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Au Cameroun, l’ONU exige des garanties avant la présidentielle

L’organisation internationale appelle Yaoundé à lever les obstacles pesant sur l’opposition et à restaurer la confiance des électeurs, dans un pays marqué par un lourd passif électoral.

La ville de Bamenda vit dans la peur depuis le début de la crise en 2016. ©DR

À un mois de la présidentielle du 12 octobre, le Cameroun s’avance vers un scrutin miné par les restrictions et la répression. Le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) dénonce un climat qui compromet déjà l’expression démocratique et fait planer le spectre d’une élection contestée. Censure des médias, arrestations de militants, suspension d’organisations de la société civile : les signaux d’alerte se multiplient. « Un environnement sûr et propice à la promotion des droits humains est essentiel pour des élections paisibles, inclusives et crédibles », a rappelé Volker Türk, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, avant de constater avec inquiétude que « cet environnement ne semble pas prévaloir ». Dans un pays où les Camerounais ont déjà profondément perdu confiance dans les institutions électorales, l’ONU avertit que le scrutin pourrait se dérouler sans garanties réelles d’équité.

Libertés confisquées

Ces dernières semaines au Cameroun, les atteintes aux droits fondamentaux se sont multipliées. Le 7 août, les forces de sécurité ont interrompu en direct une interview télévisée de l’opposant Dieudonné Yebga sur la chaîne privée STV. Trois jours plus tôt, elles avaient arrêté 53 militants de l’opposition devant le Conseil constitutionnel, alors qu’ils protestaient pacifiquement contre des décisions électorales.

Les autorités les ont accusés de « troubles à l’ordre public », de « rébellion » et d’« incitation à la révolte » et les ont détenus plusieurs jours avant de les relâcher. Pour Volker Türk, l’affaire montre que le pouvoir dévie vers l’autoritarisme : « La libération des 53 partisans de l’opposition est une bonne nouvelle, mais les autorités n’auraient jamais dû les arrêter. Personne ne devrait subir une arrestation pour avoir exercé ses droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. »

À cela s’ajoute une offensive contre la société civile. En décembre 2024, le gouvernement a suspendu trois organisations, interdit deux autres et bloqué les financements de plusieurs associations. « Le gouvernement ne devrait pas réprimer le travail essentiel des organisations de la société civile et des médias », a martelé Türk.

Un processus électoral biaisé

Au-delà de la répression directe, l’ONU relève aussi des « restrictions croissantes des activités des partis d’opposition ». Des irrégularités ont entaché l’inscription sur les listes électorales, et le pouvoir a écarté plusieurs figures politiques de la course à la magistrature suprême. Ces pratiques, selon le HCDH, nourrissent la défiance et privent certains citoyens de leur droit de vote.

« L’égalité d’accès à la participation aux processus électoraux pour tous les Camerounais est absolument essentielle. Toute mesure susceptible de priver certaines parties de la société camerounaise de leurs droits devrait faire l’objet d’une attention immédiate », a insisté le haut-commissaire.

Ce constat fait écho à une histoire électorale contestée. En 2018, Paul Biya a réélu avec plus de 71 % des voix, mais l’opposition, notamment Maurice Kamto, a rejeté les résultats et revendiqué la victoire. Les forces de sécurité ont réprimé les manifestations dans la rue et emprisonné plusieurs leaders de l’opposition. Depuis l’instauration du multipartisme en 1990, l’opposition n’a reconnu aucun scrutin présidentiel comme pleinement transparent.

Un climat explosif

À la défiance institutionnelle s’ajoute un environnement sécuritaire délétère, qui mine davantage la perspective d’un scrutin apaisé. Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la guerre séparatiste se poursuit depuis 2017. Les affrontements entre forces gouvernementales et groupes armés ont déjà fait plus de 6 000 morts et provoqué le déplacement de près de 800 000 personnes, selon les organisations humanitaires. Dans ces zones, les autorités ferment les écoles, les groupes armés perturbent systématiquement les meetings politiques, et l’État perd le contrôle de larges portions du territoire. Organiser une campagne électorale y relève de la gageure.

À l’Extrême-Nord, la menace de Boko Haram et de sa faction affiliée à l’État islamique continue de peser lourdement. Attaques de villages, enlèvements, attentats suicides : la population vit dans une insécurité chronique. Rien qu’en 2024, plusieurs dizaines de civils et de militaires ont encore péri dans des assauts attribués aux jihadistes. Cette insécurité permanente sert d’argument au régime pour justifier un quadrillage militaire du territoire, souvent accompagné de restrictions des libertés publiques.

Sur le plan politique, la situation n’est pas plus rassurante. Les institutions chargées de garantir la régularité du scrutin, le Conseil constitutionnel et Elecam, apparaissent plus fragilisées que jamais. Depuis leur création, le pouvoir exécutif inféode ces institutions : le président Paul Biya ou son entourage nomment directement leurs membres, alimentant un soupçon d’allégeance.

Test de légitimité

À l’approche du scrutin, deux options s’offrent aux autorités. Soit elle choisit d’ouvrir le jeu, en desserrant l’étau sur les opposants, en garantissant les libertés publiques et en rassurant une population désabusée. Soit elle maintient la stratégie du verrouillage, au risque de provoquer une nouvelle crise de confiance et un rejet massif des résultats.

Pour Volker Türk, l’enjeu dépasse la simple organisation d’un vote : « Les élections ne sont pas seulement une question de procédure, elles sont aussi une question de confiance. » Or, les Camerounais ont déjà perdu confiance. L’ONU met Yaoundé face à ses responsabilités : le gouvernement doit engager un sursaut démocratique ou s’exposer à une contestation nationale et internationale renforçant la remise en cause de la légitimité du scrutin du 12 octobre.

Tilmidja Malam

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