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Qui est Vera Songwe, la Camerounaise qui rejoint l’Académie pontificale ?

L’économiste camerounaise Vera Songwe franchit une nouvelle étape dans sa carrière internationale. Le 9 mars 2026, elle a été nommée membre de l’Académie pontificale des sciences sociales par le Pape Léon XIV.

Vera Songwe le 18 avril 2019, au Palais de l’Unité du Cameroun. ©DR

Une nouvelle distinction internationale vient s’ajouter au parcours déjà exceptionnel de Vera Songwe, économiste camerounaise et experte de renommée mondiale en développement africain et financement climatique. Le 9 mars 2026, le Pape Léon XIV l’a nommé membre ordinaire de l’Académie pontificale des sciences sociales, prestigieuse institution vaticane fondée en 1994 par Jean-Paul II et présidée depuis 2023 par la Sœur Helen Alford.

L’académie, qui compte parmi ses membres des universitaires, économistes, juristes, chercheurs et anciens dirigeants comme l’ex-Premier ministre italien Mario Draghi, a pour mission d’étudier les grandes questions sociales, économiques et politiques du monde contemporain. Elle constitue un forum unique où se croisent des expertises issues de disciplines variées et d’organisations internationales, permettant d’élaborer des recommandations éclairées sur des enjeux globaux tels que la gouvernance économique, le développement humain, la justice sociale ou encore les transformations du travail et de la finance mondiale.

La nomination de Vera Songwe souligne non seulement la reconnaissance de son expertise, acquise au fil d’une carrière internationale qui l’a conduite à la Banque mondiale, à la Société financière internationale et aux Nations unies, mais reflète aussi la volonté du Vatican de s’appuyer sur des spécialistes africains pour enrichir la réflexion sur les défis économiques et sociaux mondiaux. Elle devient ainsi un symbole de leadership africain sur la scène internationale et de la capacité du continent à contribuer aux débats globaux.

Un parcours international solide

Née à Nairobi, au Kenya, le 31 août 1968, Vera Songwe est de nationalité camerounaise. Elle détient un diplôme en économie et sciences politiques de l’Université du Michigan (États-Unis) et un doctorat en économie mathématique de l’Université catholique de Louvain (Belgique). Cette formation académique a jeté les bases d’une carrière internationale qui la place aujourd’hui parmi les économistes africaines les plus influentes sur la scène mondiale.

Vera Songwe a intégré la Banque mondiale en 1998 comme jeune économiste pour la région Asie-Pacifique. Rapidement, elle gravit les échelons et occupe plusieurs postes de responsabilité, notamment celui de directrice nationale pour le Sénégal, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Mauritanie. De 2015 à 2017, elle est nommée directrice pour l’Afrique de l’Ouest et centrale à la Société financière internationale (IFC), branche du Groupe Banque mondiale spécialisée dans le financement du secteur privé.

Son parcours la conduit ensuite à l’ONU : entre 2017 et 2022, elle occupe les fonctions de Sous-secrétaire générale des Nations unies et de Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), devenant ainsi la première femme à diriger cette institution. Elle y défend des politiques de développement inclusives et durables, mettant en avant l’importance du financement du développement et de la transition climatique.

Finance durable et recherche

En parallèle, Vera Songwe est coprésidente de l’Independent High-Level Expert Group on Climate Finance, un groupe international chargé de réfléchir au financement de la transition climatique. Elle est également fondatrice et présidente de la Liquidity and Sustainability Facility, initiative visant à faciliter l’accès au financement durable pour les économies africaines. Enfin, elle est chercheuse associée non résidente à l’Africa Growth Initiative de la Brookings Institution, à Washington, où elle contribue à des recherches sur la croissance économique et le développement en Afrique.

La nomination de Vera Songwe à l’Académie pontificale des sciences sociales n’est pas seulement une reconnaissance de son expertise. Elle illustre la volonté du Saint-Siège de s’appuyer sur des experts internationaux pour étudier les enjeux globaux contemporains : justice sociale, gouvernance économique, développement humain, réduction de la pauvreté, transformations du travail et de la finance mondiale. L’académie réunit chaque année ses membres lors d’une assemblée plénière thématique, généralement autour du 1er mai, pour discuter des grandes tendances et proposer des recommandations à l’Église catholique et aux institutions internationales.

Cette nomination intervient également dans un contexte symbolique fort pour le Cameroun, qui s’apprête à accueillir le Pape pour son premier voyage apostolique en Afrique, prévu en avril 2026. Elle met en lumière le rôle croissant des experts africains dans les débats mondiaux sur le développement durable et le financement climatique.

Un parcours modèle pour l’Afrique

Vera Songwe illustre un modèle de réussite africaine dans les instances internationales. Son expertise en développement économique et financement durable fait d’elle une figure majeure capable de relier les enjeux locaux et régionaux aux discussions globales. Sa carrière démontre également l’importance des institutions africaines et internationales pour façonner des politiques publiques innovantes et adaptées aux réalités du continent.

Pour le Vatican, son intégration à l’Académie pontificale des sciences sociales représente une ouverture vers une perspective africaine et pragmatique sur les questions économiques et sociales mondiales. Pour le Cameroun et l’Afrique, c’est une reconnaissance de l’expertise et du leadership africains sur la scène internationale.

La nomination de Vera Songwe est un symbole de leadership africain, de compétence scientifique et de reconnaissance internationale, qui inspire de nouvelles générations d’économistes et de décideurs africains. Elle confirme également la pertinence de la diplomatie scientifique et économique dans la construction d’un dialogue global autour des enjeux sociaux, financiers et environnementaux du XXIe siècle.

Par Prosper LOUABALBE, à Yaoundé

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