Darak frappée par Boko Haram, la peur resurgit au Cameroun
Près de 2 000 habitants de Darak, à l’Extrême-Nord du Cameroun, fuient la violence de Boko Haram et cherchent refuge dans des localités « plus sûres », alors que les incursions djihadistes se multiplient autour du Lac Tchad et que la mobilisation nationale et internationale faiblit face à la menace persistante.

La ville de Darak, dans le département du Logone-et-Chari, tente de retrouver son souffle après que Boko Haram a mené une violente attaque dans la nuit du 5 au 6 février 2026. Cette offensive s’inscrit dans un contexte de recrudescence des violences autour du Lac Tchad et dans l’Extrême-Nord du Cameroun, où les incursions djihadistes se multiplient depuis plusieurs mois. Selon des observateurs et des données récentes d’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED, les groupes armés attaquent régulièrement des villages, des postes de sécurité et des infrastructures publiques, provoquant la panique parmi les populations locales et entraînant des déplacements massifs.
La guerre contre Boko Haram est loin d’être terminée : le groupe multiplie les assauts et les raids surprises sur le terrain avec une régularité alarmante, contraignant des milliers de familles à fuir leurs foyers. Les autorités nationales et régionales, épuisées par plus d’une décennie de combats et limitées par des ressources financières insuffisantes, peinent à protéger efficacement les civils. Pendant ce temps, la mobilisation internationale, qui avait permis de ralentir l’expansion de la secte à son apogée, a considérablement diminué, laissant les populations locales subir les conséquences meurtrières et traumatisantes des attaques et accentuant l’urgence d’une aide humanitaire et sécuritaire renforcée.
A Darak, l’horreur permanent
Durant cette nuit d’horreur, les assaillants ont mis à sac plusieurs infrastructures publiques : la sous-préfecture, la mairie, l’hôpital, la délégation d’arrondissement de l’Élevage, des pêches et des industries animales, l’inspection de l’Éducation de base, le poste frontière de police et le camp de la Force multinationale mixte (FMM). Malgré l’ampleur des destructions, les autorités locales n’ont enregistré aucun décès, une situation qu’elles ont saluée.
Le maire de Darak, Ali Ramat, qualifie la situation de « grave » : « La population est profondément meurtrie, mais nous travaillons avec les forces de défense et de sécurité pour restaurer l’ordre et relancer les services publics essentiels. » Il souligne qu’aucune mesure officielle d’accompagnement n’a encore été mise en place et appelle à une mobilisation nationale et internationale pour soutenir ces familles éprouvées.
Parallèlement, les militaires ont déjoué un nouvel assaut jihadiste dans la nuit du 8 au 9 février, selon l’autorité municipale. Ils ont aperçu la lisière terroriste, ont effectué des tirs de sommation et ont blessé trois pêcheurs, ensuite transférés à l’hôpital helvétique de Mada.
Boko Haram toujours actif
Les attaques de Darak s’inscrivent dans un contexte de violence persistante dans le bassin du Lac Tchad, qui couvre le nord-est du Nigeria, l’Extrême-Nord du Cameroun, le Tchad et le Niger. Selon ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), les incidents violents liés à Boko Haram et à sa branche ISWAP restent élevés en 2026, incluant raids, embuscades, enlèvements et attaques contre des infrastructures civiles et militaires. Ces données révèlent que les îles et zones insulaires comme Darak restent particulièrement vulnérables, en raison de leur isolement, de la densité limitée des forces de sécurité et du manque de moyens logistiques.
Les groupes armés exploitent ces faiblesses pour mener des raids transfrontaliers, provoquant un cycle répétitif de déplacements massifs et de traumatismes psychologiques parmi les populations riveraines. Selon des experts régionaux, cette situation reflète un affaiblissement de la vigilance locale et un soutien international amoindri après plusieurs années d’engagements coûteux. Les civils restent exposés aux violences, tandis que les autorités locales et les forces multinationales multiplient les patrouilles pour contenir la menace, sans parvenir à l’éradiquer.
Le constat est clair : malgré des opérations militaires ponctuelles et des interventions régionales, Boko Haram reste actif et la stabilisation du bassin du Lac Tchad constitue un défi sécuritaire majeur.
Une guerre loin d’être terminée
Même avec la coordination des États membres de la Force multinationale mixte (FMM) et les opérations régulières des forces armées régionales, Boko Haram et ses groupes affiliés continuent de menacer l’Extrême-Nord du Cameroun, le nord-est du Nigeria, le Tchad et le Niger. Les données de suivi des conflits montrent que les incursions, attaques contre les civils, pillages de villages et vols de bétail se multiplient dans les zones rurales, où les vastes étendues lacustres facilitent la mobilité des insurgés. Ces actes de violence reflètent une reprise de l’activité djihadiste après une période d’accalmie, avec des impacts humains et matériels considérables.
Les observateurs locaux et experts en sécurité soulignent que le relâchement de la vigilance et le manque de ressources financières des États riverains favorisent la répétition des attaques et limitent l’efficacité des réponses militaires et civiles. Parallèlement, l’attention internationale et les appuis logistiques et financiers ont fortement diminué, tandis que la secte continue d’endeuiller des familles et de déstabiliser des communautés. Les rapports internationaux confirment que cette baisse de soutien a créé un vide stratégique, exploité par les groupes militants pour renforcer leurs capacités et étendre leur présence.
2,6 millions de déplacés, selon UNICEF
Les attaques de Boko Haram provoquent une crise humanitaire durable dans le bassin du Lac Tchad. À Darak, des milliers de civils traumatisés se retrouvent déplacés et fragilisés. Parmi eux, Alifa Djibrine, qui a fui en pleine nuit avec ses enfants, raconte : « Nous n’avons rien pris, juste nos enfants. Nous avons besoin de protection et d’assistance humanitaire urgente. »
Ces déplacements dépassent les frontières du Cameroun et touchent le Nigeria, le Tchad et le Niger, où Boko Haram continue de sévir. Selon l’UNICEF, les crises dans le bassin du lac Tchad déplacent actuellement plus de 2,6 millions de personnes, et elles plongent des millions d’enfants dans un besoin d’aide immédiate. Parmi ces enfants, la situation expose environ 475 000 à un risque de malnutrition sévère et sépare des milliers d’entre eux de leurs familles.
La destruction des infrastructures publiques et l’effondrement des services essentiels aggravent la vulnérabilité des populations, désormais installées dans des sites de fortune sans accès fiable à l’eau, à la nourriture, à l’éducation ou aux soins de santé. Les communautés hôtes, souvent déjà pauvres, partagent ce qu’elles ont, mettant à rude épreuve leurs ressources.
Cette situation humanitaire dramatique illustre non seulement l’impact direct des violences djihadistes sur les civils, mais souligne également l’urgence d’une mobilisation accrue des États affectés et de la communauté internationale, alors que l’aide actuelle reste largement insuffisante face à l’ampleur des besoins.
Par Mahamat Ben Abdel, à Yaoundé




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