Kayikwamba Wagner. Selon elle, l’expérience vécue des conflits confère à la RDC un capital moral que peu de membres du Conseil possèdent.

Enjeux diplomatiques et sécuritaires

Cette présence au Conseil permet également à la RDC d’insister sur le respect du droit international, que Kinshasa considère comme une condition indispensable à tout règlement durable des conflits. Dans sa prise de parole, la ministre a rappelé avec fermeté que « la souveraineté des États n’est pas négociable ». Ce message constitue à la fois une mise en garde contre toute ingérence non consensuelle et un appel à un multilatéralisme effectif, au-delà des postures symboliques. La RDC devra néanmoins traduire cette influence diplomatique retrouvée en résultats concrets, notamment en ce qui concerne l’évolution de la crise à l’Est.

La défense de la souveraineté des États figure parmi les enjeux majeurs de ce mandat. Dans un contexte international marqué par les ingérences, les conflits transfrontaliers et les rivalités géopolitiques, cette position vise à rappeler les principes fondamentaux du droit international. « L’entrée de la RDC au Conseil de sécurité est une mission pour défendre le respect du droit international, pour rappeler que la souveraineté des États n’est pas négociable et pour porter la voix des peuples affectés par les conflits, en particulier en Afrique », a déclaré la cheffe de la diplomatie congolaise.

Ce discours s’inscrit dans une volonté affichée de renforcer le multilatéralisme, à l’heure où le Conseil de sécurité se retrouve souvent paralysé par les divisions entre grandes puissances. La RDC entend siéger « avec un esprit de dialogue, un sens élevé du multilatéralisme et la conviction que la paix durable ne peut être assurée sans cohérence, sans responsabilité et sans respect des engagements pris ».

Renouvellement du mandat de la MONUSCO

Parmi les premiers dossiers concrets que la RDC devra affronter figure la prolongation du mandat de la MONUSCO. Le 19 décembre 2025, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 2808 (2025), qui prolonge le mandat de cette mission jusqu’au 20 décembre 2026. Le texte fixe un plafond autorisé de 11 500 militaires, 600 observateurs militaires, 443 policiers et 1 270 membres d’unités de police constituées. Cette résolution rappelle les textes antérieurs relatifs à la RDC, réaffirme les principes fondamentaux du maintien de la paix — consentement des parties, impartialité et recours à la force uniquement en cas de légitime défense — et met un accent particulier sur la protection des civils. Son adoption traduit la reconnaissance, par les membres du Conseil, y compris les membres permanents, de la nécessité d’une réponse coordonnée, à la fois militaire, politique et humanitaire.

Ces décisions ne vont toutefois pas de soi. Elles supposent des alliances, des compromis et un exercice diplomatique délicat au sein d’un Conseil où les grandes puissances conservent un poids déterminant. La résolution appelle également à un renforcement des capacités de l’État congolais en matière de sécurité, rappelant que la responsabilité première de la protection des populations incombe au gouvernement congolais.

Le texte condamne la détérioration de la situation dans l’Est du pays, en particulier l’offensive du M23, ainsi que la persistance d’autres groupes armés nationaux et étrangers. Il appelle à un cessez-le-feu immédiat, exige la fin des hostilités de la part de toutes les parties et souligne la nécessité de privilégier une résolution politique du conflit.

Un siège au cœur des décisions de paix

Organe principal chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, le Conseil de sécurité adopte des résolutions juridiquement contraignantes pour l’ensemble des États membres. Il décide des opérations de paix, des régimes de sanctions et des mandats diplomatiques ou militaires. Le site officiel du Conseil rappelle que ses résolutions constituent « l’expression formelle de l’opinion ou de la volonté de l’organe qui les adopte ». À ce titre, chaque membre non permanent dispose d’une voix dans l’élaboration de normes internationales majeures. Pour la RDC, ce statut confère un droit de vote sur toutes les résolutions, une capacité de coparrainage d’initiatives et un accès privilégié aux négociations informelles. Cette position revêt une importance particulière dans le contexte de la crise à l’Est, où les décisions relatives aux opérations de maintien de la paix, aux sanctions ciblées ou aux mesures humanitaires se prennent de manière quasi permanente.

La question centrale demeure toutefois celle de l’impact réel de ce siège sur la situation à l’Est. Si le Conseil de sécurité peut adopter des résolutions, ajuster le mandat de la MONUSCO, imposer des sanctions ou exercer une pression diplomatique, ses décisions restent tributaires de la volonté politique des États membres et des équilibres géopolitiques. Pour la RDC, le défi est donc double : utiliser cette tribune internationale pour internationaliser davantage la crise de l’Est, tout en évitant que ce mandat ne se limite à une portée symbolique. La ministre en est consciente. « Cette confiance nous oblige et nous l’honorerons », a-t-elle assuré, en remerciant les États membres pour le soutien accordé à la candidature congolaise.

Par Inès KABASELE TSHIELA, à Kinshasa

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