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La Confédération des États du Sahel en quête d’un nouveau souffle

Un an après sa naissance dans un contexte de rupture et de recomposition régionale, la Confédération des États du Sahel joue désormais sa crédibilité. À Ouagadougou, les 26 et 27 février 2026, il ne s’agissait plus d’affirmer une volonté politique, mais de définir les instruments d’un projet souverainiste appelé à durer.

Des responsables militaires de l’AES à Ouagadougou, le 26 février 2026. ©Facebook Confédération AES

L’adoption, à Ouagadougou au Burkina Faso, du projet de feuille de route de l’An II de la Confédération des États du Sahel (AES) marque un tournant stratégique dans la trajectoire du bloc sahélien formé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Un an après la mise en place de cette architecture inédite de coopération, les trois États franchissent une étape décisive : passer de l’affirmation politique à l’opérationnalisation méthodique de leur ambition commune. Plus qu’un exercice administratif, la réunion ministérielle des 26 et 27 février 2026 s’inscrit dans une séquence de consolidation où se jouent à la fois la crédibilité institutionnelle, la cohérence stratégique et la capacité d’action de la Confédération.

Dans un contexte régional marqué par l’insécurité persistante, les recompositions diplomatiques et les tensions géopolitiques, l’An II apparaît comme une année test. Il devra démontrer que l’AES peut transformer un élan souverainiste en mécanismes concrets de coordination sécuritaire, diplomatique et économique, au service d’un espace commun durable et structuré.

De la rupture à la structuration

L’An I de l’AES a été celui de la rupture stratégique : rupture avec certains schémas de coopération antérieurs, affirmation d’une souveraineté revendiquée, resserrement des alliances sécuritaires entre les trois capitales. L’An II s’annonce comme celui de la structuration. Les travaux préparatoires des hauts fonctionnaires, suivis de l’adoption ministérielle du document stratégique, traduisent une volonté de passer d’un discours politique à une planification ordonnée de l’action. La feuille de route, appelée à être validée par le Collège des chefs d’État, doit servir de matrice opérationnelle : priorités, responsabilités, calendrier, cohérence intersectorielle. L’enjeu est clair : éviter que l’AES ne demeure un symbole politique sans profondeur institutionnelle.

Le communiqué final, lu par Abdoulaye Diop, insiste sur la condamnation des actions terroristes et des « soutiens étatiques étrangers » accusés de chercher à freiner la construction d’un espace souverain au Sahel. Ce positionnement confirme que la sécurité reste la clé de voûte de la Confédération. Toutefois, le défi pour l’An II sera d’élargir le spectre. Une alliance exclusivement sécuritaire risque l’essoufflement si elle ne s’accompagne pas de mécanismes économiques intégrés et d’une diplomatie concertée. La stabilité militaire, si elle progresse, devra se traduire par des bénéfices perceptibles : circulation accrue des biens, projets d’infrastructures communs, harmonisation de certaines politiques publiques. La crédibilité de l’AES dépendra de cette capacité à transformer la coopération militaire en levier de développement.

L’affirmation d’un acteur géopolitique

Derrière l’adoption de la feuille de route se profile une ambition plus large : faire de l’AES un acteur géopolitique identifiable dans un Sahel en recomposition. Les trois États membres cherchent à peser collectivement dans leurs relations extérieures, à parler d’une seule voix et à redéfinir leurs partenariats. La séquence de Ouagadougou illustre cette montée en gamme. La formalisation des décisions, la signature du relevé de conclusions et l’accent mis sur la cohérence stratégique visent à installer l’image d’un bloc organisé, capable de planification et de discipline collective. Mais cette ambition comporte un risque : celui d’une exposition accrue aux pressions régionales et internationales. L’unité politique devra donc résister aux contraintes économiques et aux réalités internes propres à chaque pays.

La motion spéciale de remerciements adressée à Ibrahim Traoré, président en exercice de la Confédération, met en lumière un élément central : le poids du leadership dans la dynamique confédérale. L’alignement stratégique entre les chefs d’État constitue aujourd’hui la principale garantie de cohésion. Cependant, la pérennité du projet dépendra de sa capacité à dépasser la logique des personnalités pour s’ancrer dans des institutions robustes. L’An II représente, à cet égard, un test décisif : transformer l’élan politique en mécanismes durables, codifiés et reproductibles.

Une année charnière

En clôturant les travaux, Bassolma Bazié a salué un esprit de consensus et d’unité, soulignant la maturité politique dont ont fait preuve les délégations. Mais au-delà de la satisfaction diplomatique, c’est désormais le temps de l’épreuve concrète qui s’ouvre. La validation prochaine de la feuille de route par le Collège des chefs d’État de la Confédération des États du Sahel marquera l’entrée dans une phase décisive : celle de l’exécution, du suivi et de l’évaluation. Autrement dit, le passage d’un agenda stratégique à des résultats mesurables.

L’An II de l’AES sera donc une année charnière, non seulement pour la consolidation institutionnelle du bloc, mais aussi pour sa crédibilité interne et externe. En matière de sécurité, les opinions publiques attendent une amélioration tangible de la situation sur le terrain. Sur le plan diplomatique, les partenaires observeront la capacité des trois États à parler d’une seule voix et à maintenir une ligne cohérente face aux pressions. Economiquement, les acteurs privés et les populations jugeront l’AES à l’aune des facilités de circulation, des projets d’infrastructures et des opportunités nouvelles qu’elle saura générer.

Si ces dynamiques convergent, la Confédération pourra progressivement s’imposer comme un pôle structurant du Sahel, capable d’orienter les recompositions régionales. À défaut, elle risque de demeurer une alliance politique puissante dans le discours, mais vulnérable dans ses mécanismes. À Ouagadougou, les ministres ont fixé le cap ; l’histoire, elle, mesurera la constance et l’efficacité de la marche engagée.

Par Martin KOFFI, à Lomé

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