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Affaire de la suspension du Cameroun de l’UA, les explications de Yaoundé

Le Cameroun n’était pas à jour de ses contributions et exposé à des « sanctions préventives », reconnait le ministre des Finances dans une correspondance adressée à son homologue des Relations extérieures. Ce dernier a démenti toute sanction dans un communiqué publié le 17 décembre.

Immeuble siège du ministère des Relations extérieures à Yaoundé. ©diplocam.cm

Après la révélation exclusive par Les Faits D’Ici des arriérés de paiement des contributions du Cameroun à l’Union africaine, deux ministres camerounais ont fait le point, ce 17 décembre 2025. D’abord une correspondance du ministre des Finances (MINFI) adressée à son homologue des Relations extérieures. Plus tard en soirée, un communiqué de ce dernier lu à la radio nationale. Dans ce texte, le ministre camerounais des Relations extérieures (MINREX), Lejeune Mbella Mbella, rappelle d’emblée les faits. D’un ton ferme, le chef de la diplomatie camerounaise a démenti toute sanction visant le pays, après la publication de notre article révélant que Yaoundé a perdu son droit de parole au sein de l’organisation continentale.

Selon le MINREX, « la République du Cameroun ne fait l’objet d’aucune sanction au sein de l’Union africaine », et le pays a effectivement exercé la présidence tournante du Conseil de paix et de sécurité (CPS) au cours du mois de novembre 2025. Le communiqué souligne également l’agenda traité sous mandat camerounais : changements anticonstitutionnels à Madagascar, enlèvements d’écoliers au Nigeria, attaques terroristes dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Cette communication officielle vise à rassurer, mais elle n’éteint pas totalement les interrogations soulevées par les faits administratifs documentés.

Une situation ambiguë

Selon le ministre délégué auprès du ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, qui a adressé une lettre au MINREX, des correspondances internes de l’Union africaine, notamment celle datée du 13 octobre 2025, indiquent qu’au 8 octobre 2025, le Cameroun affichait un solde impayé de 2 803 988,75 dollars américains au titre de sa contribution 2025. « Conformément à une décision du Conseil exécutif de l’Union africaine de juillet 2025, cette situation exposait temporairement notre pays à des sanctions dites préventives », rappelle le ministre.

Le 10 novembre 2025, le ministère des Finances camerounais, via la Direction générale du Trésor, a procédé à l’émission de deux ordres de transfert pour un montant cumulé de 1 052 862 664 FCFA (environ 1 848 348,84 dollars). « Ces paiements ont entraîné la levée immédiate des mesures préventives, comme confirmé par une correspondance ultérieure de l’Union africaine ». Le solde résiduel de la contribution camerounaise a alors été ramené à 955 639,91 dollars, « sans aucune sanction associée ». À partir de ce moment, la situation est redevenue strictement normale sur le plan institutionnel.

Toutefois, nos sources internes à l’UA sont formelles : le Cameroun avait bien été temporairement suspendu de parole, ce qui a eu des conséquences concrètes à Addis-Abeba : diplomates privés d’intervention formelle et incapacité d’assumer pleinement certaines responsabilités protocolaires. Bien que non politique, cette suspension constitue une sanction administrative, prévue par les textes.

Ce que disent les textes de l’Union africaine

Entre le 8 octobre et le 10 novembre 2025, le Cameroun s’est trouvé dans une zone grise : État membre à part entière, mais temporairement restreint dans l’exercice de certains droits, du fait d’un retard de paiement. Sur le plan juridique, le communiqué ministériel est exact sur un point : le Cameroun n’a jamais été suspendu de l’UA au sens politique ou institutionnel. Aucune décision de l’Assemblée des chefs d’État n’a prononcé une suspension formelle, et le statut d’État membre n’a jamais été remis en cause.

Toutefois, le droit de l’UA distingue clairement la suspension politique d’un État et les sanctions financières administratives, prévues par les Règles financières révisées, rappelée dans la correspondance du MINFI. Ces dernières sont automatiques, temporaires et réversibles, et peuvent inclure la suspension de parole, indépendamment d’une décision politique. C’est précisément dans ce champ administratif que se situe le cœur du malaise. Le Cameroun n’est d’ailleurs pas le seul pays concerné.

Le mécanisme de pression de l’UA envers ses États est clair : après six mois de retard, l’Union considère l’État en défaut et lui retire notamment le droit de prendre la parole lors des réunions. Au bout d’un an, elle applique des sanctions intermédiaires — suspension de participation aux bureaux d’organes, interdiction d’héberger des institutions, exclusion de ressortissants dans certaines missions. Après deux ans, des sanctions plus lourdes peuvent être imposées, allant jusqu’à une suspension étendue.

Par Jean Daniel MVONDO

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