Le Cameroun au cœur des enjeux du commerce mondial
Yaoundé, capitale du Cameroun se prépare à accueillir, du 26 au 29 mars 2026, la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), un rendez-vous international stratégique où logistique, durabilité et crédibilité internationale se conjuguent. Enjeux.

Une délégation d’experts de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) séjourne au Cameroun. Après qu’ils ont travaillé au ministère des Relations extérieures le 2 février 2026 sur la délivrance des visas, la sécurité et le protocole, d’autres aspects visant à assurer le bon déroulement du conclave meubleront leur mission avec d’autres parties prenantes. Le Colombien Santiago Wills, président du groupe de travail du secrétariat de la 14ᵉ Conférence ministérielle (CM14), conduit la mission qui est en visite au pays de Paul Biya jusqu’au 5 février prochain. Selon le ministère du Commerce, les experts du secrétariat de l’OMC ont salué l’état d’avancement des préparatifs et maintiennent un suivi étroit.
À moins de deux mois de l’ouverture de la CM14, prévue du 26 au 29 mars 2026 à Yaoundé, le Cameroun se mobilise pour un rendez-vous stratégique qui dépasse la simple organisation logistique. La CM14 constitue un test de crédibilité pour le pays hôte et un moment clé pour le multilatéralisme commercial, alors que les tensions internationales sur le commerce persistent. Le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute inspecte depuis quelques jours les principaux sites d’accueil et préside régulièrement des réunions interministérielles de coordination.
L’objectif est clair : transformer les décisions en actions concrètes, lever les blocages logistiques et respecter un calendrier très contraint. Les administrations se mobilisent pour accélérer les procédures administratives et financières, dont dépend directement la réussite de l’événement.
Un test pour le Cameroun
Le Comité national d’organisation supervise la CM14 et s’appuie sur plusieurs sous-comités sectoriels présidés par des ministres. Cette architecture responsabilise chaque acteur et réduit les délais. Chaque retard logistique pourrait impacter directement l’image internationale du Cameroun. Les équipes considèrent la réhabilitation de l’Hôtel Mont-Febe, destiné à accueillir les délégations et certaines activités de la conférence, comme le chantier le plus sensible. La majorité des équipements provient de l’étranger, rendant le calendrier dépendant des procédures de dédouanement et des financements échelonnés. Le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, souligne que « la mobilisation est générale » et que l’organisation mise en place permet de lever les blocages rapidement.
Au Palais des Congrès, qui va abriter les cérémonies officielles, les équipes privilégient la connectivité numérique, indispensable pour faire circuler les documents, assurer la traduction simultanée et coordonner les délégations. Des opérateurs publics et privés garantissent ce niveau de performance, tout en respectant le budget et le calendrier. Les organisateurs ont également réservé une grande partie de l’hébergement des délégations, un enjeu stratégique avec des exigences spécifiques émanant de puissances commerciales telles que les États-Unis, la Chine, l’Inde et Israël.
Au menu, environnement et commerce
En parallèle des aspects logistiques, la CM14 enregistrera des avancées significatives sur le commerce et la durabilité environnementale. Lors d’une réunion tenue le 28 janvier, les membres de l’OMC participant aux Discussions structurées sur le commerce et la durabilité environnementale (TESSD) ont finalisé un ensemble de résultats techniques et politiques à présenter lors de la conférence. Ce package inclut un projet de communiqué ministériel, un document-cadre pour la CM14 et les résultats des quatre groupes de travail sur les mesures climatiques liées au commerce, les biens et services environnementaux, l’économie circulaire et les impacts commerciaux des subventions pertinentes.
L’ambassadeur Ronald Saborío du Costa Rica et Nadia Theodore du Canada, co-présidents de ces discussions, avaient salué « un ensemble de résultats substantiels dont nous pouvons être fiers », tout en rappelant que TESSD reste une plateforme flexible pour approfondir le dialogue entre commerce et durabilité environnementale après la CM14.
Dans le Dialogue sur la pollution plastique (DPP), les membres ont examiné le 27 janvier un projet révisé de déclaration ministérielle, accompagné de documents techniques sur la gestion des plastiques, les substituts et les réglementations sur les plastiques à usage unique. Ce dialogue, impliquant 83 co-sponsors représentant près de 90 % du commerce mondial du plastique, prépare un plan de travail concret pour l’après-CM14, renforçant la capacité de l’OMC à traiter les questions environnementales via le commerce.
Contexte international et réformes
La CM14 se tient dans un contexte mondial particulièrement tendu, marqué par des perturbations du commerce international sans précédent depuis plusieurs décennies. À Davos, du 19 au 23 janvier, la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a appelé les Membres à garder « les nerfs solides » face à ce que certains observateurs qualifient des crises commerciales les plus graves des 80 dernières années. Elle a mis en garde contre les effets combinés des menaces tarifaires, des déséquilibres géopolitiques et de l’accélération des technologies disruptives, tout en soulignant que ces défis recèlent également des opportunités de croissance.
Parmi ces opportunités, Okonjo-Iweala cite le commerce des services, attendu en hausse de 4,4 % en 2026, et le commerce vert, estimé à 2 000 milliards de dollars, reflétant l’essor de solutions durables et de chaînes de valeur respectueuses de l’environnement. Elle souligne également le rôle de l’intelligence artificielle pour réduire les coûts et accroître l’efficacité commerciale, tout en avertissant que son adoption inégale pourrait creuser les écarts entre pays et régions.
Dans ce contexte, une réunion ministérielle informelle tenue le 22 janvier en Suisse a permis aux ministres du commerce d’échanger sur les priorités de la CM14 et sur la réforme nécessaire de l’OMC. Ils ont réaffirmé leur engagement à fournir les orientations politiques permettant de renforcer et préserver un système commercial multilatéral fondé sur des règles, garantissant à la fois stabilité et équité face aux bouleversements mondiaux.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




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