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Cameroun : sonnette d’alarme internationale après les violences post-électorales

L’ONU, l’Union européenne et Amnesty International tirent la sonnette d’alarme face aux violences post-électorales au Cameroun après la réélection contestée de Paul Biya. À Garoua, Douala et ailleurs, le pays s’enfonce dans un climat de peur et d’incertitude politique.

Un pompier éteint le feu au Complexe scolaire bilingue Lamido Aman Sali à Garoua. © Desy Danga

Les milieux diplomatiques à Yaoundé ont accueilli avec effroi la déclaration de l’Union européenne (UE) relative aux violences des 26 et 27 octobre au Cameroun, survenues lors de la proclamation des résultats de la présidentielle du 12 octobre. Le ton est quasi-martial. D’emblée, l’UE rappelle que son partenariat avec le Cameroun, reposant sur l’Accord de Samoa, promeut les principes de bonne gouvernance, de démocratie, de respect des droits de l’homme et de l’État de droit. Comme elle, la sonnette d’alarme internationale après les violences post-électorales a été donnée aussi par Amnesty International. L’organisation appelle « les autorités à respecter, protéger le droit de réunion pacifique. Une enquête indépendante et impartiale doit être menée sur les décès. » Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme avait déjà appelé, la veille, à l’ouverture d’enquêtes sur les violences en cours.

À Yaoundé, on scrute ces sorties entre les lignes. « Quand une organisation comme l’UE rappelle des principes à un État, c’est peu dire qu’elle estime que le Rubicon a été franchi », confie un diplomate. Des chancelleries occidentales ont d’ailleurs boycotté la cérémonie de proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel, le 27 octobre. Depuis deux semaines, le Cameroun est le théâtre de scènes de violence à travers le pays. Les villes de Garoua — fief du candidat Issa Tchiroma Bakary, qui s’est autoproclamé vainqueur de l’élection présidentielle — et notamment Douala, Bafoussam et Dschang, entre autres, ont enregistré d’importantes manifestations. Les forces de l’ordre ont violemment réprimé les manifestations, causant des pertes en vies humaines.

Dans sa déclaration du 28 octobre, l’UE « invite les autorités camerounaises à identifier les responsabilités, à faire preuve de transparence et à rendre justice afin de lutter contre le recours excessif à la violence et les violations des droits humains. Elle appelle également à la libération de toutes les personnes détenues arbitrairement depuis l’élection présidentielle. »

Psychose générale

La prise de position de Bruxelles, au lendemain de la proclamation des résultats donnant Paul Biya officiellement vainqueur (53,66 %) suivi d’Issa Tchiroma Bakary (35,19 %), arrive dans un climat tendu. À Douala, c’est l’armée qui a pris le relais de la répression. Les images largement diffusées ont créé un climat de peur à travers le pays : rues désertes, écoles fermées, marchés et boutiques restés clos. Des millions de Camerounais vivent dans la peur. Ce 28 octobre, le sulfureux ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji a condamné les violences. Il a indiqué que les forces de l’ordre déféreront devant les tribunaux les personnes interpellées lors des opérations de maintien de l’ordre en cours, ainsi que celles qui tirent les ficelles dans l’ombre.

Peu de temps après la proclamation des résultats, Paul Biya — 92 ans et 43 ans au pouvoir, réélu pour un huitième mandat — a condamné les violences et déclaré dans une publication sur ses plateformes numériques : « … Mes premières pensées vont à tous ceux qui ont inutilement perdu leurs vies, ainsi qu’à leurs familles, du fait des violences post-électorales. » De son côté, Issa Tchiroma Bakary, a rendu « un grand hommage à celles et ceux qui sont tombés sous les balles d’un régime devenu criminel, lors d’une marche pacifique du peuple sorti en masse pour exercer un droit universel. »

Le candidat du FSNC a déploré des morts devant son domicile à Garoua, où il se trouve depuis la veille du scrutin. Le 27 octobre, l’armée et des snipers postés non loin de son domicile sont passés à l’action. « Urgent : Actuellement à mon domicile à Garoua, ils tirent sur des civils qui campent devant chez moi. L’assaut est lancé », a écrit l’ancien ministre sur sa page Facebook. Il a ajouté plus tard : « Bilan : deux morts. »

Tchiroma dans le viseur

Depuis le jour du scrutin, les soutiens d’Issa Tchiroma Bakary ont établi une ceinture de sécurité autour de sa résidence, après que M. Atanga Nji a déclaré que M. Tchiroma « devait savoir que son mur n’était pas blindé et que l’administration irait le chercher où qu’il se cache ». Selon des sources sécuritaires, les forces de l’ordre recherchent personnellement Issa Tchiroma Bakary. Et il le sait. Sur Facebook, il a d’ailleurs écrit : « Tirer à bout portant sur vos propres frères — je me demande bien si vous n’êtes pas des mercenaires. Tuez-moi si vous voulez, mais je libérerai ce pays par tous les moyens. »

La mission des commandos stationnés est claire : enlever Tchiroma à Garoua pour le conduire à Yaoundé, selon des sources sécuritaires. « Le gouvernement redoute que l’ancien ministre ne suscite dans l’opinion de sa région natale du Nord une idée de sécession, comme c’est le cas avec les régions anglophones incontrôlables depuis 2016 », analyse un géostratège.

Face à l’escalade, l’UE appelle « toutes les parties à faire preuve de retenue et à s’abstenir de toute action susceptible d’exacerber les tensions ». Elle encourage aussi « un dialogue constructif afin de préserver la stabilité et la cohésion nationale et de promouvoir les valeurs démocratiques et les droits de l’homme ». Elle souligne en outre l’importance de garantir la sécurité et l’intégrité physique de tous les acteurs politiques de ce processus. 

Par Jean Daniel Mvondo, Yaoundé

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