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Comprendre la position du Cameroun et de l’Erythrée face à la Palestine

Alors que 156 pays, dont 52 africains, reconnaissent la Palestine comme État souverain, le Cameroun et l’Érythrée ont choisi le silence. Entre alliances stratégiques et pragmatisme sécuritaire, ces deux pays africains affichent une position qui interroge.

Des ruines se comptent en milliers à Gaza. ©DR

Annoncé depuis quelques semaines, plusieurs pays occidentaux sont passés à l’acte en reconnaissant officiellement la Palestine comme État souverain. Le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Portugal, ont ouvert le bal le 21 septembre 2025, suivis par la France, la Belgique, le Luxembourg, Malte et Andorre le 22 septembre. Cette vague porte désormais à 156 le nombre de pays reconnaissant la Palestine, soit environ 81 % des membres de l’ONU.

Pour le Dr Saliou Abba, maître de recherche en relations internationales au Cameroun, la décision « traduit une rupture par rapport aux soutiens traditionnels envers Israël. Elle vient battre en brèche la volonté de certains acteurs de marginaliser la cause palestinienne sur l’agenda géopolitique international ». Selon le spécialiste, cette reconnaissance est « le résultat de mobilisations populaires dans les capitales occidentales – New York, Londres, Paris, Canberra, Berlin… – et de débats parlementaires récurrents sur l’appui militaire et diplomatique inconditionnel à Israël. Ces facteurs ont agi comme de véritables catalyseurs ».

En Afrique, 52 des 54 Etats reconnaissent la Palestine comme État souverain. Seuls le Cameroun et l’Erythrée n’affichent pas officiellement leur penchant pour la cause palestinienne. Comment comprendre la position du Cameroun et de l’Erythrée face à la Palestine ? Quels effets la vague de reconnaissance des Etats sur la guerre contre le Hamas à Gaza ? En tout cas, le 26 septembre, à la tribune des Nations unies, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu n’a pas mâché ses mots. Il a déclaré qu’Israël « doit finir le travail », assurant qu’« il n’y aura pas d’État palestinien. »

Statu quo sur le terrain

Malgré le signal diplomatique fort envoyé par la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays occidentaux, l’impact militaire sur le terrain reste dramatique. Les frappes israéliennes se poursuivent sans relâche, ciblant des zones densément peuplées. Le 25 septembre 2025, des frappes aériennes israéliennes ont tué au moins 17 Palestiniens, dont 10 enfants et 3 femmes, dans le centre et le sud de Gaza. Ces attaques ont visé des habitations et des tentes, exacerbant la crise humanitaire dans la région.

L’impact de cette reconnaissance sur le conflit reste pour l’heure symbolique. « Les actions militaires se poursuivent de part et d’autre à Gaza, malgré les sorties des dirigeants occidentaux », note le Dr Abba. Il ajoute : « Les factions palestiniennes réajustent leur stratégie pour protéger les habitants de Gaza et de la Cisjordanie, mais aucune trêve n’a été obtenue à ce stade. »

Du côté israélo-américain, les liens restent solides. « Les États-Unis et Israël ont toujours été alliés, et le Congrès américain a apporté un soutien budgétaire, logistique et opérationnel conséquent depuis le début de la guerre », rappelle le spécialiste camerounais. Les administrations Biden et Trump ont maintenu des perspectives convergentes sur les opérations militaires en cours.

Le cas Cameroun et Erythrée

Sur le continent africain, la situation est contrastée. Sur 54 pays, 52 reconnaissent la Palestine comme État souverain, à l’exception notable du Cameroun et de l’Érythrée. Pour le Dr Saliou Abba, cette position s’explique par « le pragmatisme et le réalisme » de ces deux pays face à leurs priorités stratégiques.

« Depuis la fin des années 1980, le Cameroun a opté pour Israël comme partenaire stratégique de la sécurité présidentielle, de la lutte contre le grand banditisme (Bataillon d’intervention rapide) et du renseignement », explique le Dr Abba.

Même si la coopération couvre d’autres domaines, il y a un facteur historique à prendre en compte. En effet, « le Cameroun adhère à la solution à deux États sur la base des frontières de 1967, conformément aux positions de l’OUA puis de l’UA et de l’OCI. Cependant, l’ouverture d’une représentation diplomatique palestinienne n’a pas encore eu lieu en raison de considérations sécuritaires, technologiques et agricoles », rappelle le Dr Abba.

Concernant l’Érythrée, le spécialiste des relations internationales souligne que « l’importance de la diaspora érythréenne en Israël, forte de près de 17 000 personnes, et son apport économique considérable. Israël demeure également un partenaire stratégique pour la surveillance sécuritaire de la Mer Rouge et du Soudan. Ces réalités ont certainement influencé la position érythréenne sur la question palestinienne ».

Sur la perception d’indifférence des deux pays face aux souffrances des Gazaouis, le Dr Abba nuance : « Le Cameroun et l’Érythrée ne sont pas insensibles. Ils appliquent simplement leur politique de non-ingérence et de non-alignement, modulée selon les réalités géopolitiques mondiales. C’est un choix pragmatique, pas un désintérêt pour la cause palestinienne. »

Une dynamique complexe

La reconnaissance croissante de la Palestine intervient alors que la guerre à Gaza entre dans sa troisième année, avec plus de 65 000 morts palestiniens et des conditions de vie catastrophiques. Si l’effet militaire immédiat reste limité, le signal diplomatique est fort. Comme le souligne le Dr Saliou Abba : « Cette reconnaissance marque une volonté croissante de la communauté internationale de soutenir une solution à deux États, malgré les obstacles politiques persistants ».

En Occident comme en Afrique, l’enjeu reste de trouver un équilibre entre solidarité avec la Palestine, alliances stratégiques et réalités géopolitiques locales. La reconnaissance officielle de l’État palestinien par les puissances occidentales et la quasi-totalité des pays africains illustre une tension permanente entre valeurs humanitaires, pragmatisme diplomatique et impératifs sécuritaires.

Tilmidja Malam, à Yaoundé

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