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Au Cameroun, la vice-présidence rebat les cartes du pouvoir

Le Cameroun introduit un poste de vice-président pour encadrer la succession au sommet de l’État. Présentée comme un outil de stabilité, la réforme adoptée le 4 avril 2026 divise la classe politique et alimente les interrogations sur l’évolution du modèle de gouvernance au pays de Paul Biya.

Le président Paul Biya. ©DR

Le Parlement camerounais, réuni en Congrès, a validé le 4 avril 2026 une révision constitutionnelle d’ampleur. Le texte modifie plusieurs dispositions de la loi fondamentale et crée un poste de vice-président de la République. L’objectif affiché consiste à sécuriser la continuité de l’État dans un contexte marqué par la longévité au pouvoir de Paul Biya, en fonction depuis 1982. Jusqu’ici, l’intérim revenait au président du Sénat en cas de vacance. Le nouveau dispositif opère un basculement. Le vice-président, nommé par le chef de l’État, pourra désormais achever le mandat en cours en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif. Il pourra ensuite désigner à son tour un adjoint. Le texte encadre également le statut de cette fonction. Le vice-président exerce des attributions déléguées, reste soumis aux règles d’incompatibilité applicables au chef de l’État et relève de la Haute Cour de justice. Il doit aussi déclarer ses biens et avoirs.

Argument de stabilité, légitimité contestée

Le gouvernement défend une réforme fonctionnelle. Le ministre de la Justice, Laurent Esso, porteur du projet de loi devant le Parlement, insiste sur la nécessité de garantir le bon fonctionnement de l’État au sommet. Il explique que le chef de l’État « cherche aujourd’hui à résoudre un problème de fonctionnalité » et rappelle que cette responsabilité s’inscrit dans une logique d’efficacité institutionnelle. Les partisans du texte avancent des arguments proches des standards observés dans plusieurs systèmes présidentiels. Ils évoquent la continuité de l’action publique, la réduction des incertitudes en cas de vacance et l’économie d’élections anticipées coûteuses. Dans un environnement régional marqué par des tensions sécuritaires et politiques, cette stabilité devient un actif stratégique.

La controverse se cristallise sur le mode de désignation. Au Cameroun, le vice-président ne sera pas élu mais nommé et révocable à la discrétion du chef de l’État. Cette disposition ouvre la voie à une accession au pouvoir sans passage par les urnes, ce qui alimente les critiques sur une possible dérive présidentialiste. Le sénateur du RDPC (au pouvoir), René Ze Nguele met en doute la solidité institutionnelle du dispositif. Il juge la réforme précipitée et avertit qu’un vice-président appelé à succéder « ne peut être taillable et corvéable à merci ». Il souligne le risque d’une fonction instable, dépendante du seul pouvoir de nomination et de révocation.

Des fractures politiques assumées

Dans l’opposition, le ton se durcit. Arrivé deuxième lors de la présidentielle du 12 octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary, dénonce des « manœuvres inconstitutionnelles, la violation des principes démocratiques et la dérive monarchique du pouvoir à travers la nomination d’un vice-président. Non aux forfaitures ! » Dans le même sens, l’opposant Maurice Kamto – lui aussi arrivé deuxième en 2018 – une « capture institutionnelle du pouvoir » et estime que la réforme aurait dû être soumise à référendum. Il annonce une campagne de pétition pour mobiliser l’opinion publique et contester la légitimité du dispositif.

Entre soutien prudent et critique interne, la majorité elle-même laisse apparaître des nuances. René Ze Nguele insiste sur la nécessité de définir clairement les attributions et de garantir une stabilité réelle à la fonction. Il alerte sur le risque de vider les institutions existantes de leur substance si les équilibres ne sont pas respectés. À l’inverse, le député du Parti camerounais pour la Réconciliation nationale, Cabral Libii, qui semble s’être rapproché du pouvoir de Yaoundé, adopte une posture plus stratégique. Il appelle à investir le terrain électoral en 2027 pour modifier ou améliorer la loi, rappelant que l’Assemblée nationale reste « la clé de voûte institutionnelle » du pays.

La nouvelle loi fondamentale, qui attend promulgation du président Paul Biya, laisse une zone grise. Elle autorise la nomination d’un vice-président sans en fixer le calendrier. Le chef de l’État « peut » être assisté d’un vice-président, sans obligation. Cette latitude entretient le doute sur l’usage réel de la réforme. Sur le plan international, cette évolution place le Cameroun dans une zone d’observation. Entre recherche de stabilité et concentration du pouvoir, la réforme s’inscrit dans un débat plus large sur les trajectoires institutionnelles en Afrique.

Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé

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