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Du champ au port, la chaîne de la logistique du cacao ivoirien

En Côte d’Ivoire, la compétitivité du cacao se joue aussi loin des plantations. Entre collecte, stockage, transport, traitement et exportation, une chaîne logistique complexe accompagne les fèves jusqu’aux marchés internationaux. Aux Journées nationales du cacao et du chocolat, du 1er au 3 septembre 2026, Africa Global Logistics (AGL) a présenté les moyens mobilisés pour en fluidifier les opérations.

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AGL Côte d’Ivoire au cœur de la chaîne logistique du cacao ivoirien. ©Issouf Sanogo/AFP

À Divo, une ville du sud-ouest de la Côte d’Ivoire, située à environ 190 kilomètres d’Abidjan, la capitale économique, et important pôle agricole. Yao Kouassi récolte ses premières cabosses de la saison cacaoyère 2025-2026. Il les remet à une coopérative qui organise leur acheminement. Quelques heures plus tard, les sacs prennent la route vers un entrepôt. Là, ils sont contrôlés, fumigés puis stockés avant d’être préparés pour l’expédition.

À San Pedro, dans le sud de la Côte d’Ivoire, un camion les conduit jusqu’au port. Dans les conteneurs, les fèves changent une dernière fois de main avant de prendre la mer. Entre la plantation de Yao et le navire, plusieurs acteurs se relaient. Un retard sur la route ou dans l’entrepôt suffit parfois à désorganiser toute la chaîne.

C’est cette mécanique qu’Africa Global Logistics Côte d’Ivoire a mise en avant lors de la 10e édition des Journées nationales du cacao et du chocolat, organisée du 1er au 3 septembre 2026 au parc des expositions d’Abidjan. Sous le thème « Jeunesse et cacaoculture du futur », le rendez-vous a réuni plus de 7 000 visiteurs, professionnels et partenaires de la filière.

Au plus près des bassins de production

La première étape reste celle de l’acheminement. Pour rapprocher les opérations des zones de production et des unités industrielles, AGL s’appuie sur des bases logistiques implantées à Abidjan, San Pedro, Bouaké et Ferkessédougou. Cette présence permet d’organiser les flux avant leur acheminement vers les grands pôles industriels et portuaires.

L’entreprise dispose de plus de 350 000 m² d’entrepôts. La moitié de cette capacité est consacrée au cacao. Entre 2024 et 2025, ses infrastructures et ses équipes ont traité 350 336 tonnes de cacao et 152 862 tonnes de produits dérivés. Ces volumes donnent une idée du poids pris par la logistique dans le fonctionnement quotidien de la filière.

Une fois la production prise en charge, le travail se poursuit dans les plateformes. AGL propose notamment l’entreposage, la fumigation, l’empotage et la manutention. L’entreprise accompagne aussi les opérateurs dans les formalités de transit et d’exportation. Elle propose enfin des services de tierce détention et des outils numériques destinés à mieux gérer les flux et les stocks.

Du camion au terminal

Le transport constitue un autre maillon déterminant. Il faut relier les zones de production aux sites de stockage, puis aux unités industrielles et aux ports. AGL assure cette continuité grâce aux synergies entre ses différentes filiales implantées en Côte d’Ivoire. L’objectif est de limiter les ruptures dans la chaîne d’approvisionnement et de maintenir les marchandises en mouvement jusqu’aux plateformes portuaires.

À l’arrivée, le cacao entre dans une autre séquence. Empotage, manutention, palettisation, conditionnement et opérations d’exportation se succèdent avant le départ vers les marchés internationaux. Abidjan Terminal, concessionnaire du premier terminal à conteneurs du Port d’Abidjan, participe à cette dernière étape. PACOCI intervient dans la palettisation et le conditionnement, tandis que SUV apporte son expertise dans l’usinage industriel.

« La compétitivité du cacao se construit tout au long de sa chaîne logistique », souligne Dieudonné Gaibai, directeur général d’AGL Côte d’Ivoire. Une formule qui résume l’enjeu. La performance du secteur ne dépend plus seulement de ce qui se passe dans les plantations. Elle se joue aussi dans la capacité à déplacer les volumes, à les conserver, à suivre leur parcours et à les expédier dans de bonnes conditions.

La traçabilité change la donne

La chaîne logistique doit désormais répondre à une autre exigence. Depuis le 1er septembre, date du lancement de la campagne cacaoyère 2026-2027, la Côte d’Ivoire rend obligatoire la carte du producteur pour les transactions de cacao. La mesure intervient avant l’entrée en vigueur du règlement européen contre la déforestation. À partir du 30 décembre, les grandes et moyennes entreprises importatrices devront démontrer que les fèves achetées ne proviennent pas de terres déforestées après le 31 décembre 2020.

L’enjeu est majeur pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial. En 2024, l’Europe représentait 66,2 % du volume de ses exportations de cacao, selon Trase, une initiative à but non lucratif fondée en 2015 par l’Institut de l’environnement de Stockholm et Global Canopy afin d’apporter de la transparence à la déforestation et au commerce des produits agricoles. Or, seulement 48 % du volume exporté cette année-là pouvait être retracé jusqu’à son origine agricole, selon une analyse publiée en mai 2026. Les circuits indirects, avec leurs multiples intermédiaires, compliquent encore cette traçabilité.

Pour répondre à cette contrainte, le Conseil du café-cacao déploie son Système national de traçabilité. La carte du producteur, les terminaux de paiement et les scellés apposés sur les sacs doivent permettre de suivre les fèves depuis les plantations jusqu’aux ports. Plus d’un million de producteurs ont déjà été enregistrés et environ trois millions d’hectares de vergers ont été géolocalisés.

La prochaine campagne commerciale 2026-2027 devrait mobiliser 70 sociétés commerciales et 37 coopératives agréées à l’exportation. Dans ce contexte, la logistique prend une dimension nouvelle. Elle ne consiste plus seulement à faire circuler le cacao. Elle doit aussi garantir son identité, son origine et la continuité de son parcours jusqu’au marché final.

Par Fabrice PORO

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