Le GAFI réhabilite le Burkina Faso, gage de crédibilité pour l’AES
Au-delà de sa portée financière, cette décision du Groupe d’action financière (GAFI) intervenue le 24 octobre, redéfinit la place du Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) et renforce la crédibilité de ce regroupement de trois pays, depuis que ses membres ont tourné la page de la CEDEAO.

Réunie à Paris le 24 octobre 2025, la plénière de du Groupe d’action financière (GAFI) a acté le retrait du pays de ce dispositif de surveillance, saluant les progrès accomplis dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Inscrit sur la liste grise depuis février 2021, le Burkina Faso faisait l’objet d’un suivi renforcé en raison d’insuffisances juridiques et institutionnelles dans l’application des normes internationales. Cette mise sous surveillance, souvent perçue comme un avertissement pour les investisseurs et les bailleurs, plaçait le pays sous observation jusqu’à la mise en œuvre complète d’un plan d’action correctif.
En réponse, Ouagadougou a engagé un vaste programme de réformes structuré autour de 37 mesures couvrant onze domaines clés : supervision financière, transparence sur les bénéficiaires effectifs, coopération internationale, confiscation des avoirs criminels, régulation du secteur à but non lucratif, entre autres. En 2024, une loi majeure est venue consolider ce cadre en intégrant la prévention de la prolifération des armes de destruction massive dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
Hormis le Burkina Faso, le GAFI a également salué les progrès enregistrés par d’autres pays africains : renforcement des dispositifs de détection du blanchiment en Afrique du Sud, meilleure coordination institutionnelle au Nigeria et amélioration du partage de renseignements financiers au Mozambique.
Crédibilité renforcée
Mais pour le Burkina Faso, ce retrait a une portée plus large. Selon le ministre de l’Économie, Aboubakar Nacanabo, cette sortie « renforce la crédibilité du système financier national et améliore la capacité du pays à mobiliser des ressources sur les marchés financiers à des conditions plus favorables ». Il y voit le fruit d’un « combat silencieux pour la souveraineté financière », rappelant que plus de 50 milliards de francs CFA auraient été perdus au cours de la dernière décennie à cause des flux financiers illicites, notamment dans le secteur minier. Cette décision, au-delà de sa portée financière, redéfinit la position du Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) et renforce la crédibilité de ce regroupement dans un contexte de rupture diplomatique avec la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Créé en 1989, le GAFI élabore et supervise les standards internationaux de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Son évaluation repose à la fois sur la conformité technique et sur l’efficacité des mécanismes mis en place. Une inscription sur sa liste grise signale aux institutions financières mondiales un risque accru, entraînant souvent une réticence des banques correspondantes et un renchérissement du coût des transactions internationales. À l’inverse, un retrait marque un retour à la confiance et peut se traduire par un meilleur accès aux financements extérieurs.
Le pari burkinabè de la traçabilité
Le directeur général du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), organe régional affilié au GAFI, avait déjà salué en août 2025, lors d’une mission d’évaluation à Ouagadougou, « l’engagement politique de haut niveau » du Burkina Faso. Il relevait notamment la mise en œuvre intégrale du plan d’action en onze cycles de suivi, le renforcement de la supervision fondée sur les risques et la création d’une coordination nationale efficace entre les institutions d’enquête et de poursuite.
Pour la coprésidente du GAFI-Afrique, Sahye Yonesha, les réformes qui ont permis ce retrait couvrent « l’ensemble des domaines clés » et démontrent « une amélioration durable du dispositif national ». Elle a reconnu la complexité du processus dans un pays confronté à une guerre interne contre le terrorisme, où la lutte contre le financement des groupes armés s’impose comme le prolongement direct du combat sur le terrain.
Dans ce contexte sécuritaire, chaque progrès sur le plan financier s’apparente à un acte de résilience. Pour le ministre Nacanabo, « c’est aussi une guerre contre les circuits occultes qui financent la violence ». En consolidant la traçabilité des flux et la transparence économique, le Burkina Faso entend tarir les ressources des groupes armés et assainir son économie informelle. Cette politique, présentée comme une stratégie de défense non militaire, s’inscrit dans une approche globale de la sécurité nationale.
Le Burkina Faso, modèle de l’AES
Sur le plan diplomatique, cette reconnaissance internationale intervient à un moment charnière. Le Burkina Faso, avec le Mali et le Niger, a officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le 29 janvier 2025 pour renforcer la coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel. Dans un contexte de tensions avec les institutions régionales, la décision du GAFI offre une validation internationale rare pour un membre de l’AES. Elle confère au Burkina Faso, et indirectement à ses alliés sahéliens, une légitimité financière et réglementaire vis-à-vis des partenaires mondiaux.
Cette évolution redessine les équilibres régionaux. En se conformant pleinement aux standards du GAFI, le Burkina Faso démontre qu’un pays de l’AES peut répondre aux exigences de gouvernance financière internationale malgré un isolement diplomatique relatif. Le signal adressé est double : à l’interne, il témoigne d’une capacité institutionnelle à conduire des réformes techniques dans un environnement instable ; à l’externe, il repositionne le pays comme interlocuteur crédible des institutions multilatérales.
Le retrait du Burkina Faso de la liste grise du GAFI s’impose ainsi comme un tournant stratégique. Il traduit la volonté d’un pays de maintenir un dialogue économique ouvert avec les marchés internationaux tout en affirmant une souveraineté politique redéfinie au sein de l’AES. Dans un espace sahélien souvent perçu à travers le seul prisme sécuritaire, cette évolution marque une rare consolidation de crédibilité institutionnelle et financière — une victoire discrète, mais essentielle, pour la stabilité et la résilience du Sahel.
Par Fabrice Poro




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