RDC : Tshisekedi annonce le «dialogue», un «monologue» selon l’opposition
Le 28 août 2026, un jour après l’allocution dans laquelle le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi a officiellement lancé le « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », la classe politique congolaise reste divisée sur la portée réelle de l’exercice. La coalition C64 rejette par exemple le format retenu. Analyse.

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, avait lui-même donné un aperçu du message à la Nation qu’il devait prononcer, tant celui-ci était attendu. Le 27 août 2026 donc, au Palais de la Nation, le chef de l’Etat a fixé la ligne de partage qui déterminera qui aura droit de cité au « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Pour lui, nul ne sera écarté pour ses opinions, son origine ou sa religion, mais aucune place ne sera réservée à quiconque continue de porter les armes contre l’État. Félix Tshisekedi a résumé ce principe d’une formule tranchée : on ne peut, selon lui, « s’asseoir à la table de la Nation » tout en combattant contre elle.
Ce critère exclut de fait l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) des « composantes politiques » admises au dialogue, le mouvement rebelle restant renvoyé au processus de Doha pour tout ce qui touche à la cessation des hostilités et au désarmement. Le chef de l’État a toutefois laissé une porte entrouverte : les combattants qui renonceraient individuellement et de manière vérifiable à la lutte armée pourraient réintégrer la communauté nationale via les mécanismes de désarmement, démobilisation et réinsertion — à l’exclusion de toute amnistie pour les crimes les plus graves.
Le président Tshisekedi a également dans son discours écarté toute remise en cause de l’ordre constitutionnel : les institutions actuelles resteront en place jusqu’au terme de leur mandat, et le dialogue ne servira ni à modifier la Constitution ni à décider d’un référendum.
Un «non catégorique» pour la coalition C64 claque la porte
C’est justement sur la définition de l’inclusivité que le clivage est le plus net. Dans un communiqué le 28 août 2026, les leaders de la coalition article 64 (C64) qui réunit notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, ont rejeté en bloc le format retenu. En lisant une déclaration commune, le porte-parole Martin Fayulu a fait savoir que sa coalition oppose « un non catégorique » au processus, jugeant qu’il ne s’agit là que de simples consultations populaires. « Le peuple congolais n’est pas dupe. Ces énièmes consultations de Félix Tshisekedi ne répondent ni à l’urgence de la guerre, ni à l’insécurité, ni aux crises sanitaires, ni à la détresse sociale des Congolais », estiment ces opposants.
La Coalition C64 voit plutôt derrière cette initiative de Félix Tshisekedi « la poursuite de ses manœuvres en vue de changement de la constitution et ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi ainsi qu’à la balkanisation de notre pays. La C64 dit non ». Quelques jours plus tôt Marin Faulu avait prévenu : « Félix Tshisekedi me verra sur sa route s’il change la Constitution. » L’opposant avait par ailleurs plaidé, avant même le discours, pour que l’ancien président Joseph Kabila et le coordonnateur de l’AFC/M23 Corneille Nangaa puissent venir exposer les raisons de la crise — une demande que le format présidentiel écarte de facto.
Du côté du parti de Joseph Kabila, le ton est tout aussi sévère. Pour Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, l’exercice annoncé n’a de dialogue que le nom : il n’y voit qu’un « monologue » réservé à ceux qui viendront applaudir le pouvoir, plutôt qu’un espace de réelle inclusion de tous les Congolais.
Une contradiction pointée par les spécialistes
La coexistence d’un dialogue national excluant l’AFC/M23 et d’un processus de Doha où Kinshasa continue de négocier avec ce même mouvement interroge jusque dans le monde académique. Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’université de Liège, interrogé par DW, qualifie la décision présidentielle de « contradictoire », dans la mesure où les autorités congolaises poursuivent en parallèle les discussions avec les rebelles au Qatar.
Cette lecture est fermement contestée par la majorité présidentielle. L’ancien ministre de la Communication Lambert Mende Omalanga, aujourd’hui député national et coordonnateur de la Convention des Congolais unis, estime au contraire que le président n’a fermé aucune porte à ceux qui se sont, dit-il, « fourvoyés » les armes à la main : il leur laisse la possibilité de rompre avec l’agresseur « et de revenir à la maison », plaide-t-il.
Sur le terrain, les avis recueillis par plusieurs médias traduisent le même embarras face à l’exclusion du M23 : nombre d’habitants de l’Est du pays, directement concernés par le conflit, jugent illogique de vouloir traiter les racines de la crise sans associer ceux qui la nourrissent depuis le front.
Une architecture encore incomplète
L’allocution du 27 août 2026 fixe le squelette du processus — consultations provinciales, document de synthèse, assises nationales à Kinshasa, adoption d’un « Pacte national » dans un délai de trois mois — sans en préciser tous les rouages. La composition du futur Comité d’organisation, celle de la Commission préparatoire, le calendrier exact des consultations et le contenu des mesures de décrispation restent à définir dans les prochaines semaines.
De cette phase de mise en œuvre dépendra sans doute la capacité du pouvoir à rallier une opposition aujourd’hui partagée entre scepticisme et rejet pur et simple — et à convaincre qu’après la Conférence nationale souveraine et le Dialogue intercongolais de Sun City, ce nouveau round de concertations produira, cette fois, des engagements suivis d’effets.
Par Inès KABASELE TSHIELA, à Kinshasa




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