Chargement en cours
Publicité

Canal+, Orange, SBT, Neerwaya, Moov Africa… qui est qui au Burkina Faso ?

Moov Africa Burkina a signé, le 30 juillet 2026, une convention avec le Conseil supérieur de la communication pour distribuer des contenus audiovisuels payants au Burkina Faso. Une autorisation accordée alors que Canal+ International traverse, de son côté, une passe difficile : l’opérateur français vient d’écoper d’une amende de 200 millions de F CFA infligée par le même régulateur.

Le Conseil supérieur de la communication à Ouagadougou, au Burkina Faso, en mai 2015. ©AFP

Le Conseil supérieur de la communication (CSC) a autorisé Moov Africa Burkina à distribuer, depuis le territoire national, des programmes de télévision et d’autres contenus audiovisuels sous forme de services à péage accessibles via Internet. La convention consacrant cette autorisation a été signée le jeudi 30 juillet 2026 à Ouagadougou, par le président du CSC, Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, et le directeur général de Moov Africa Burkina, Mohamed Karim. Par cet accord, l’opérateur obtient officiellement le statut juridique de distributeur de services audiovisuels.

Le texte précise les prérogatives de contrôle et de régulation du CSC sur cette activité, ainsi que les obligations fiscales, financières et administratives auxquelles l’opérateur devra désormais se conformer. La convention est renouvelable à la demande de Moov Africa Burkina ; en cas de manquement, le CSC se réserve le droit de la résilier après une mise en demeure restée sans effet.

Mohamed Karim s’est félicité de cette signature, y voyant le signe d’une confiance mutuelle entre les deux institutions et une nouvelle étape dans le développement de son entreprise. Il affirme vouloir « rendre le contenu plus accessible au plus grand nombre d’utilisateurs », dans le respect des normes de distribution et de protection des droits. De son côté, le président du CSC a salué une initiative de nature à élargir l’accès des populations à une offre de programmes diversifiée.

200 millions d’amende pour Canal+

Le 27 juillet, un communiqué publié sur la page Facebook du CSC intitulé « le CSC inflige une amende de deux cents millions (200 000 000) de F CFA à Canal+ », est vite devenu viral. Selon ce document, la sanction de juillet courant fait suite à une première décision prononcée le 12 juin 2026, qui condamnait déjà Canal+ International à une amende de 50 millions de F CFA pour non-respect de ses obligations conventionnelles. Il était alors demandé à la société de lever tous les obstacles à l’accès en clair aux chaînes de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) pour l’ensemble des abonnés résidant au Burkina Faso, et cela sans recourir à l’envoi de SMS. Un délai de 30 jours avait été accordé pour l’exécution de cette décision.

Le CSC indique, dans son communiqué, avoir constaté « avec regret » la non-exécution de sa décision dans les délais impartis, ce qui l’a conduit à multiplier par quatre la pénalité infligée de l’opérateur français de de la chaîne cryptée. Cette obligation découle d’une convention signée entre Canal+ et le CSC le 14 février 2025, dans un contexte où les autorités de transition accordent une importance croissante à l’accessibilité des médias publics nationaux pour l’ensemble de la population.

Le bras de fer entre Canal+ International et le régulateur burkinabè de l’audiovisuel s’inscrit ainsi dans une longue série de frictions, pendant que de nouveaux concurrents locaux et régionaux gagnent du terrain sur le marché de la télédistribution.

Un conflit qui n’est pas isolé

Ce nouveau différend s’ajoute à une histoire déjà mouvementée entre Canal+ et l’environnement réglementaire burkinabè. Dès 2015, le groupe s’était retrouvé en confrontation directe avec un concurrent local, Neerwaya Multivision, fondé par l’entrepreneur Franck Alain Kaboré et aujourd’hui l’un des principaux distributeurs de bouquets payants du pays. Canal+ Afrique avait alors dénoncé comme un acte de piratage la reprise, par Neerwaya, des chaînes BeIn Sport, pour lesquelles l’opérateur burkinabè n’avait pas acquis les droits de diffusion. Faute d’accord préalable auprès du Conseil supérieur de la communication, l’affaire avait été portée devant la justice, dans un climat de tension inédit entre les deux sociétés.

Le litige avait finalement trouvé une issue à l’amiable, le 26 juin 2015, par une poignée de main entre le directeur de Canal+ Afrique de l’époque, David Mignot, et Franck Alain Kaboré. Neerwaya s’était alors engagée à cesser toute diffusion des chaînes pour lesquelles elle ne détenait pas les droits, en échange d’un accès aux chaînes Canal+, proposées à ses abonnés dans les mêmes conditions tarifaires que les autres distributeurs du marché, Isec et Sodisat.

Onze ans plus tard, c’est un rapport de force inversé qui se joue au Burkina Faso. Ce n’est plus un concurrent privé qui conteste la position de Canal+, mais l’État burkinabè lui-même qui, par la voix de son régulateur, multiplie désormais les injonctions et les sanctions financières à l’encontre du groupe français.

La télédistribution en recomposition

Pendant que Canal+ encaisse les sanctions, le paysage burkinabè de la distribution de services audiovisuels s’élargit rapidement, sous l’impulsion du CSC qui multiplie les conventions avec de nouveaux acteurs. La Société Burkinabè de Télédiffusion (SBT), société d’État dirigée par David Ganou et récemment rattachée au ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, assure via 35 émetteurs numériques la diffusion gratuite d’une quinzaine de chaînes sur près de 98 % du territoire national, avec l’ambition affichée d’atteindre une couverture totale.

Du côté des télécoms, Orange Burkina Faso S.A a obtenu dès décembre 2025 l’autorisation du CSC de distribuer des programmes audiovisuels payants — un précédent qui a ouvert la voie à l’accord conclu cette semaine avec Moov Africa. Neerwaya Multivision, Isec et Sodisat complètent ce paysage concurrentiel déjà installé, aux côtés de Canal+ Burkina, dans la tourmente.

Pour le CSC, les sanctions répétées contre Canal+ ne relèvent pas de la seule question financière, mais visent à garantir que les chaînes publiques nationales restent accessibles à tous les citoyens sans entrave technique ou commerciale. Le régulateur burkinabè rappelle à cette occasion que la présence de groupes internationaux sur le marché audiovisuel local reste conditionnée au strict respect des conventions signées avec l’État — au moment même où il ouvre la porte à de nouveaux distributeurs comme Moov Africa.

Par Adrien OUEDRAOGO, à Ouagadougou

Laisser un commentaire