Football : malgré un investissement XXL, le Maroc ne gagne pas
Stades flambant neufs, budget fédéral doublé, Mondial 2030 en ligne de mire : le Maroc s’est offert tous les attributs d’une grande nation du football mondial. Sur le terrain pourtant, les trophées continuent obstinément de lui échapper, malgré des finales à répétition chez les hommes comme chez les femmes.

La Coupe d’Afrique des nations féminine s’est achevée le 16 août 2026 à Rabat par le sacre historique du Cameroun. Les Lionnes indomptables ont dominé le Malawi (3-0) en finale, décrochant enfin un titre continental après trois échecs en finale (2004, 2014 et 2016). Le Malawi disputait pour la première fois de son histoire la phase finale de cette compétition.
Le Maroc, qui organisait cette compétition continentale, termine quatrième. Éliminées en demi-finale par le Cameroun, les Lionnes de l’Atlas ont ensuite perdu la petite finale face à l’Algérie, samedi 15 août. Une désillusion pour ce pays qui disputait sa troisième finale consécutive (2022, 2024 et 2025).
Côté masculin, le bilan reste contesté. La finale de la CAN 2025, disputée le 18 janvier 2026 à Rabat, a vu le Sénégal s’imposer sur le terrain (1-0) après une rencontre marquée par la polémique. La CAF a ensuite déclaré le Sénégal forfait et attribué la victoire au Maroc (3-0). La Fédération sénégalaise a fait appel devant le Tribunal arbitral du sport (Tas), qui doit examiner le dossier le 8 octobre 2026.
En Coupe du monde, le Maroc n’a pas retrouvé son parcours de 2022. Après avoir écarté les Pays-Bas puis le Canada, les Lions de l’Atlas ont été sortis en quart de finale par la France (2-0) début juillet 2026, loin de la demi-finale historique atteinte au Qatar quatre ans plus tôt.
Investissements XXL
Ce bilan sportif contraste avec l’ampleur des moyens engagés par le Royaume chérifien. Le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal la Coupe du monde 2030. Une seconde pour un pays africain, après l’Afrique du Sud en 2010. Le pays comme un pôle du football continental. Selon un classement établi par la CAF, le pays dispose de dix stades homologués, la deuxième dotation du continent derrière l’Afrique du Sud (13), loin devant l’Algérie (9) ou la Côte d’Ivoire (6).
Le budget de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a plus que doublé en une décennie, passant d’environ 60 millions d’euros en 2014 à près de 140 millions en 2023, porté par des partenariats. Le cabinet Brand Finance estime que les revenus de la fédération pourraient atteindre 90 à 110 millions de dollars lors d’une année de Coupe du monde, rapprochant le Maroc de fédérations comme le Portugal ou les Pays-Bas. Sur le plan strictement sportif, cette manne s’est traduite par une progression sensible au classement de la FIFA, où la sélection masculine a gagné dix places en deux ans, passant de la 22ᵉ à la 12ᵉ position, première nation africaine.
Le recrutement du staff technique féminin illustre cette même logique de moyens. En octobre 2023, la FRMF a nommé à la tête des Lionnes de l’Atlas l’Espagnol Jorge Vilda, tout juste sacré champion du monde quelques mois plus tôt avec la sélection espagnole, en remplacement du Français Reynald Pedros. Selon des informations relayées par la presse espagnole et marocaine, son salaire avoisinerait les 400 000 euros par an s’il atteint les objectifs fixés par la fédération, contre environ 170 000 lorsqu’il dirigeait la Roja. Un pari financier qui, pour l’heure, ne s’est pas traduit par le sacre continental recherché.
Un satisfecit contesté
Du côté des instances, le satisfecit domine officiellement. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a qualifié à plusieurs reprises le Royaume de véritable centre mondial du football, louant la qualité des sélections nationales et la réussite de l’organisation des grands événements accueillis par le pays.
Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a lui aussi salué la CAN 2025 comme l’une des éditions les mieux organisées de l’histoire, estimant que le Royaume avait placé la barre très haut en matière d’infrastructures, de logistique et de sécurité, citant à l’appui plusieurs milliards de vues cumulées à la télévision et sur les plateformes numériques.
Côté marocain, la FRMF défend bec et ongles son bilan. Son président, Fouzi Lekjaa, a martelé, à propos du titre attribué sur tapis vert face au Sénégal, qu’une victoire homologuée « reste une victoire », s’appuyant sur des rapports d’arbitre et des enregistrements vidéo documentés. Le Cabinet royal a lui-même salué, au lendemain de la CAN masculine, « une réussite marocaine » qui serait aussi « une réussite africaine », évoquant un mois de « joie populaire », tout en reconnaissant des incidents en fin de finale.
Mais des voix officielles plus mesurées existent. Le ministre marocain de l’Éducation nationale et du Sport, Mohamed Saad Berrada, a lui-même averti que les récents exploits organisationnels « ne doivent pas masquer les déficits structurels » persistants du sport national, appelant à une gouvernance plus rigoureuse au-delà de l’accumulation de grands événements.
Le Mondial 2030 pour l’exploit ?
Reste que la multiplication des stades, des budgets et des grands rendez-vous n’a pour l’instant pas suffi à transformer l’essai sur le terrain. Ni la sélection masculine ni la sélection féminine n’ont soulevé un trophée continental incontesté depuis le lancement de cette politique d’investissement massif, malgré des finales à répétition qui témoignent d’un niveau devenu compétitif.
Le vivier de talents, lui, ne semble pas en cause. Portée par Achraf Hakimi et Brahim Diaz, la sélection masculine a décroché le bronze aux Jeux olympiques de Paris 2024, avant que la catégorie des moins de 20 ans ne remporte, en 2025, le tout premier titre mondial de l’histoire du football marocain. Cette dynamique alimente le discours officiel autour du Mondial 2030 : le sélectionneur Mohamed Ouahbi assure vouloir remporter « à domicile » la compétition coorganisée avec l’Espagne et le Portugal, tandis que Rabat négocie l’accueil de la finale au futur Grand Stade Hassan II de Casablanca, conçu pour plus de 110 000 spectateurs.
Ces ambitions devront, cette fois, se traduire sur le terrain. Après une décennie de finales perdues et de demi-finales manquées malgré des moyens inédits sur le continent, le Mondial 2030 s’annonce comme le test ultime de la stratégie sportive marocaine : celui où l’accumulation d’infrastructures et de budgets devra enfin rencontrer le trophée qui continue, obstinément, de se dérober.
Par Prosper LOUABALBE




Laisser un commentaire