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Centrafrique : pourquoi Bangui et Dologuélé s’opposent sur son passeport

La délivrance du passeport d’Anicet-Georges Dologuélé oppose désormais l’ancien Premier ministre au gouvernement centrafricain. Bangui a invoqué au cours d’une conférence de presse le 27 août 2026, les règles sur la nationalité, tandis que l’opposant affirme que le Conseil constitutionnel a déjà tranché en reconnaissant sa nationalité centrafricaine.

L’opposant centrafricain Anicet Georges Dologuélé © Vincent FOURNIER/JA

Le 27 août 2026, le ministre centrafricain de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Dr Évariste Ngamana, a donné une conférence de presse à Bangui, capitale de la République centrafricaine. Devant les professionnels des médias, il est revenu sur la dernière sortie médiatique d’Anicet-Georges Dologuélé au sujet de son passeport. Cette prise de parole gouvernementale intervient une semaine après la tribune publiée le 20 août par l’ancien Premier ministre — opposant numéro un du président Faustin-Archange Touadéra depuis 2016 — sur le site de Jeune Afrique.

Une simple question de document de voyage a ainsi viré, en quelques semaines, à un affrontement institutionnel de premier plan. D’un côté, le gouvernement invoque la rigueur du droit ; de l’autre, l’ancien Premier ministre dénonce une manœuvre destinée à le faire plier.

Une nationalité mise en doute

Dans son exposé, le porte-parole du gouvernement a rappelé que la nationalité, et donc la délivrance d’un passeport, obéit aux règles fixées par la loi. Il a cité l’article 10 de la Constitution du 30 août 2023, qui établit que la nationalité centrafricaine est une et exclusive, sous réserve des exceptions prévues par la loi. Le différend remonte toutefois à 1994, lorsque Dologuélé a acquis la nationalité française. Selon Ngamana, le Code de la nationalité centrafricaine de 1961 prévoit qu’un Centrafricain majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère perd sa nationalité d’origine. Le ministre présente cette disposition comme une règle ancienne et générale, qui ne viserait pas spécifiquement une personnalité politique.

Dologuélé conteste cette interprétation. Selon lui, la question a déjà été tranchée par la plus haute juridiction du pays. Il affirme que le Conseil constitutionnel a jugé qu’il n’avait jamais cessé d’être Centrafricain, la perte de nationalité ne devenant pas automatique en l’absence d’un décret la constatant. Fort de cette décision, Dologuélé rappelle qu’il a pu se présenter à l’élection présidentielle, puis être élu député de la 1re circonscription de Bocaranga pour un troisième mandat. Il a pris ses fonctions le 29 juin 2026.

Deux lectures du droit s’opposent donc frontalement. Pour le gouvernement, l’acquisition de la nationalité française en 1994 a produit un effet juridique que seule une procédure de réintégration pourrait effacer. Pour Dologuélé, cet effet n’a jamais existé, puisque la juridiction compétente a déjà validé sa nationalité lors de l’examen de sa candidature.

Le passeport au cœur du contentieux

Sur le terrain administratif, le gouvernement se veut prudent. Ngamana explique que le passeport ne crée pas la nationalité, mais constitue un document que l’administration délivre aux personnes qui remplissent les conditions légales. Le ministre présente donc le dossier comme une question juridique et administrative, et reproche à ses adversaires de lui donner une dimension politique. « La véritable question n’est pas de savoir pourquoi le Gouvernement aurait décidé de refuser un passeport à Monsieur Dologuélé pour des raisons politiques. La question pertinente est de déterminer s’il remplit, au regard du droit applicable, les conditions nécessaires à la délivrance d’un passeport centrafricain », écrit-il.

Dologuélé défend une tout autre lecture. « L’affaire de mon passeport n’a jamais été une question de droit, de citoyenneté ou de procédure », affirme-t-il. Dans sa tribune publiée par Jeune Afrique, l’opposant soutient que sa demande de passeport diplomatique, liée à son mandat parlementaire, suivait son cours avant que des « ordres venus de la présidence » n’en bloquent la délivrance. Il accuse ensuite le pouvoir d’exiger une « demande de réintégration », en contradiction, selon lui, avec la décision du Conseil constitutionnel. L’ancien Premier ministre parle de « séquestration administrative » et affirme se retrouver retenu en otage dans son propre pays.

Le mandat de député en question

Le différend dépasse désormais la seule question du document de voyage. Le gouvernement rappelle que la Constitution de 2023 exige la nationalité centrafricaine pour être éligible aux élections législatives. Evariste Ngamana souligne toutefois que l’exécutif ne veut pas empiéter sur les compétences du juge. Il rappelle que le gouvernement ne peut pas prononcer lui-même la déchéance d’un député élu, conformément au principe de séparation des pouvoirs. Anicet-Georges Dologuélé s’appuie précisément sur les décisions du Conseil constitutionnel pour défendre sa position. Selon lui, la juridiction a déjà établi qu’il n’avait jamais perdu sa nationalité centrafricaine. Sa candidature ayant été validée, il a participé à l’élection présidentielle avant de remporter les législatives dans la première circonscription de Bocaranga.

L’opposant voit donc dans le débat actuel un prétexte politique. Il accuse notamment le conseiller de la présidence Fidèle Gouandjika d’avoir contribué à mettre au jour, à travers un texte publié dans Jeune Afrique, ce qu’il considère comme une tentative de pression politique. Selon Dologuélé, Gouandjika a évoqué le cas d’un autre responsable de l’opposition qui aurait obtenu son passeport après avoir écrit au président de la République. L’ancien Premier ministre y voit une tentative de le pousser à reconnaître la légitimité d’une élection présidentielle qu’il considère comme frauduleuse.

Un différend qui dépasse l’administratif

Le gouvernement condamne ce qu’il considère comme une personnalisation excessive du dossier. Il reproche également à l’opposant le ton de ses critiques contre le chef de l’État et distingue la contestation d’une décision administrative de la mise en cause personnelle du président de la République. Le porte-parole du gouvernement, Evariste Ngamana, invite ainsi l’ensemble de la classe politique, majorité comme opposition, à mesurer la portée de ses déclarations. Dologuélé, de son côté, en appelle à la communauté internationale. Il dit craindre pour sa sécurité et accuse le pouvoir de réduire l’espace accordé à une justice réellement indépendante.

Entre un gouvernement qui revendique l’application stricte de la loi et un opposant qui dénonce un règlement de comptes politique présenté sous l’angle du droit, l’affaire du passeport de Dologuélé révèle une fracture plus large autour de l’indépendance des institutions centrafricaines.

Par Gilbert GOMBESSA, à Bangui

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