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La Banque africaine de l’énergie à l’épreuve du capital de départ

Installée à Abuja par l’Organisation des producteurs de pétrole africains avec le soutien de l’Banque africaine d’import-export, la Banque africaine de l’énergie vise 5 milliards de dollars pour financer hydrocarbures et renouvelables, mais son capital de départ reste incomplet.

Le siège de la Banque africaine de l’énergie au Nigeria. ©DR

Le 2 février dernier, l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) a réceptionné à Abuja au Nigeria, le siège provisoire de la Banque africaine de l’énergie (BAE). Le lendemain, les autorités nigérianes ont inauguré officiellement l’institution, donnant un ancrage concret à un projet discuté depuis plusieurs années au sein des États producteurs. L’APPO a conçu la BAE pour financer l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique : exploration, production, transport, raffinage, mais aussi infrastructures électriques et projets renouvelables. Les promoteurs présentent la banque comme un instrument stratégique capable de réduire la dépendance du continent vis-à-vis des financements extérieurs, alors que plusieurs institutions occidentales restreignent leur exposition aux hydrocarbures.

Dès sa mise en place, l’APPO a associé la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) au montage financier et institutionnel. Cette alliance vise à garantir une expertise bancaire solide et à crédibiliser la nouvelle structure sur les marchés. En 2024, le président Bola Tinubu a approuvé un investissement de 100 millions de dollars pour une action de catégorie A de la BAE, plaçant ainsi le Nigéria en position favorable pour accueillir cette institution multilatérale dotée de $5 milliards, qui financera des projets énergétiques à travers le continent.

Un capital de 5 milliards USD

Les États membres de la BAE ont fixé son capital cible à 5 milliards de dollars. Lors de la 46e session du Conseil des ministres de l’APPO, organisée à Yaoundé en novembre 2024, ils ont retenu le principe d’une souscription théorique de 83,33 millions de dollars par pays afin d’atteindre ce plafond. Pour permettre un démarrage rapide des activités, ils ont également arrêté un seuil opérationnel minimal de 500 millions de dollars. Un an plus tard, la dynamique demeure incomplète. À fin novembre 2025, des responsables de l’organisation évoquaient un taux de souscription compris entre 44 et 45 % du capital requis. Trois États ont toutefois pris les devants. L’Angola a engagé 10 millions de dollars, le Ghana 20,83 millions et le Nigeria 69,12 millions, soit près de 100 millions de dollars cumulés.

Le secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains, Omar Farouk Ibrahim, a indiqué qu’environ la moitié de l’enveloppe minimale serait déjà sécurisée. Le ministre congolais des Hydrocarbures, Bruno Jean-Richard Itoua, a pour sa part estimé que « 40 % du budget de démarrage » était mobilisé, appelant les dix-huit membres à accélérer leurs contributions. Selon Afrique Diplomatique, face aux retards de souscription de certains pays africains, le ministre d’État nigérian aux Ressources pétrolières, Heineken Lokpobiri, a indiqué lors de la Conférence et exposition internationale du pétrole pour l’Afrique subsaharienne en février 2026, que le Nigeria comblerait le déficit si d’autres États ne respectaient pas leurs engagements. En 2024, le président Bola Tinubu avait déjà approuvé 100 millions de dollars pour l’action de catégorie A de la BAE, renforçant la position du Nigeria dans ce projet multilatéral de 5 milliards de dollars.

Dix-huit États concernés

La BAE rassemble dix-huit pays producteurs : Algérie, Angola, Bénin, Cameroun, Tchad, Congo, RDC, Côte d’Ivoire, Égypte, Guinée équatoriale, Gabon, Ghana, Libye, Namibie, Niger, Nigeria, Sénégal et Afrique du Sud. Ensemble, ils représentent une part substantielle de la production pétrolière africaine. Ces États défendent une approche de « transition juste ». Ils affirment vouloir continuer à valoriser leurs ressources fossiles tout en finançant progressivement les renouvelables. Dans leurs communications officielles, ils soulignent que le continent contribue faiblement aux émissions mondiales mais subit fortement les effets du changement climatique.

Pour consolider le tour de table, Banque africaine d’import-export multiplie les discussions avec des investisseurs institutionnels. Son premier vice-président exécutif, Denys Denya, assure que des négociations se poursuivent afin d’élargir la base des souscripteurs et d’attirer des capitaux additionnels. Établissant un parallèle avec Afreximbank, Heineken Lokpobiri, a rappelé qu’il n’est pas inhabituel que quelques États assurent le financement initial d’institutions financières continentales. « Lorsque Afreximbank a été créée, tous les pays n’ont pas levé leurs capitaux simultanément. Seuls quelques-uns l’ont fait, ce qui a permis à la banque de démarrer. Aujourd’hui, elle est devenue une institution majeure », a-t-il déclaré.

Un test de souveraineté financière

Les États producteurs ont créé la BAE pour répondre à un contexte international contraignant. Les rapports publics d’Afreximbank et de la Banque africaine de développement soulignent la baisse progressive des financements internationaux destinés aux projets pétroliers, sous l’effet des critères ESG et des engagements climatiques. En dotant le continent d’un outil bancaire dédié, les membres de l’APPO veulent reprendre l’initiative. Ils entendent financer l’exploration, moderniser les infrastructures et soutenir des projets énergétiques structurants sans dépendre exclusivement des marchés occidentaux ou asiatiques.

Mais la réussite du projet dépendra d’un engagement financier ferme et rapide. Tant que le capital ne franchira pas le seuil opérationnel de 500 millions de dollars, la banque ne pourra pas déployer pleinement ses activités. Abuja a posé la première pierre institutionnelle. Les États doivent désormais transformer leur ambition politique en apports effectifs. C’est à cette condition que la Banque africaine de l’énergie pourra s’imposer comme un véritable levier de souveraineté énergétique pour le continent.

Par Aisha UMAR, à Lagos

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