Qui est Khalida Boufedeche, élue présidente de l’Assemblée en Algérie ?
Le 28 juillet 2026 restera une date charnière dans l’histoire parlementaire algérienne. Ce jour-là, les députés fraîchement installés de la 10ᵉ législature ont porté Khalida Boufedeche à la présidence de l’Assemblée populaire nationale (APN). Une première depuis l’indépendance du pays en 1962 : jamais une femme n’avait occupé ce fauteuil, qui fait d’elle le quatrième personnage de l’État.

C’est une grande première en République populaire d’Algérie. Le 28 juillet 2026, une dame a pris la tête de l’Assemblée populaire nationale (APN) : tout un symbole. L’élection s’est déroulée à bulletin secret, comme le veut le règlement intérieur de l’Assemblée dès lors que plusieurs candidatures sont en lice. Face à Khalida Boufedeche se trouvaient deux autres prétendants : un représentant du Mouvement de la société pour la paix (MSP), principale formation islamiste du pays, et un candidat du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti laïc. Mais l’issue ne faisait guère de doute.
Adossée au soutien d’une large coalition parlementaire regroupant le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND), le Front El Moustakbal, El Bina et plusieurs autres groupes, sa candidature rassemblait à elle seule plus des trois quarts des 407 sièges de l’hémicycle. Khalida Boufedech a récolté, à l’issue du vote, 302 voix, devançant ses deux rivau x: Amine Allouche du Parti de la mouvance islamique (57 voix) et Rachid Hassani du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) (7 voix).
Un parcours forgé sur le terrain
Elle succède ainsi à Brahim Boughali, qui présidait la chambre basse depuis 2021, et entame un mandat prévu pour durer toute la législature, soit cinq ans. Ce scrutin intervient dans le prolongement des élections législatives du 2 juillet 2026, marquées par un taux de participation historiquement bas, à peine plus d’un cinquième du corps électoral. Le FLN, formation historique issue de la guerre d’indépendance, en est sorti en tête, confirmant sa position de force dominante du paysage politique national.
Ce qui distingue la trajectoire de Khalida Boufedeche, c’est qu’elle ne doit rien à un passage par les ministères ou les hautes sphères de l’administration. Sa carrière politique s’est construite par paliers, en partant de l’échelon le plus local. Elle fait ses débuts comme élue à l’Assemblée populaire communale (APC) de Bordj El Bahri, commune de la banlieue est d’Alger, avant de rejoindre l’Assemblée populaire de la wilaya (APW) d’Alger, où elle se familiarise avec les questions de développement territorial et de coordination entre collectivités.
Le vrai tournant survient avec les législatives du 2 juillet 2026 : élue députée de la wilaya d’Alger sous l’étiquette du FLN, dont elle est par ailleurs membre du comité central, elle accède pour la première fois au Parlement national. À peine quelques semaines plus tard, son parti la propulse candidate à la présidence de l’APN — un choix qui s’avère payant dès le premier tour de scrutin.
Une carrière de médecin avant la politique
Née le 27 mai 1982, mariée et mère de deux filles, Khalida Boufedeche n’a pas suivi un parcours classique de cadre de parti. Elle décroche son diplôme de docteur en médecine générale à l’Université d’Alger en 2008, avant de se spécialiser : un diplôme d’études spécialisées en allergologie et immunologie clinique, obtenu en 2019, vient couronner sa formation. Elle exerce depuis comme médecin spécialiste, avec des responsabilités de cheffe de service au sein de la Direction de la santé et de la population de la wilaya d’Alger, et a également été rattachée au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Béni Messous.
Ce profil de praticienne de terrain, plutôt que de cadre issue exclusivement du sérail politique ou administratif, tranche avec le profil habituel des personnalités ayant présidé l’institution. Il nourrit une lecture de son élection comme le signe d’un léger renouvellement générationnel au sein du FLN, davantage tourné vers des profils professionnels et locaux.
Une avancée symbolique
L’élection de Khalida Boufedeche prend un relief particulier au regard de la faible représentation féminine issue des dernières législatives : seules 23 à 25 députées, selon les décomptes, ont été élues sur 407 sièges, soit à peine plus de 5 % de l’hémicycle — une proportion en recul par rapport aux législatures précédentes. C’est donc dans un contexte de sous-représentation persistante des femmes en politique que l’Algérie voit, pour la première fois, une femme accéder à la tête de sa chambre basse, quelques décennies après que plusieurs d’entre elles eurent déjà occupé des portefeuilles ministériels ou des responsabilités diplomatiques de premier plan.
À la tête de l’APN, Khalida Boufedeche devra désormais organiser les travaux parlementaires, arbitrer entre les sensibilités politiques représentées à l’Assemblée et incarner l’institution face aux autres pouvoirs de l’État — un rôle qu’elle aborde avec une double casquette, de médecin de terrain devenue responsable politique de premier plan.
Par MAHAMAT Ben ABDEL




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