Comment Guillaume Soro tente d’exister, loin de la Côte d’Ivoire
Apparu amaigri le 22 août 2026 sur Facebook, Guillaume Soro vit en exil depuis 2019 et dirige un parti dissous. L’ancien chef rebelle lance désormais sa propre doctrine, la « Méréquité ». Entre interrogations sur sa santé et adresses solennelles aux Ivoiriens, l’ex-Premier ministre cherche à maintenir son existence politique depuis son exil sahélien.

Où vit Guillaume Soro aujourd’hui ? Depuis que l’Espagne, puis d’autres pays européens, ont cessé de l’accueillir, différentes sources le situent entre le Ghana, le Burkina Faso et le Niger. Qu’importe ! Les dernières images de l’ancien homme fort de Côte d’Ivoire, diffusées le samedi 22 août 2026 sur sa page Facebook, montrent un homme amaigri, au visage creusé, loin du gabarit qu’on lui connaissait lorsqu’il commandait les Forces Nouvelles, dirigeait la Primature ou présidait l’Assemblée nationale ivoirienne.
Sept ans après le début de son exil, l’ancien chef rebelle et opposant au régime d’Alassane Ouattara ne gouverne plus, ne siège plus dans aucune institution et ne dispose plus d’un parti légal. Il investit pourtant régulièrement les réseaux sociaux pour rester dans le débat public ivoirien.
Une réapparition qui relance les interrogations
Le 22 août, Guillaume Soro a fait deux brèves apparitions filmées lors de la troisième Conférence nationale d’expression citoyenne (CNEC) de son mouvement Générations et peuples solidaires (GPS). La justice ivoirienne a dissous GPS en juin 2021, invoquant des soupçons d’actions subversives et la découverte de matériel compromettant lors de perquisitions au siège du mouvement. Selon Koaci, cette nouvelle prise de parole autour d’une organisation officiellement dissoute a été perçue par une partie de l’opinion comme un geste de défiance envers les autorités.
Dans son message aux congressistes, l’ancien Premier ministre s’est réjoui d’avoir présenté ce qu’il considère comme la doctrine de son mouvement, avant de conclure par un sobre : « À bientôt. » Mais son apparition a surtout relancé les interrogations sur son état de santé. Son visage amaigri a suscité de nouvelles conjectures sur les réseaux sociaux, certains évoquant une insuffisance rénale sévère. Son entourage avance, lui, une autre explication : une nouvelle hygiène de vie, un régime alimentaire strict et la pratique du sport.
Sur la page Facebook de GPS, ses soutiens défendent d’ailleurs cette transformation physique. Ils présentent son amaigrissement non comme le signe d’une maladie, mais comme celui d’un homme qui aurait retrouvé une meilleure condition physique.
La « Méréquité » pour combler un vide ?
Privé de terrain politique en Côte d’Ivoire, Guillaume Soro investit désormais celui des idées. La CNEC du 22 août a ainsi servi de tribune au lancement de la « Méréquité », présentée comme la doctrine politique de GPS. Cette doctrine associe mérite individuel et solidarité entre générations. Ses promoteurs s’appuient notamment sur une expérience personnelle de Soro, alors étudiant, qui aurait perdu une bourse au profit d’un camarade moins méritant mais mieux introduit. À partir de cette anecdote, ses proches présentent la « Méréquité » comme une doctrine susceptible de se mesurer au libéralisme, au socialisme ou à la social-démocratie. GPS annonce déjà plusieurs textes destinés à en préciser les contours.
Dans un communiqué publié le 25 août sur la page Facebook de Guillaume Soro, GPS annonce une conférence publique animée par son président, le samedi 29 août 2026 à 19 heures GMT. Le débat portera sur le thème : « Libéralisme, socialisme et Méréquité : qui doit quoi à qui ? » La conférence comportera également un sous-thème consacré à « la dette, le mérite et la transmission améliorée dans la doctrine de GPS ». Guillaume Soro doit y préciser la définition de la Méréquité et sa place dans la pensée doctrinale du mouvement. GPS prévoit une retransmission en direct sur ses plateformes numériques.
Cette nouvelle initiative prolonge donc la stratégie engagée quelques jours plus tôt : transformer l’absence physique de Soro en présence intellectuelle et numérique. Elle permet aussi à GPS de maintenir une activité politique malgré sa dissolution officielle.
Une adresse régulière aux Ivoiriens
Le 7 août, à l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a également adressé un message aux Ivoiriens. Depuis son exil, il affirme partager les peines et les espoirs déçus de ses compatriotes. Il rend hommage aux familles qui « tiennent ce pays debout » et appelle à construire une nation dans laquelle le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest et le Centre ne serviraient plus d’arguments électoraux. Sans annoncer de candidature ni présenter de programme précis, Soro cherche ainsi à entretenir son image de voix politique et morale.
Sa page Facebook lui offre, pour cela, une tribune régulière. L’ancien président de l’Assemblée nationale publie des hommages à des personnalités disparues, apporte son soutien à des cadres de GPS sortis de prison et commente l’actualité ivoirienne et régionale. Il intervient aussi sur des sujets comme le logement ou l’orpaillage clandestin. Cette activité numérique lui permet de rester visible malgré son éloignement du pays et son absence de toute fonction institutionnelle.
Du chef rebelle au symbole de l’opposition
L’itinéraire de Guillaume Soro explique en partie cette volonté de rester présent dans le débat public. Étudiant syndicaliste devenu chef de la rébellion des Forces nouvelles en 2002, il s’impose comme l’homme fort du Nord ivoirien avant de devenir Premier ministre de Laurent Gbagbo en 2007, malgré leur passé de belligérants. Lors de la crise post-électorale de 2010-2011, son soutien militaire à Alassane Ouattara l’accompagne au sommet de l’État. Il devient ministre de la Défense, puis président de l’Assemblée nationale en 2012, fonction qu’il conserve pendant sept ans.
La rupture intervient à partir de 2018, lorsque ses ambitions présidentielles se heurtent à celles de son ancien mentor. Soro quitte la présidence de l’Assemblée nationale en février 2019, rompt avec le RHDP et se positionne pour l’élection présidentielle de 2020. Son retour à Abidjan échoue en décembre 2019. Son avion est dérouté vers le Ghana puis l’Europe. Un mandat d’arrêt international est lancé contre lui et les autorités ivoiriennes donnent l’assaut au siège de GPS. L’ancien potentiel successeur d’Alassane Ouattara devient alors un opposant en exil, condamné par contumace et privé de son mouvement politique.
Depuis, Soro tente de conserver une place dans le débat ivoirien à travers les réseaux sociaux. La « Méréquité », les messages à la Nation, les conférences publiques et ses prises de position régulières constituent désormais ses principaux instruments pour entretenir cette présence.
Par David KOUADIO, à Abidjan




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