Ces pays africains où la peine de mort est légale
Le 20 octobre 2026, le Burkina Faso a réintroduit la peine capitale dans son code pénal, huit ans après l’avoir abolie. Ce retour en arrière relance une question que l’on croyait tranchée sur une partie du continent : où en est l’Afrique avec la peine de mort ? Etat des lieux.

Ils étaient 71 dans un hémicycle de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Pas une voix contre. En adoptant à l’unanimité le nouveau Code pénal, les membres de l’Assemblée législative de transition (ALP), organe non élu mis en place par la junte, ont réinscrit la peine capitale dans le droit burkinabè. Un choix assumé par les autorités au nom de la lutte antiterroriste, dénoncé par les défenseurs des droits humains, et qui tranche avec la tendance continentale.
Le Burkina Faso, huit ans après…
Le pays des hommes intègres avait aboli la peine de mort pour les crimes de droit commun en juin 2018, avec la promulgation d’un nouveau code pénal. Sa dernière exécution judiciaire connue remontait à 1988. Le revirement s’est fait en trois temps. Le régime du capitaine Ibrahim Traoré annonce son intention début octobre 2025. Le 4 décembre 2025, le Conseil des ministres adopte un projet de révision du Code pénal. Le 20 octobre 2026, l’ALP le vote à l’unanimité des 71 votants.
Cinq catégories de crimes sont désormais passibles de la peine capitale : la haute trahison, le terrorisme, l’espionnage, le parricide et l’importation de produits périmés ou prohibés ayant causé la mort. Pour le terrorisme, auteurs comme complices sont visés. Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, justifie la mesure par la guerre contre les groupes armés. Selon lui, ces groupes rassuraient leurs recrues en leur promettant qu’elles ne risquaient, au pire, que la perpétuité.
Human Rights Watch y voit au contraire un outil de plus contre les voix critiques, dans un pays où les partis politiques ont été dissous en janvier 2026 et où des médias et organisations de la société civile ont été suspendus. L’ONG rappelle aussi les failles du pôle judiciaire antiterroriste, dont la lenteur et les manquements procéduraux menacent le droit à un procès équitable. Une erreur judiciaire, avec la peine de mort, devient irréparable.
26 pays où la peine capitale est légale
En octobre 2026, au moins 26 États africains prévoient encore la peine de mort dans leur législation. Mais entre le texte et son application, l’écart est considérable : la plupart de ces pays continuent de prononcer des condamnations sans plus exécuter personne. Le dernier rapport annuel d’Amnesty International, publié en mai 2026, en donne la mesure. En Afrique subsaharienne, 18 exécutions ont été recensées en 2025, contre 34 l’année précédente. Dans le même temps, les condamnations à mort ont bondi de 74 %, passant d’au moins 443 à 771, prononcées dans 13 pays.
Cinq pays ont exécuté au cours des dernières années. En 2025, seules la Somalie et le Soudan du Sud ont procédé à des exécutions en Afrique subsaharienne, tandis que l’Égypte figurait parmi les sept pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à l’avoir fait. Le Botswana et le Soudan ont, quant à eux, conduit leurs dernières exécutions connues en 2021.
Deux États ont récemment durci leur position, sans avoir encore exécuté. Le Burkina Faso, dont la dernière exécution remonte à 1988, vient de réintroduire la peine capitale. La République démocratique du Congo a, pour sa part, levé en mars 2024 le moratoire en vigueur depuis 2003, en visant les militaires accusés de trahison et les auteurs de « banditisme urbain » meurtrier. Aucune exécution n’y a été officiellement recensée depuis, mais un rapport d’ONG publié en avril 2026 dénombre plus de 900 personnes dans le couloir de la mort.
Dix-neuf pays maintiennent la peine capitale dans leur droit sans l’appliquer. Dans six d’entre eux, les exécutions ont cessé plus récemment : le Nigeria (dernière connue en 2016), la Gambie (2012), la Libye (2010), l’Éthiopie (2007), l’Ouganda (2005) et le Libéria (2000), où un texte d’abolition a été déposé. Les Comores, sans exécution depuis 1997, ont toutefois recommencé à prononcer des condamnations à mort en 2025.
Les douze autres observent un moratoire de fait depuis près de trente ans ou davantage : le Cameroun (1997), le Lesotho (1995), la Tanzanie (1994), l’Algérie et le Maroc (1993), la Tunisie (1991), l’Érythrée (1989), le Kenya et la Mauritanie (1987), l’Eswatini (1983), le Mali (1980) et le Niger (1976).
À contre-courant d’une vague abolitionniste
Le choix de Ouagadougou intervient au moment où le continent abolit à un rythme inédit. Selon Amnesty International, 24 pays africains avaient totalement aboli la peine capitale au 31 décembre 2024. Le Tchad a ouvert la séquence en 2020, suivi de la Sierra Leone en 2021. L’année 2022 a été celle de trois abolitions : la Centrafrique, la Zambie et la Guinée équatoriale, cette dernière dans son code pénal. Le Ghana a suivi en 2023 pour les crimes de droit commun. Puis le Zimbabwe, le 31 décembre 2024, en conservant toutefois la possibilité d’un rétablissement en cas d’état d’urgence.
Là-bas, la nouvelle loi a commué les peines des quelque soixante détenus du couloir de la mort. Le Parlement panafricain a, de son côté, adopté en juillet 2024 une résolution appelant à l’abolition sur tout le continent. En 2025, des textes abolitionnistes ont été déposés en Gambie, au Libéria et au Nigeria. Avant le Burkina Faso, la RDC avait déjà amorcé un mouvement inverse. Deux pays confrontés à des insurrections armées, une même justification sécuritaire. Au Tchad, qui avait aboli en 2020, une commission a été chargée en septembre 2025 de préparer un rétablissement.
Par Prosper LOUABALBÉ PASSAH




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