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Pourquoi Londres ferme ses portes aux étudiants camerounais et soudanais 

La suspension de visas, le 3 mars dernier par le Royaume-Uni, aux étudiants en provenance du Cameroun et du Soudan, rebat les cartes de la mobilité académique africaine. Derrière l’argument des « abus », c’est un changement de régime qui affecte les trajectoires éducatives vers Londres.

L’entrée de l’Université de Yaoundé II, au Cameroun. ©Page Facebook

Le gouvernement britannique a tranché. À compter du 26 mars, il cessera d’accorder des visas d’étude aux ressortissants d’Afghanistan, du Cameroun, de Birmanie et du Soudan. Les visas de travailleur qualifié pour les Afghans sont également suspendus. La décision a été annoncée le 3 mars par le Home Office. « Notre système de visas ne doit pas faire l’objet d’abus. C’est pourquoi je prends la décision sans précédent de refuser les visas aux ressortissants qui cherchent à exploiter notre générosité », a déclaré la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood dans un communiqué officiel.

Londres justifie sa mesure par une explosion des demandes d’asile émanant de personnes entrées légalement sur le territoire. Selon le ministère, ces demandes « ont plus que triplé depuis 2021 ». Pour les seuls étudiants originaires des quatre pays visés, les requêtes ont bondi de 470 % entre 2021 et 2025. Entre septembre 2024 et septembre 2025, les autorités ont accordé 2 900 visas d’étude à des ressortissants de ces nationalités. Sur la même période, les titulaires de ces visas ont déposé 1 210 demandes d’asile.

Pour les étudiants camerounais et soudanais, cette décision équivaut à une fermeture brutale d’un débouché académique majeur. Le Royaume-Uni fait partie des destinations privilégiées pour les formations en finance, ingénierie, santé ou droit.

Un contexte budgétaire tendu

Cette annonce intervient alors que le gouvernement travailliste dirigé par Keir Starmer s’est engagé à réduire l’immigration légale et illégale. La pression politique est alimentée par la progression dans les sondages du parti anti-immigration Reform UK. Les demandes d’asile ont atteint un niveau record en 2024 avec 108 138 dossiers enregistrés, avant de reculer légèrement à 100 625 en 2025. Le ministère met en avant le coût budgétaire du dispositif. Le soutien financier aux demandeurs d’asile, dont 16 000 personnes issues des quatre pays ciblés, représente « plus de 4 milliards de livres » par an pour le contribuable britannique. « Une action drastique est nécessaire », insiste le Home Office.

Depuis 2021, le Royaume-Uni a accueilli plus de 37 000 Afghans via ses dispositifs de réinstallation et délivré 190 000 visas humanitaires en 2025. La suspension des visas dépasse donc la seule question migratoire : elle affecte accords de mobilité, programmes de doubles diplômes et bourses liées au Commonwealth. Les universités africaines entretenaient des partenariats structurants avec leurs homologues britanniques. En restreignant l’accès aux visas étudiants, Londres modifie l’équilibre d’un marché mondial de l’enseignement supérieur devenu hautement concurrentiel.

Par ailleurs, cette mesure répond à une logique diplomatique : en novembre 2025, le Royaume-Uni a menacé de suspendre les visas pour l’Angola, la Namibie et la RDC afin d’obtenir leur coopération sur les expulsions ; quatre mois plus tard, les autorités britanniques ont organisé des vols de retour pour des migrants en situation irrégulière et des criminels étrangers.

Réorientation des trajectoires académiques

Le Canada, la Turquie, la Russie ou certains pays du Golfe pourraient capter une partie des flux. Ces États ont déjà renforcé leurs politiques d’attractivité académique. La décision britannique agit comme un choc exogène dans un système de mobilité déjà fragilisé par le durcissement des politiques migratoires occidentales. Le gouvernement britannique poursuit par ailleurs une réforme plus large de son droit d’asile. Depuis peu, le statut de réfugié est accordé pour trente mois renouvelables, contre cinq ans auparavant. Les réfugiés devront attendre vingt ans avant de pouvoir prétendre à un permis de résidence permanente, sous réserve du vote de certaines dispositions au Parlement. Londres affirme vouloir ouvrir davantage de voies légales d’accès à l’asile, sans en préciser les contours.

Ce n’est pas la première utilisation de l’outil migratoire comme instrument de négociation. En novembre 2025, le Royaume-Uni avait menacé de suspendre les visas pour les ressortissants d’Angola, de Namibie et de République démocratique du Congo afin d’obtenir leur coopération sur les expulsions. « Quatre mois plus tard, nous avons mis en place une coopération avec ces trois pays. Des vols décollent et nous renvoyons des migrants illégaux ainsi que des criminels étrangers », se félicite le Home Office.

La suspension des visas étudiants pour les Camerounais et les Soudanais s’inscrit dans cette logique. Au-delà de la gestion des flux migratoires, elle redessine les routes de formation des élites africaines. Le Royaume-Uni, longtemps pôle d’attraction académique majeur sur le continent, pourrait voir son influence se contracter à mesure que d’autres puissances éducatives occupent l’espace laissé vacant.

Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé

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