Cameroun : Paul Biya, vainqueur de la présidentielle dans une ambiance tendue
Paul Biya, 92 ans, dont 43 au pouvoir, remporte un huitième mandat, mais la scène politique camerounaise se fracture plus que jamais : entre boycott diplomatique, violences et rues désertes à travers le pays, sa victoire laisse un goût amer.

Le Conseil constitutionnel a officiellement proclamé, ce lundi 27 octobre 2025, les résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre. Cette instance a déclaré le président sortant Paul Biya, 92 ans, vainqueur avec 53,66% des suffrages valablement exprimés, tandis qu’Issa Tchiroma Bakary, président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), a obtenu 35,19%. Le taux de participation s’élève à 57,76%. Le Conseil constitutionnel indique que Cabral Libii a obtenu 3,41 % des voix, Bello Bouba Maïgari 2,45%, Tomaïno Ndam Njoya 1,66% et Joshua Osih 1,21%, tandis que les autres candidats n’ont pas franchi la barre des 1% des suffrages.
L’audience solennelle, présidée par Clément Atangana, a conduit au rejet il y a quelques jours de tous les recours en annulation introduits par des candidats de l’opposition, jugés « infondés » ou « irrecevables ». La victoire de Paul Biya devient ainsi définitive et sans appel, conformément à la Constitution.
Alors que la plus haute juridiction rendait son verdict, Yaoundé offrait le visage d’une capitale sous cloche. Les boutiques fermées, les écoles suspendues, les rues désertes : une ambiance de cimetière régnait dans la ville. Même dans les bastions du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, les habitants n’ont célébré aucun événement, après l’annonce des résultats.
Les forces de sécurité, déployées en nombre depuis la veille, ont interdit tout regroupement, de crainte d’incidents à l’annonce des résultats. Les habitants, prudents, sont restés confinés chez eux, dans un climat d’attente et d’inquiétude.
Deux morts à Garoua
Peu après l’annonce officielle, des manifestants ont signalé des incidents à Garoua, fief politique d’Issa Tchiroma Bakary. Sur sa page Facebook, le candidat a publié : « Urgent : Actuellement à mon domicile à Garoua, ils tirent sur des civils qui campent devant chez moi. L’assaut est lancé. » Quelques minutes plus tard, il a ajouté : « Bilan de leur attaque : deux morts. » « Tirer à bout portant sur vos propres frères — je me demande bien si vous n’êtes pas des mercenaires. Tuez-moi si vous voulez, mais je libérerai ce pays par tous les moyens. Quelle impunité notoire », a lancé Issa Tchiroma Bakary.
Des témoins et des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montrent des scènes de tension aux abords du quartier Plateau, où des partisans s’étaient massés. Des sources locales font état de tirs de sommation et d’arrestations, tandis que les autorités locales appellent au calme et indiquent qu’un bilan officiel est en cours d’établissement. Mêmes scènes à travers le pays où des casses et manifestations violemment réprimées ont déclenché.
Le gouvernement, pour l’heure, se limite à rappeler la légitimité du processus électoral et appelle à préserver la stabilité nationale. Le Parlement, qui se réunira en congrès, accueillera la cérémonie d’investiture du président réélu le 6 novembre 2025, dans un contexte politique tendu et une atmosphère de méfiance générale.
Des chancelleries occidentales ont-elles boycotté ?
Le scrutin a aussi révélé une gêne diplomatique manifeste. Les ambassadeurs des pays membres de l’Union européenne (UE), du Canada, du Royaume-Uni et de la Suisse ont boycotté la proclamation officielle. Invités par le président du Conseil constitutionnel, Clément Atangana, à assister à la séance du Palais des Congrès, ils ont unanimement choisi de ne pas s’y rendre. Seuls les diplomates russe Georgy Todua et turc Volkan Öskiper étaient présents dans la salle.
Les ambassadeurs de pays membres de l’UE et leur chef de la délégation au Cameroun, le Français Jean-Marc Châtaigner, se sont accordés de ne pas faire le déplacement. C’est le cas également des représentants de la Suisse, Nathalie Kholi, du Royaume-Uni, Matt Woods et du Canada, Marie-Claude Harvey. Une source diplomatique nuance : « les diplomates dans beaucoup d’événements, mais ils choisissent là où ils veulent aller. » Par ailleurs, elle indique que : « les Occidentaux, actuellement, tous, sans exception, ne sont là que pour leurs intérêts. Il y aura des félicitations qui vont tomber, ils vont prendre acte et passer à autre chose. Ce n’était pas un enjeu. L’essentiel, c’est leurs intérêts. »
Depuis les violences post-scrutins du 12 octobre dernier, ayant causé des morts à travers les Cameroun, aucune organisation internationale ou chancellerie ne s’est prononcée. Des observateurs étrangers redoutent désormais une crise post-électorale durable, à la lumière des tensions déjà perceptibles dans le Nord.
Par Jean Daniel Mvondo, à Yaoundé




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