Chargement en cours
Publicité

Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale du Sénégal ?

Trois jours à peine après son éviction de la Primature, Ousmane Sonko apparaît déjà comme le grand favori pour accéder à la présidence de l’Assemblée nationale. L’ancien chef du gouvernement doit être réintégré au Parlement lors d’une séance plénière prévue le 26 mai, une étape institutionnelle qui devrait précéder, dans la foulée, son élection à la tête de l’hémicycle le même jour.

Ousmane Sonko, à l’Assemblée nationale du Sénégal, le 27 décembre 2024. ©DR

L’annonce est tombée ce 24 mai 2026 comme un véritable séisme politique au Sénégal. « Après une profonde réflexion, mûrie dans le silence, la responsabilité et le sens de l’État, j’ai décidé de démissionner de mes fonctions de président de l’Assemblée nationale du Sénégal », écrit El Malick Ndiaye dans une déclaration sur Facebook ce dimanche. Mais à peine cette annonce digérée, un second acte est venu accélérer toutes les spéculations. Un document officiel, largement relayé, est tombé comme un autre couperet politique. Signée par le premier vice-président de l’Assemblée nationale, le Dr Ismaïla Diallo, la convocation des députés annonce une séance plénière prévue le mardi 26 mai 2026 à 9 heures. Deux points majeurs figurent à l’ordre du jour : la « réintégration du député Ousmane Sonko » et « l’élection du nouveau président de l’Assemblée nationale ».

Après le départ d’El Malick Ndiaye du perchoir, Ousmane Sonko pourrait rapidement rebondir à la tête de l’institution parlementaire sénégalaise. Une hypothèse qui traduirait l’ampleur des recompositions politiques actuellement à l’œuvre au sommet de l’État sénégalais. La chronologie des événements nourrit en effet l’idée d’une arrivée imminente du leader du Pastef à la présidence de l’Assemblée nationale. Entre démission surprise, réintégration parlementaire et organisation précipitée d’une nouvelle élection, tous les signaux semblent converger vers un même scénario politique.

Le perchoir, un repositionnement stratégique pour Sonko

Cette convocation intervient dans un contexte de crise politique ouverte entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre. Limogé du gouvernement, Ousmane Sonko conserve toutefois une influence politique considérable au sein de la majorité parlementaire dominée par Pastef. Avec près de 130 députés sur 165, le parti au pouvoir dispose d’une majorité suffisamment confortable pour faire élire son candidat sans difficulté majeure.

Pour Ousmane Sonko, une accession à la présidence de l’Assemblée nationale représenterait moins un retrait du premier plan qu’un repositionnement politique et institutionnel particulièrement stratégique. Deuxième personnalité de l’État dans l’ordre protocolaire sénégalais, le président de l’Assemblée nationale dispose d’un pouvoir d’influence considérable sur la vie politique du pays. À travers cette fonction, le leader de Pastef conserverait une capacité directe d’orientation de l’agenda législatif, de pilotage de la majorité parlementaire et de contrôle du rythme des grandes réformes engagées depuis l’arrivée du nouveau pouvoir.

Une telle évolution permettrait également à Ousmane Sonko de demeurer au centre du jeu politique sénégalais malgré son départ de la Primature. Le perchoir offrirait en effet une tribune institutionnelle forte, capable de renforcer son poids politique aussi bien au sein de la coalition présidentielle qu’auprès de l’opinion publique.

Au-delà de la dimension symbolique, cette hypothèse pourrait profondément redessiner l’équilibre des pouvoirs au Sénégal. Un Ousmane Sonko installé à la tête du Parlement ferait face au président Bassirou Diomaye Faye dans une configuration inédite, où les deux figures majeures du projet Pastef exerceraient simultanément des responsabilités stratégiques depuis deux centres institutionnels distincts. À ce stade toutefois, aucune candidature officielle n’a encore été annoncée. Mais au regard du contexte politique actuel et de la convocation des députés, l’hypothèse n’a jamais semblé aussi crédible.

Le limogeage qui a tout accéléré

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin, ce vendredi 22 mai 2026, aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, actant une rupture politique majeure au sommet de l’État sénégalais. Ce limogeage entraîne de facto la dissolution du gouvernement dirigé par le leader du Pastef et marque la fin officielle d’un tandem politique qui avait profondément bouleversé le paysage sénégalais. Quelques heures après son éviction, Ousmane Sonko a réagi sur sa page Facebook avec une publication brève et énigmatique : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui. » Un message interprété comme une réaction mêlant soulagement, ironie et défi politique. La référence à Keur Gorgui, quartier dakarois associé à son fief politique et à ses années d’opposition, apparaît comme un symbole fort de son retour à une posture plus indépendante.

Arrivés au pouvoir en 2024 sous le slogan devenu célèbre « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye » (« Diomaye, c’est Sonko, et Sonko, c’est Diomaye »), les deux hommes avaient incarné une alliance politique jugée indissociable. Empêché de se présenter à la présidentielle, Ousmane Sonko avait porté la candidature de Bassirou Diomaye Faye face au camp du président sortant Macky Sall. Leur victoire avait symbolisé l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération politique, portée par un discours souverainiste, panafricaniste et de rupture avec les élites traditionnelles. Mais près de deux ans après leur accession au pouvoir, les tensions entre les deux dirigeants se sont progressivement installées au grand jour.

L’exercice du pouvoir a révélé des désaccords croissants entre le président sénégalais et son Premier ministre, pourtant considéré comme la figure centrale du Pastef. Ces dernières semaines, Ousmane Sonko avait publiquement reconnu l’existence de divergences avec le chef de l’État sur certains choix politiques et stratégiques.

Par Pape MADIAKHATE, à Dakar

Laisser un commentaire