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Le Sénégal mise sur l’industrie pour réduire les importations d’huiles

Avec la mise en service d’une raffinerie de grande capacité à Sendou, le Sénégal teste sa capacité de réduction d’importances d’huiles un contexte mondial instable.

L’usine de raffinage de Sendou a été mise en service le 27 janvier 2026. ©Présidence du Sénégal

« Notre ambition est claire : produire davantage localement, transformer sur place et consommer ce que nous produisons », a déclaré Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, le 27 janvier 2025 à Sendou, lors de l’inauguration d’une raffinerie d’huiles végétales alimentaires. À travers cet acte, il a donné une traduction industrielle à une promesse macroéconomique centrale : la reconquête de la balance commerciale agricole.

Mavamar Industries SA porte ce projet industriel. L’unité, implantée dans la zone portuaire de Sendou à Rufisque, mobilise un investissement de 60 milliards FCFA pour une capacité de raffinage annoncée à 600 tonnes par jour. En fonctionnement continu, la raffinerie pourrait produire près de 180 000 tonnes par an. Ce volume place immédiatement le site parmi les infrastructures agroindustrielles les plus structurantes du pays.

Un déficit structurel sous pression

Depuis une décennie, les huiles alimentaires figurent parmi les produits agroalimentaires les plus importés par le Sénégal. Les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie montrent une trajectoire sans ambiguïté. Entre 2015 et 2024, les importations d’huiles et de graisses animales et végétales sont passées de 153 826 tonnes à 240 288 tonnes. Leur valeur a progressé de 71,7 à 107 milliards FCFA sur la même période. Le produit occupe désormais le troisième rang des importations agroalimentaires, derrière le riz et le froment de blé.

Cette dynamique résulte d’une combinaison de facteurs structurels : croissance démographique, urbanisation rapide et transformation des habitudes alimentaires. En l’absence de capacités locales suffisantes, le pays a absorbé la demande par les marchés extérieurs, ce qui l’a exposé à la volatilité des cours mondiaux des huiles végétales et a durablement alourdi le déficit de la balance commerciale agricole.

600 tonnes par jour face au marché

Dans ce contexte, la raffinerie de Sendou constitue un test de souveraineté économique. Sa capacité journalière permet de couvrir une part significative de la demande nationale tout en ouvrant des débouchés régionaux dans une sous-région structurellement déficitaire. Les autorités misent sur la transformation locale d’huiles brutes issues de l’arachide, du palmier à huile et d’autres oléagineux afin de substituer progressivement les importations par une offre domestique.

« La dépendance de notre pays aux importations d’huiles alimentaires pèse sur notre balance commerciale et fragilise notre souveraineté alimentaire », a rappelé le chef de l’État lors de la cérémonie. Pour l’exécutif, la montée en puissance de capacités industrielles locales constitue une assurance macroéconomique face aux chocs de prix internationaux.

L’arachide au cœur de l’équation

L’impact attendu dépasse le seul segment des huiles raffinées. L’entrée en service de l’usine intervient alors que la filière arachidière aborde une campagne 2025-2026 annoncée à plus de 900 000 tonnes. Cette abondance accentue la pression sur des capacités de transformation historiquement limitées. Le gouvernement a récemment demandé à la Société nationale de commercialisation des oléagineux de relever son objectif d’achat à 450 000 tonnes, contre 250 000 initialement. Les organisations paysannes accueillent cette ambition avec prudence, au regard des volumes effectivement collectés jusqu’ici.

En intégrant la trituration, le raffinage, le conditionnement et le stockage, la raffinerie de Mavamar offre un débouché industriel supplémentaire à la production locale. « En reliant efficacement l’agriculture à l’industrie, cette entreprise contribue à la structuration de nos filières agricoles, notamment celle de l’arachide, pilier historique de notre économie rurale », a souligné le président.

Un signal macroéconomique assumé

Au-delà de l’usine, l’exécutif inscrit cette inauguration dans une stratégie industrielle plus large. La zone industrielle de Bargny-Sendou, appelée à s’étendre sur 276 hectares, doit accueillir jusqu’à 450 industries et créer plus de 20 000 emplois. À l’échelle nationale, les autorités annoncent également la mise en place de trente agropoles afin de renforcer la transformation locale des productions agricoles.

« Le modèle fondé sur l’exportation de matières premières et l’importation de produits transformés doit céder la place à une dynamique fondée sur la transformation locale », a insisté Bassirou Diomaye Faye. À Dakar, l’huile alimentaire devient ainsi un indicateur concret de la capacité du pays à réduire sa vulnérabilité extérieure tout en stabilisant sa balance commerciale agricole dans un environnement mondial incertain.

Par Pape MADIAKHATÉ, à Dakar

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