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Sénégal : Ahmadou Lo à la Primature, pour exécuter le projet Pastef ?

La nomination d’Ahmadou Al Aminou Lo au poste de Premier ministre du Sénégal apparaît déjà comme un signal politique fort envoyé par le président Bassirou Diomaye Faye. Derrière ce choix d’un technocrate expérimenté, le pouvoir sénégalais cherche surtout à affirmer la continuité du projet politique porté par PASTEF depuis l’alternance de 2024.

Ahmadou Al Aminou Lô, Premier ministre du Sénégal, le 25 mai 2026. ©Présidence de la République

Dans sa première déclaration officielle, peu après sa nomination ce lundi 25 mai 2026, Ahmadou Al Aminou Lo, Premier ministre du Sénégal, a lui-même tenu à dissiper toute idée de rupture avec la politique du président Bassirou Diomaye Faye. « Il ne s’agit point d’un changement de cap dans les engagements de transformation systémique du Sénégal », a-t-il affirmé. D’emblée, Ahmadou Lo s’est donc attaché à inscrire sa nomination dans une logique de continuité politique plutôt que de transition. Tout au long de son allocution, il a multiplié les références à la continuité politique et idéologique du projet arrivé au pouvoir en 2024. Le nouveau Premier ministre a rappelé que son action s’inscrira dans « la fidélité aux engagements du projet impulsés par tous ceux qui se sont mobilisés autour du programme Diomaye Président avec comme socle le PASTEF ».

Cette déclaration est loin d’être anodine. Alors que le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, le 22 mai, alimente les spéculations sur une éventuelle recomposition du pouvoir, Ahmadou Lo insiste au contraire sur la permanence de la ligne politique définie depuis l’alternance. Dans cette volonté de continuité assumée, le nouveau chef du gouvernement a évoqué « les devoirs de mémoire vis-à-vis de tous ceux qui se sont sacrifiés, dont certains au péril de leur vie, pour les alternances démocratiques au Sénégal, et plus récemment celle de 2024 ».

Un technocrate pour exécuter l’Agenda 2050

Si la ligne politique demeure inchangée, le nouveau Premier ministre semble désormais vouloir mettre l’accent sur l’efficacité gouvernementale et l’exécution des réformes. Ahmadou Lo a rappelé que « toutes les orientations de politique publique obéissent à un seul référentiel, l’Agenda Sénégal 2050 », présenté comme la boussole stratégique du régime. Avant sa nomination à la Primature, il occupait déjà le poste de ministre d’État chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de cet agenda national de transformation. Sa promotion apparaît donc comme la volonté de placer un homme du sérail au cœur de la mise en œuvre opérationnelle des réformes.

Dans cette perspective, le nouveau chef du gouvernement a insisté sur « l’exigence d’avoir un impact » dans l’action publique. Selon lui, les priorités restent claires : « résoudre les difficultés des Sénégalais », renforcer la gouvernance et consolider « la souveraineté économique, géostratégique et culturelle ». Mais au-delà des ambitions affichées, Ahmadou Lo a également dressé un constat lucide des difficultés auxquelles le Sénégal est confronté. « Nous devons tous être conscients du contexte d’urgence dans lequel se trouve notre pays », a-t-il déclaré, évoquant « la situation des finances publiques », les répercussions de « la crise du Moyen-Orient sur les prix des produits énergétiques » ainsi que « les tensions récurrentes sur le front social ».

À travers cette sortie, le pouvoir sénégalais semble vouloir ouvrir une phase davantage centrée sur les résultats économiques et la stabilisation financière. Le profil d’Ahmadou Lo, ancien haut cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, spécialiste des questions monétaires et financières, apparaît ainsi comme un choix destiné à rassurer aussi bien les partenaires internationaux que les investisseurs.

Rassurer sans renoncer à la souveraineté

Dans son allocution, Ahmadou Lo a aussi cherché à rassurer les partenaires économiques du Sénégal. « Le Sénégal est un pays sûr et fiable et entend le rester », a-t-il déclaré à l’endroit du secteur privé, des investisseurs étrangers et des partenaires techniques et financiers. Toutefois, cette volonté de rassurer ne signifie pas, selon lui, un abandon des ambitions souverainistes du projet porté par le pouvoir actuel. Le nouveau Premier ministre réaffirme au contraire la volonté de poursuivre la transformation structurelle du pays tout en préservant la stabilité institutionnelle.

En confiant la Primature à Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo, le président Bassirou Diomaye Faye semble ainsi faire le choix de la continuité politique avec PASTEF, tout en ouvrant une nouvelle phase davantage orientée vers l’exécution, la rigueur administrative et les résultats économiques.

Quelques heures après la nomination du nouveau Premier ministre, la coalition « Diomaye Président » a publié un communiqué de soutien qui s’inscrit dans la même dynamique politique. La coalition salue « l’expertise avérée dans les arcanes économiques de l’État » d’Ahmadou Lo, qu’elle considère comme « un atout majeur dans la conduite des politiques publiques et des réformes structurelles engagées au service de la Nation ».

Qui est Ahmadou Al Aminou Lo ?

Le nouveau Premier ministre du Sénégal est l’un des principaux technocrates de la nouvelle gouvernance portée par le président Bassirou Diomaye Faye. Économiste de formation, spécialiste des questions monétaires, financières et de la finance islamique, il occupait jusqu’ici les fonctions de ministre d’État chargé du suivi et du pilotage de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Formé au Prytanée militaire de Saint-Louis, où il obtient en 1985 un baccalauréat scientifique avec mention Bien comme major de promotion, Ahmadou Al Aminou Lo poursuit ensuite des études en sciences économiques à l’Université Cheikh Anta Diop. Il complète également sa formation bancaire à Dakar avant de décrocher, en 2023, un Master en finance islamique en Malaisie.

L’essentiel de sa carrière se déroule à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qu’il intègre en 1987. Il y gravit progressivement les échelons jusqu’à devenir directeur national pour le Sénégal, puis secrétaire général de l’institution en 2024. Au fil des années, il accompagne l’État sénégalais dans ses émissions d’eurobonds, les discussions avec le Fonds monétaire international ainsi que plusieurs projets liés à la finance islamique et aux investissements pétroliers et gaziers. Appelé au gouvernement dès avril 2024, il devient rapidement l’un des hommes clés de la mise en œuvre du projet de transformation porté par le pouvoir sénégalais.

Par Pape MADIAKHATE, à Dakar

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