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Comment le coton béninois soutient la relance textile du Ghana

Le Ghana accélère la relance de son industrie textile avec de nouvelles capacités de confection, mais manque encore de coton local. Le 28 août, le président John Dramani Mahama a inauguré à Savelugu l’usine Northshore Apparel Ghana Limited. Accra négocie avec le Bénin pour approvisionner ses usines, notamment Volta Star Textiles.

Le président John Dramani Mahama (en chemise) a inauguré à Savelugu l’usine Northshore Apparel Ghana Limited, le 28 août 2026. ©Jubilee House

L’usine Northshore Apparel Ghana Ltd ouvre ses portes le 28 août 2026 à Savelugu, dans le Nord du Ghana. Ce nouveau pôle industriel confectionne des vêtements pour des marques internationales. Il compte déjà 50 lignes de couture et emploie plus de 2 300 personnes dans sa première phase. Northshore Apparel prévoit aussi d’intégrer progressivement l’amont agricole. Selon l’Agence ghanéenne de presse, la deuxième phase comprendra une unité de transformation du coton, tandis que la troisième développera un réseau de producteurs locaux pour sécuriser l’approvisionnement.

Cette montée en puissance industrielle accroît la demande ghanéenne en coton, alors que le pays peine déjà à approvisionner suffisamment son industrie textile. Selon la FAO, la production de coton graine stagne autour de 28 000 tonnes entre 2020 et 2024, sur environ 15 000 hectares. Le Ghana reste ainsi un acteur modeste de la filière, loin derrière le Bénin, le Mali ou la Côte d’Ivoire. Pour combler ce déficit, Accra agit sur deux fronts : sécuriser du coton béninois à court terme et développer sa propre production à long terme.

Accra mise sur le coton béninois

Le président du Ghana, John Dramani Mahama, annonce des discussions avec le Bénin le 16 juillet 2026. Le Ghana veut conclure un protocole d’accord sur l’approvisionnement en fibres de coton pour alimenter les lignes de filature et de tissage de Volta Star Textiles Limited, à Juapong, dans la région de la Volta. Volta Star Textiles porte une longue histoire industrielle. L’usine voit le jour en 1968 sous le nom de Juapong Textiles. Dans les années 1970, elle emploie plus de 25 000 personnes et produit environ 20 millions de yards de tissu par an, soit plus de 18,2 millions de mètres.

La libéralisation des échanges dans les années 1980 et 1990 expose l’industrie aux importations à bas prix, notamment chinoises. L’activité décline. En 2005, Juapong Textiles ferme et licencie 1 400 employés. Les coûts de production élevés, les factures d’électricité et le manque de coton local contribuent à cet arrêt. L’usine redémarre en 2007 sous le nom de Volta Star Textiles, avec un appui technique chinois, avant de fermer à nouveau en 2014. Les technologies obsolètes, les dettes envers Electricity Company of Ghana et la concurrence des vêtements de seconde main fragilisent alors l’entreprise.

L’accord envisagé avec le Bénin doit donc soutenir la relance en sécurisant la matière première et en permettant de remettre à niveau les capacités industrielles existantes.

Le Ghana relance aussi son coton

Accra cherche parallèlement à renforcer sa propre production de coton afin d’alimenter durablement son industrie textile. Un projet pilote de plus de 20 hectares est ainsi en cours à Savelugu, dans la région du Nord. Baptisée Northern Cotton Revival Initiative, l’initiative annoncée le 27 août par le ministère du Commerce, de l’Agribusiness et de l’Industrie vise à créer, à terme, une véritable ceinture cotonnière dans plusieurs districts du Nord.

Cette ambition s’inscrit dans la relance plus large de la filière textile ghanéenne. Le 28 août, le président John Dramani Mahama et la ministre du Commerce, de l’Agribusiness et de l’Industrie, Elizabeth Ofosu-Adjare, ont inauguré à Savelugu l’usine Northshore Apparel Ghana Limited, une unité entièrement détenue par des intérêts ghanéens. Le site a déjà créé plus de 2 300 emplois directs et doit accroître ses capacités de production.

Lors de l’inauguration, la ministre a souligné la nécessité de mieux connecter agriculture et industrie. « Nous devons produire notre coton localement et le transformer en fil, en tissu et en vêtements finis », a-t-elle déclaré, estimant que l’Afrique perd une importante partie de la valeur économique de son coton en l’exportant pour transformation.

Pour Accra, développer cette chaîne « du coton au vêtement » dans le nord du pays permettrait à la fois de créer des emplois, d’améliorer les revenus des agriculteurs, de réduire les coûts des industriels et d’accroître les recettes d’exportation. L’enjeu est donc de faire du coton local non plus seulement une matière première agricole, mais le premier maillon d’une industrie textile intégrée.

Le Bénin élargit ses débouchés

Le Bénin reste le premier producteur africain de coton, avec plus de 645 000 tonnes récoltées en 2025/2026. Cotonou cherche désormais à transformer davantage cette production sur son territoire afin d’y conserver une plus grande part de la valeur ajoutée. La zone industrielle de Glo-Djigbé illustre cette stratégie. Lancée en 2021 sur 1 640 hectares, elle accueille trois usines intégrées capables de traiter 40 000 tonnes de fibre par an, soit près de 12 % de la production nationale.

Un débouché ghanéen donnerait une nouvelle dimension régionale à cette stratégie. Le coton béninois pourrait devenir une matière première essentielle pour un voisin encore peu productif dans la filière. En diversifiant ses marchés au-delà du Bangladesh, de l’Inde, du Pakistan, de la Chine et des Émirats arabes unis, le Bénin réduirait aussi sa dépendance à quelques grands pôles d’importation et renforcerait ses échanges avec ses voisins ouest-africains.

Par Yaw BOATENG-GYAMFI, à Accra

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