Comment les pays du Sud s’organisent pour peser sur le commerce mondial
Face aux mutations du commerce international, les pays du Sud s’organisent pour défendre leurs priorités lors de la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue à Yaoundé au Cameroun, du 26 au 29 mars 2026.

Depuis Genève en Suisse, la directrice générale de l’OMC, la nigériane Ngozi Okonjo‑Iweala, a appelé le 6 mars à moderniser le système commercial multilatéral afin d’accompagner la transformation économique de ces États. Sur le continent africain, le Cameroun et ses partenaires affinent déjà leur stratégie pour peser dans les négociations. C’était lors du huitième Dialogue Sud-Sud consacré aux pays moins avancés (PMA) et au développement, des responsables gouvernementaux et des partenaires internationaux ont examiné les priorités commerciales de ces économies vulnérables à quelques semaines de la conférence ministérielle. À cette occasion, Ngozi Okonjo-Iweala a insisté sur la nécessité d’adapter l’organisation aux nouvelles réalités économiques mondiales.
Elle a reconnu les progrès réalisés dans la prise en compte des préoccupations des PMA tout en les invitant à défendre activement leurs intérêts dans les négociations. « La réforme de l’OMC sera essentielle pour aider les PMA à commercer, à croître économiquement et à se développer. Nous devons disposer d’une OMC moderne capable de contribuer à la transformation de vos économies », a-t-elle déclaré.
Selon la directrice générale, les économies les plus fragiles disposent d’atouts importants dans un contexte international en mutation. Elle met notamment en avant leur dynamisme démographique et leurs importantes réserves de minerais critiques devenus stratégiques dans les chaînes de valeur industrielles. Elle souligne également que l’évolution du commerce international ouvre de nouvelles opportunités d’intégration, notamment dans les services et l’économie numérique.
Plusieurs dossiers clés sur la table
À Genève, les discussions ont permis de faire le point sur plusieurs dossiers qui devraient structurer les débats lors de la prochaine conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Yaoundé. Les membres poursuivent notamment leurs négociations sur le commerce et le développement, l’agriculture ainsi que les subventions à la pêche liées à la surcapacité et à la surpêche. Les délégations examinent aussi le programme de travail sur le commerce électronique, en particulier la question du moratoire sur les droits de douane appliqués aux transactions numériques.
La directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a également mis en avant l’Accord sur la facilitation de l’investissement pour le développement, présenté comme un levier pour attirer davantage de capitaux vers les économies les moins avancées et accroître la valeur ajoutée de leurs exportations. Elle a en outre rappelé l’importance du Partenariat sur le coton, destiné à renforcer l’intégration commerciale de ces pays.
La rencontre a rassemblé une soixantaine de représentants gouvernementaux et partenaires du développement. Le président du Conseil général de l’organisation, l’ambassadeur saoudien Saqer Abdullah Almoqbel, a souligné le rôle central du système commercial multilatéral dans la conjoncture actuelle. Selon lui, l’organisation doit s’adapter aux transformations du paysage économique mondial. Dans la même dynamique, le facilitateur de la réforme de l’OMC, l’ambassadeur norvégien Petter Ølberg, a appelé les membres à renforcer leur engagement dans les discussions afin de faire progresser un modèle de développement davantage tiré par le commerce.
Pour le groupe des pays les moins avancés, représenté par l’ambassadeur gambien Muhammadou Kah, l’enjeu principal reste la dimension développement des réformes. Une position également défendue par l’ambassadeur chinois Yongjie Li, qui considère la conférence ministérielle comme un moment déterminant pour préserver le rôle stabilisateur de l’OMC dans un contexte international marqué par les tensions commerciales et les incertitudes économiques.
L’Afrique au cœur des négociations
Pendant que les discussions se poursuivent à Genève, le Cameroun accélère ses préparatifs pour accueillir la conférence ministérielle. Le 23 février, un atelier national consacré aux enjeux des négociations multilatérales s’est tenu à Yaoundé sous la présidence du secrétaire général du ministère du Commerce, le Pr Brusil Miranda Metou. Des représentants des services du Premier ministre, de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), du secteur privé, du monde universitaire et de la société civile ont pris part aux travaux.
Pour Estelle Elisabeth Tsimbo, représentante de la CEMAC au Cameroun, la tenue de la conférence dans la capitale camerounaise suscite de fortes attentes dans la sous-région. Elle évoque notamment la consolidation du marché commun, la sécurisation des recettes publiques et l’industrialisation des économies de la zone.
Selon elle, ces objectifs passent par l’harmonisation des cadres juridiques, l’amélioration du climat des affaires et la construction d’un système commercial plus équitable. Le Cameroun entend également défendre plusieurs thématiques lors des discussions internationales.
L’agriculture et la sécurité alimentaire figurent parmi les priorités, aux côtés de la transformation locale des matières premières, du commerce électronique et de la facilitation des investissements. Pour le Pr Brusil Miranda Metou, la réforme du système commercial multilatéral doit permettre aux économies en développement de peser davantage dans l’élaboration des règles commerciales internationales. « Une OMC réformée doit permettre aux pays en développement comme les nôtres d’avoir une voix plus forte et de bénéficier pleinement des règles commerciales », a-t-il déclaré.
Un challenge pour le Cameroun et l’Afrique
Parallèlement aux discussions diplomatiques, les autorités camerounaises poursuivent les préparatifs logistiques de la conférence. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a récemment effectué une tournée d’inspection sur les différents sites retenus pour l’événement afin d’évaluer l’état d’avancement des travaux. Le gouvernement souligne que l’organisation de cette conférence constitue une victoire diplomatique obtenue sous l’impulsion du président Paul Biya. Plus de quatre mille délégués représentant les 166 membres de l’OMC sont attendus à Yaoundé.
Les autorités accordent également une attention particulière aux dispositifs sanitaires. Le Système de gestion de l’incident sanitaire, placé sous la supervision du ministre de la Santé publique Manaouda Malachie, coordonne les mesures destinées à prévenir les risques sanitaires liés à l’événement.
Pour les négociateurs africains, la conférence de Yaoundé représente une occasion rare de peser davantage dans les décisions commerciales mondiales. Les discussions porteront notamment sur la transformation locale des matières premières, l’accès aux marchés internationaux et l’attraction des investissements.
Dans cette perspective, l’agriculture, le coton, les minerais critiques et l’économie numérique apparaissent comme des secteurs clés pour soutenir la croissance des pays les moins avancés. La capacité des négociateurs africains à traduire ces priorités en décisions concrètes lors de la conférence ministérielle déterminera en grande partie l’impact économique de ce rendez-vous international.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




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