Au Tchad, une économie croissante malgré la pression des réfugiés
Après plusieurs années de fortes tensions économiques et sécuritaires, le Tchad affiche en 2025 des signaux tangibles d’amélioration de sa gouvernance macroéconomique. Les institutions financières internationales constatent que le pays consolide progressivement ses finances publiques, malgré les vents contraires dus notamment à la pression des réfugiés soudanais.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’économie tchadienne a maintenu en 2024 et début 2025 une dynamique robuste, principalement sous l’impulsion du secteur non pétrolier. Le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 5,0 % en 2024, dépassant les prévisions initiales. Les indicateurs à haute fréquence montrent que cette expansion se poursuit en 2025, avec une croissance estimée à 5,6 %. « L’activité économique reste robuste, soutenue par une activité plus forte que prévu dans le secteur non pétrolier », a déclaré Julien Reynaud, chef de mission du FMI au Tchad, lors de la publication du communiqué de l’institution le 19 décembre 2025. Cette dynamique s’appuie notamment sur l’agriculture et les services, dans un contexte de reprise de la demande intérieure.
La Banque mondiale confirme cette trajectoire. Dans son Baromètre économique de la CEMAC, publié le 17 décembre 2025, elle anticipe une croissance de 3,4 % en 2025, tirée essentiellement par les activités non pétrolières, tandis que le secteur pétrolier continue de peser sur les équilibres macroéconomiques.
Une diversité économique
En 2025, l’évolution des prix constitue l’un des faits marquants. D’après le FMI, l’inflation devient négative en début d’année et atteint –4,3 % en novembre 2025. Cette évolution découle principalement de la baisse des prix des denrées alimentaires, après des niveaux exceptionnellement élevés en 2024, et de l’amélioration de la production agricole. Sur le plan régional, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) assouplit sa politique monétaire en abaissant son taux directeur de 5 % à 4,5 % fin mars 2025, une première depuis 2023, afin de soutenir l’activité. Les réserves de change de la CEMAC couvrent désormais 4,8 mois d’importations au premier trimestre 2025, un niveau proche de la cible communautaire.
Les autorités tchadiennes fondent la consolidation budgétaire sur une meilleure mobilisation des recettes intérieures. La Banque mondiale relève une hausse de 25 % des recettes fiscales non pétrolières en glissement annuel au premier trimestre 2025, grâce à la modernisation et à la numérisation des administrations fiscales. Le FMI souligne également que les recettes budgétaires restent globalement conformes aux projections sur les trois premiers trimestres de 2025. Si les recettes pétrolières déçoivent, notamment en raison de la forte dépréciation du dollar, les recettes non pétrolières compensent cette baisse, portées par le dynamisme de l’activité et les mesures fiscales mises en œuvre dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC).
Des marges de manœuvre limitées
À fin juin 2025, le FMI juge globalement satisfaisants les résultats du programme qu’il soutient. « Tous les critères de réalisation quantitatifs ont été respectés », affirme son communiqué du 19 décembre 2025, notamment ceux relatifs aux recettes non pétrolières, à la masse salariale et au solde primaire hors pétrole. Les autorités réduisent également les arriérés de paiement intérieurs de 42 milliards de FCFA, principalement envers les fournisseurs, et apurent 51 milliards de FCFA d’arriérés extérieurs. Elles maintiennent par ailleurs la part des dépenses exécutées avant ordonnancement sous le plafond fixé. Dans ce contexte, la Banque mondiale prévoit un déficit budgétaire ramené à 1,5 % du PIB en 2025, contre des niveaux plus élevés auparavant, grâce à la maîtrise des dépenses et à l’élargissement de l’assiette fiscale hors pétrole.
Malgré ces avancées, la situation financière du pays reste contrainte. La Banque mondiale estime que la dette publique demeure soutenable, tout en classant le Tchad à risque élevé de surendettement, en raison de la faiblesse des ressources et des besoins de financement importants. Le secteur pétrolier, qui représente environ 15 % du PIB, 41 % des recettes publiques et 76 % des exportations, expose toujours l’économie aux chocs externes. En 2025, la croissance du PIB pétrolier recule de –0,7 %, sous l’effet d’une baisse de la production et des cours du brut, passés de 78,2 dollars le baril en 2024 à 65,2 dollars en 2025. Le déficit du compte courant devrait ainsi se creuser à 2,5 % du PIB.
Le Plan national de développement
Ces progrès macroéconomiques interviennent dans un environnement social et sécuritaire tendu. Selon le FMI, l’arrivée de 160 000 réfugiés soudanais supplémentaires depuis janvier 2025 porte à 1,5 million le nombre total de réfugiés et demandeurs d’asile. La Banque mondiale estime que 2,3 millions de personnes, soit 11,3 % de la population, se trouvent en situation d’insécurité alimentaire en mai 2025. Le marché du travail, largement informel, limite l’impact social de la croissance. Les dépenses militaires augmentent de 11,6 % en 2025, atteignant 23 % des recettes intérieures, tandis que l’accueil de plus de 1,4 million de réfugiés et de 225 000 déplacés internes accentue la pression sur les finances publiques et les services sociaux.
Face à ces contraintes, les autorités misent sur le Plan national de développement (PND) 2025-2030, adopté en mai 2025, pour accélérer la transformation structurelle de l’économie. Le Conseil ordinaire des ministres du 27 février 2025, présidé par le président Mahamat Idriss Déby Itno, valide plusieurs orientations clés, dont une politique foncière nationale et des projets agro-industriels structurants. Le FMI considère que la mise en œuvre du PND peut soutenir la reprise de l’investissement et renforcer la croissance à moyen terme, malgré les risques liés à la baisse de la production pétrolière et à l’instabilité régionale.
Dans ce contexte marqué par des chocs multiples, les institutions internationales estiment que les réformes fiscales, la discipline budgétaire et la modernisation de la gestion publique constituent aujourd’hui les principaux leviers dont dispose le Tchad pour stabiliser son cadre macroéconomique et bâtir une croissance plus résiliente.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




Laisser un commentaire