L’Union africaine tire la sonnette d’alarme sur la crise de l’eau
Près de 300 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Lors de la 48ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, ouverte à Addis‑Abeba le 11 février 2026, les dirigeants du continent ont tiré la sonnette d’alarme sur la crise de l’eau et appelé à des actions urgentes.

L’accès à l’eau potable et à l’assainissement a dominé les débats lors de la 48ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine (UA), ouverte le 11 février à Addis-Abeba, en Ethiopie. Placée sous le thème « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », cette rencontre met en lumière une réalité inquiétante : près de 300 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable et plus de 700 millions vivent sans services d’assainissement de base, selon la Banque africaine de développement.
Dans un contexte mondial où un Africain sur trois souffre de pénurie d’eau, l’urgence est palpable. Selon l’OMS et l’UNICEF, 2,2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas d’eau gérée en toute sécurité, tandis que 3,4 milliards restent sans assainissement fiable, exposant des populations entières à des maladies hydriques et à des risques sanitaires graves. En Afrique subsaharienne, seulement 68 % de la population disposait d’un service d’eau amélioré en 2024, et ce chiffre tombe à 53 % dans les zones rurales.
Près de 800 millions de personnes souffrent encore d’un déficit en assainissement. Ces données soulignent la nécessité d’actions concrètes pour transformer les engagements du sommet en progrès tangibles.
L’eau, vecteur de paix et de coopération
Dans son discours d’ouverture, Dr Gedion Timothewos, ministre éthiopien des Affaires étrangères, a insisté sur la richesse hydrique du continent et la nécessité d’une gestion collective. « L’Afrique est bénie avec des fleuves majestueux comme le Nil, le Congo, le Niger et le Zambèze, et de grands lacs tels que Victoria, Tanganyika et Malawi. Notre approche de ces ressources doit être guidée par le principe de l’Ubuntu, en prenant en compte les besoins et aspirations de tous », a-t-il déclaré.
Malgré cette abondance, les ressources restent mal réparties et insuffisamment exploitées. Le Sahel et la Corne de l’Afrique connaissent un stress hydrique touchant plus de 40 % de la population locale. Les experts alertent sur l’impact du changement climatique : sécheresses plus fréquentes, fonte des glaciers et précipitations irrégulières menacent l’approvisionnement en eau pour l’agriculture, l’énergie et la consommation domestique.
Pour Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, l’enjeu dépasse la simple disponibilité : « L’eau doit être perçue comme un bien collectif à préserver à tout prix et comme un vecteur de rapprochement et de paix entre nos États. » Il a souligné l’urgence de réformes institutionnelles et de financements innovants pour élargir l’accès à l’eau et à l’assainissement, tout en mobilisant le secteur privé et la société civile. La gestion durable de l’eau constitue un levier essentiel pour la stabilité, la coopération et le développement continental.
Un enjeu de sécurité et de développement
L’accès à l’eau conditionne directement la sécurité et la cohésion sociale. Selon l’UNICEF, 40 % de la population africaine vit dans des zones touchées par le stress hydrique, et 330 millions d’Africains n’ont pas de source d’eau potable sécurisée. Cette situation favorise les conflits autour des ressources naturelles et accentue les tensions locales. Dans ce contexte, Téte António, ministre angolais des Affaires étrangères et président du Conseil exécutif de l’UA, a salué l’engagement de l’Afrique pour des solutions collectives : « Sous la direction de Luanda, l’UA a renforcé la coordination sur la paix, la sécurité et le développement, en préparant le terrain pour le sommet de 2026 des chefs d’État et de gouvernement. »
L’accès à l’eau est également un moteur économique. La Banque mondiale estime que l’amélioration de l’eau et de l’assainissement pourrait accroître le PIB africain de 1 à 2 % par an, en réduisant les maladies hydriques et en augmentant la productivité. Pour Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique : « L’Afrique doit organiser son développement autour de ses propres systèmes économiques continentaux, avec la ZLECAf comme plateforme centrale pour stimuler le commerce intra-africain et mobiliser des ressources locales. »
Ainsi, la gestion de l’eau ne relève pas seulement de l’environnement : elle conditionne la sécurité, la cohésion sociale et la croissance économique, piliers indispensables pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063.
Des défis malgré les richesses naturelles
L’Afrique possède des ressources hydriques abondantes, mais l’accès reste inégal. Le continent abrite des fleuves et lacs majeurs, mais la distribution de l’eau demeure insuffisante, surtout dans les zones arides. La croissance démographique – 1,4 milliard en 2025, près de 2,5 milliards en 2050 selon la Banque mondiale – met une pression supplémentaire sur des infrastructures déjà fragiles. Les systèmes vieillissants et la mauvaise gestion, combinés aux impacts climatiques comme les inondations et sécheresses, accroissent le risque de conflits autour de l’eau et de l’alimentation.
Le sommet de l’UA a rappelé que la gestion durable de l’eau est indissociable de la consolidation de la gouvernance, de la paix et de l’intégration socio-économique continentale. Pour Dr Gedion Timothewos : « Nous sommes encore loin de l’Afrique que nous voulons. La vraie force émane de l’unité, et cette unité doit guider la manière dont nous protégeons et gérons nos ressources en eau pour les générations futures. »
Alors que l’UA se prépare pour le sommet des chefs d’État et de gouvernement, l’urgence est claire : il faut transformer les ressources naturelles abondantes en bien collectif accessible à tous, anticiper les défis climatiques et démographiques, et placer l’eau au cœur du développement africain.
Par Tilmija MALAM, à Yaoundé




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