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Pourquoi 8 Burkinabè sur 10 se soignent par la médecine traditionnelle

Premier recours de soins pour plus de 80 % des Burkinabè, la médecine traditionnelle franchit de nouvelles étapes : reconnaissance légale, encadrement scientifique, formation des acteurs, valorisation du patrimoine végétal. Ces avancées sont au cœur de la 14ᵉ Semaine nationale de la médecine traditionnelle et alternative, couplée à la 24ᵉ Journée africaine de la médecine traditionnelle, du 31 août au 5 septembre 2026 à Manga.

Des médicaments traditionnels exposés. ©DR

C’est par une plantation d’arbres que s’est ouvert, ce mardi 1er septembre 2026, le mois de rentrée pour la médecine traditionnelle au Burkina Faso. À Guiba, dans la commune de Manga, le bosquet à plantes médicinales du Zoundwéogo a accueilli une nouvelle campagne de mise en terre, en marge de la Semaine nationale de la médecine traditionnelle et alternative. Tamarinier et moringa, deux espèces à fort potentiel thérapeutique, ont rejoint le couvert végétal du site, dont dépend directement l’approvisionnement en matière première des tradipraticiens.

Pour le haut-commissaire de la province du Zoundwéogo, Julien Ouédraogo, la disponibilité durable des plantes conditionne la pérennité même de la pratique traditionnelle. « Médecine traditionnelle rime avec arbre », a-t-il résumé, appelant à une gestion responsable des ressources végétales.

Ce site n’est pas anodin : il avait été inauguré le 14 juin 2025 par le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, qui y avait lui-même planté un tamarinier. Un an plus tard, le bosquet a été distingué comme le meilleur bosquet régional de l’année 2026, consécration d’un travail continu de préservation et de valorisation. Chaque nouvelle plantation s’inscrit dans une logique de renouvellement durable d’une ressource jugée essentielle pour la santé de demain.

Un pilier historique du système de santé

Au Burkina Faso, la médecine traditionnelle n’est pas un phénomène marginal : elle constitue, selon les autorités sanitaires, le premier recours en soins pour une large majorité de la population. Plus de 80 % des Burkinabè y font régulièrement appel pour traiter diverses pathologies, un chiffre confirmé aussi bien par le ministère de la Santé que par les représentants de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans la région africaine.

Cette réalité sociale trouve un ancrage juridique ancien : le code de santé publique reconnaît officiellement la médecine traditionnelle depuis 1994. Depuis, l’État a progressivement structuré ce secteur, notamment en créant, en 2003, une direction dédiée — aujourd’hui la Direction de la médecine traditionnelle et alternative — chargée de l’institutionnaliser, de la réglementer et de l’accompagner.

L’un des chantiers majeurs de ces dernières années concerne la reconnaissance officielle des praticiens. Le ministère de la Santé tient un registre des tradipraticiens autorisés, avec leurs coordonnées et les pathologies qu’ils sont habilités à traiter — au maximum trois par praticien. En 2024, les autorités reconnaissaient déjà plus de 350 tradipraticiens, une liste appelée à s’élargir à mesure que les procédures d’autorisation se généralisent.

Plus de 18 médicaments homologués

Le contrôle ne s’arrête pas à la reconnaissance des praticiens : il s’étend aussi aux produits. Les autorités classent les médicaments traditionnels en quatre catégories selon leur mode de préparation. Pour ceux préparés à l’avance, en l’absence du patient, les fabricants doivent obtenir une autorisation de mise sur le marché que délivre l’Agence nationale de régulation pharmaceutique, au même titre que pour tout autre médicament.

La directrice de la médecine traditionnelle et alternative, Dr Mariam Bagagnan, a annoncé, ce mardi 1er septembre, que le Burkina Faso homologue désormais « plus de 18 médicaments traditionnels », à l’occasion de la 14ᵉ Semaine nationale de la médecine traditionnelle et alternative, couplée à la 24ᵉ Journée africaine de la médecine traditionnelle, du 31 août au 5 septembre 2026.

Pour elle, cette exigence reflète le poids du secteur : avec plus de 80 % de la population qui y recourt, les autorités misent sur l’autorisation d’exercer, l’homologation des produits et l’évaluation de leur efficacité et de leur innocuité pour protéger les usagers. Ce chiffre de dix-huit médicaments homologués traduit la montée en puissance progressive de cette régulation.

Fiabilisation des données

Pour aller plus loin dans la sécurisation du secteur, le ministère mise depuis peu sur le renforcement des compétences des agents de santé chargés d’instruire les demandes d’autorisation d’exercer. Du 31 août au 1er septembre 2026, une cinquantaine d’infirmiers chefs de poste et de pharmaciens de la région du Nazinon ont ainsi suivi une formation sur la conduite de l’enquête sur l’évidence ethnomédicale, un exercice qui vise à documenter l’efficacité des remèdes traditionnels déclarés par les praticiens.

Pour le pharmacien Moussa Konaté, formateur à la Direction régionale de la santé du Nazinon, cette formation permet aux acteurs impliqués d’acquérir les compétences nécessaires pour produire un document de qualité. La démarche répond à des insuffisances constatées dans certains rapports transmis par le passé : en harmonisant les pratiques de collecte de données, les autorités espèrent produire des dossiers plus fiables, condition indispensable pour apprécier objectivement la valeur thérapeutique des remèdes et protéger les patients.

Une vitrine pour la médecine traditionnelle

Du 31 août au 5 septembre 2026, la localité de Manga accueille la 14ᵉ Semaine nationale de la médecine traditionnelle et alternative (SNMTA), couplée à la 24ᵉ Journée africaine de la médecine traditionnelle (JAMT). La cérémonie d’ouverture, présidée par la gouverneure de la région du Nazinon, Massadolo Yvette Nacoulma, a réuni des autorités administratives, coutumières et religieuses, des praticiens et des professionnels de santé.

Dans son discours, la gouverneure a appelé à mieux valoriser les savoirs endogènes tout en s’appuyant sur la recherche scientifique et la réglementation. « La souveraineté sanitaire ne signifie ni repli sur soi, ni rejet de la science », a-t-elle déclaré, plaidant pour une complémentarité entre savoirs traditionnels, recherche et protection des patients — une orientation qui rejoint le thème retenu pour cette édition : l’introduction des médicaments traditionnels améliorés dans les directives nationales de prise en charge des maladies.

Pendant six jours, expositions, consultations, formations, activités de prévention, plantation de plantes médicinales, don de sang et échanges entre praticiens et professionnels de santé rythment le programme à Manga.

Une vigilance renforcée

En amont de l’événement, le ministère de la Santé avait tenu, le 24 août 2026 à Ouagadougou, une conférence de presse de présentation de la SNMTA et de la JAMT. Dans la déclaration liminaire lue par Dr Esaïe Kindo, chef du service de médecine traditionnelle et des soins intégrés, le ministère a réaffirmé sa volonté de faire de ce secteur un levier de souveraineté sanitaire, tout en renforçant la qualité, la sécurité et l’efficacité des pratiques et produits — et en intensifiant la lutte contre les pratiques dangereuses et les allégations thérapeutiques non fondées.

La 24ᵉ JAMT célébrera, le 5 septembre, la recherche et le développement en médecine traditionnelle au service de la couverture sanitaire universelle en Afrique. Autour de cette cérémonie, Manga programme aussi conférences, ateliers de renforcement des capacités, plantation d’arbres, cross populaire, nuit de la médecine traditionnelle, don de sang et clinique mobile de dépistage des cancers de la femme.

Une reconnaissance internationale

Le Burkina Faso porte également ce dossier sur la scène internationale. En mai 2025, à la 78ᵉ Assemblée mondiale de la Santé à Genève, la délégation burkinabè a plaidé pour l’adoption de la stratégie mondiale de l’OMS pour la médecine traditionnelle (2025-2034), en mettant en avant les avancées nationales : recensement des tradipraticiens et des espèces végétales utilisées, catégorisation des praticiens, et efforts d’harmonisation réglementaire au sein de l’espace UEMOA.

De la reconnaissance juridique de 1994 à la formation continue des agents de santé, en passant par l’homologation croissante des médicaments, la préservation des ressources végétales et le plaidoyer international, le Burkina Faso construit, étape par étape, un modèle où savoirs endogènes, réglementation et recherche scientifique ne s’opposent plus mais se complètent. L’objectif affiché par les autorités reste constant : faire de ce patrimoine ancestral un levier fiable et sécurisé au service de la santé de tous.

Par Adrien OUEDRAOGO, à Ouagadougou

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