Bénin : pourquoi Wadagni s’est rendu au Niger et au Burkina Faso
À peine neuf jours après son investiture du 24 mai 2026, Romuald Wadagni a choisi de se rendre dans les capitales nigériennes et burkinabè à la frontière Nord de du Bénin. Le Niger et le Burkina Faso sont devenus incontournables dans les équilibres géopolitiques ouest-africains.

La journée du 2 juin 2026 marque une étape importante dans les relations entre le Bénin et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir des autorités militaires au Niger et au Burkina Faso, un président béninois s’est rendu successivement à Niamey et à Ouagadougou. Investi le 24 mai dernier, le nouveau chef de l’État du Bénin, Romuald Wadagni, a rencontré ses homologues, le général Abdourahamane Tiani au Niger et le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso. Cette tournée, qui intervient au lendemain d’une visite au Nigeria voisin, dépasse largement le cadre d’une simple prise de contact diplomatique. Elle constitue un signal politique fort adressé à l’ensemble de la sous-région ouest-africaine.
Dans un contexte marqué par les recompositions géopolitiques et les tensions persistantes entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et les pays de l’AES, le nouveau président béninois semble privilégier la voie du dialogue direct avec ses voisins sahéliens. Avant son départ, la présidence béninoise avait d’ailleurs présenté cette initiative comme s’inscrivant dans une « diplomatie de voisinage active », fondée sur le dialogue, le respect mutuel et la conviction que les destins des peuples ouest-africains demeurent étroitement liés.
Le dossier nigérien au cœur des enjeux
La visite au Niger est probablement l’étape la plus stratégique de cette tournée. Le communiqué conjoint publié à Niamey insiste sur « la volonté commune de consolider davantage les liens d’amitié, de fraternité et de coopération agissante qui unissent le Bénin et le Niger ». Mais surtout, il révèle une avancée concrète sur l’un des principaux contentieux bilatéraux. Les deux chefs d’État y expriment leur engagement à œuvrer « à la levée de tous les obstacles au renforcement de la coopération entre les deux pays, notamment la réouverture de la frontière Bénin-Niger ». Un comité d’experts a même été mis en place avec un délai de quinze jours pour proposer des solutions.

Cette décision constitue sans doute l’annonce la plus importante de la visite. La fermeture de la frontière a lourdement affecté les échanges commerciaux entre les deux pays, alors que le Niger demeure un partenaire économique majeur du Bénin et un utilisateur essentiel du corridor logistique passant par le port de Cotonou. L’ouverture d’un mécanisme de règlement témoigne d’une volonté politique partagée de dépasser les différends récents.
La sécurité comme dénominateur commun
Au Niger comme au Burkina Faso, la question sécuritaire a dominé les échanges. À Niamey, les deux présidents ont évoqué « la menace terroriste au Sahel et en Afrique de l’Ouest » et ont réaffirmé leur volonté « d’unir leurs forces pour combattre le fléau du terrorisme et du banditisme ». À Ouagadougou, le ton est similaire. Le communiqué final lu par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré – en présence des deux chefs d’Etat – souligne « l’impérieuse nécessité de renforcer la coopération, la solidarité et la concertation entre États voisins face aux menaces communes, notamment le terrorisme, la criminalité transfrontalière organisée et toutes les formes d’extrémisme violent ».
Pour le Bénin, confronté depuis plusieurs années à une extension des attaques jihadistes dans sa partie septentrionale, le renforcement de la coopération avec le Niger et le Burkina Faso répond à une nécessité opérationnelle autant que politique. La stabilité des régions frontalières est devenue un enjeu partagé entre les trois États.
Une main tendue vers l’AES
Au-delà des relations bilatérales, cette tournée est également un geste en direction de l’Alliance des États du Sahel. Le fait que le nouveau président béninois ait « vite » fait le déplacement de ces deux pays fondateurs de l’AES est riche de symboles. Plus encore, sa visite intervient dans un contexte où plusieurs États de la région cherchent à maintenir des canaux de dialogue avec le bloc sahélien malgré les recompositions institutionnelles en cours.

L’accueil réservé à Romuald Wadagni à Niamey comme à Ouagadougou témoigne d’ailleurs d’une volonté réciproque de rapprochement. Le président nigérien a salué des relations « anciennes de fraternité, d’amitié et de coopération », tandis que les autorités burkinabè ont présenté la visite comme l’occasion de « donner un nouvel élan aux relations séculaires qui unissent les peuples béninois et burkinabè ».
Le fait que des représentants des pays de l’AES aient été associés aux séquences protocolaires et aux échanges souligne également l’importance accordée à cette visite dans les capitales sahéliennes. Si la sécurité domine les préoccupations immédiates, l’économie constitue l’autre pilier de cette offensive diplomatique.
Economie, dialogue et réconciliation
À Ouagadougou, les deux chefs d’État ont mis l’accent sur le commerce, l’industrie, les infrastructures de transport, la logistique et la promotion des investissements. Le communiqué évoque « le rôle stratégique du port autonome de Cotonou dans l’approvisionnement du Burkina Faso » ainsi que sur la nécessité de garantir la fluidité des corridors de transport. Cette référence est essentielle. Le Bénin dispose d’un avantage géographique majeur pour les pays sahéliens enclavés. En renforçant les mécanismes de coopération économique avec le Burkina Faso et le Niger, Cotonou espère consolider sa position comme porte d’entrée commerciale vers l’hinterland ouest-africain.
Cette démarche revêt une portée particulière au regard des relations parfois tendues entre Cotonou et certains États de l’AES ces dernières années, notamment avec le Niger après le changement de régime de 2023 et les différends liés aux questions sécuritaires et frontalières. En choisissant de se rendre personnellement à Niamey puis à Ouagadougou dès les premiers jours de son mandat, Romuald Wadagni affiche sa volonté d’ouvrir une nouvelle séquence diplomatique avec les pays sahéliens.
En moins de deux semaines de mandat, Romuald Wadagni a posé un acte diplomatique fort. Son choix de privilégier Niamey et Ouagadougou parmi les premières destinations traduit une volonté de replacer le dialogue régional au centre de l’action extérieure du Bénin. Les résultats concrets de cette démarche devront encore être évalués dans les prochains mois, notamment sur la question sensible de la réouverture de la frontière nigéro-béninoise et sur la relance des mécanismes de coopération bilatérale.
Par Loïc KÉNYON, à Cotonou




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